4 films pour…la gueule de bois

Max – Lost River / Peut-être dans votre état encore sous l'influence des vapeurs de la veille aurez vous envie de tenter une expérience cinématographique sensorielle pour pallier à votre gueule de bois. Réfléchissez bien avant de prendre cette décision. Spoiler alert: c'est du vécu. On vous propose le cas de Lost River, réalisé en 2014 par Ryan Gosling, ode fantastique et fantasmé aux accents métaphorique de la régression de l'humanité à des systèmes de vie malsains. Vous avez toujours envie de le regarder? Bien! Pour la petite histoire, le film raconte les difficultés financières d'une mère célibataire au chômage pour sauver sa maison du démantèlement. Cette mère Billy est incarné par Christina Hendricks et son fils Bones par Iain de Caestecker, dont l'occupation journalière est de récupérer des canalisations de cuivre dans les maisons délabrées. S'ajoute Matt Smith en racaille psychopathe, Saoirse Ronan en voisine flippante mais mignonne, Ben Mendelsohn en créancier lubrique et vous trouverez même notre Réda Kateb national le temps d'une course de taxi. Le film s'inscrit dans une mouvance de jeune réalisateur américain au style épuré et très métaphorique. Les noms sont autant de marqueurs de charactere des personnages et la métaphore de la destruction du passé arrivé avec ses gros sabots, que ce soit par les engins de chantier, dans le feu ou bien sous l'eau. Au fond c'est un conte mélancolique sur une société qui a eu un passé glorieux mais qui s'est enfoncé dans la dégénérescence, physique, celle des immeubles (vous avez dit Detroit?), ou mentale, représentés dans le cabaret glauque ou Billy trouve un emploi. Cependant, pour en revenir à votre état particulier, la réalisation vous mettra à rude épreuve: l'accent est mis sur les couleurs, vives au maximum, tout le temps très saturées. Ce film est une expérience éprouvante pour l'œil. Mais également pour les oreilles: si vous êtes dans un environnement que vous contrôlez, coupez les basses! Cela produit un effet assez désagréable sur votre appareil digestif, ajouté au caractère incisif et angoissant de la musique. Le voir dans un cinéma vous donne juste l'envie de vous lever toutes les 5 minutes en pensant que vous allez rendre ce qui vous reste de la veille! Malgré tout l'expérience est marquante et appréciable car on rentre de fait beaucoup plus dans l'expérience du film. Réfléchissez bien avant de vous lancer, ne prenez pas ce film au hasard. Si vous arrivez à tenir, la récompense est au bout du film. Vous serez capable de parler d'un film réalisé par Ryan Gosling et de survivre à toute expérience donnant envie de vomir au quotidien, comme les repas de famille ou bien le montant du loyer de votre 11m2.
----------------------------------------------------------------------------------------------------------------- Maëva – After the storm / De quoi ça parle ? Le dernier film d’un des maîtres du cinéma japonais, Hirokazu Kore-eda, After the storm est une  observation brillante des caractéristiques de la vie japonaise moderne, fait avec douceur, intelligence et simplicité. L’histoire est simple. Ryota,un écrivain devenu détective privé ripoux, son ex-femme, son fils et sa mère passe une nuit ensemble dans un appartement lors d’un typhon particulièrement violent. Ici pas de disputes, pas de drames, juste une famille qui se redécouvre et un homme qui accepte sa nouvelle vie. Pourquoi regarder After the storm ? Vous avez mal à la tête, envie de vomir, vous ne voulez pas sortir du lit ? Ne vous inquiétez pas, j’ai le remède parfait. Un film japonais de 2h, sans intrigue et sans enjeux particulier! Non, je ne rigole pas… Quoi de mieux lorsqu’on essaye d’oublier les conneries du soir d’avant, que de regarder un film reposant, onirique, doux et drôle ? Un film qui fait chaud au coeur, qui crée une ambiance…? Un film qu’on voudrait regarder 2 fois, 3 fois dans la même journée..? Film d’un Japon vécu et pas fantasmé, After the storm présente des personnages comme on en voit peu au cinéma. Des créations vivantes, habités par des questionnements qui semblent familiers, présentés avec précision. L’actrice Kirin Kiki qui joue la matriarche délivre une performance remarquable, en femme malmenée par la vie et les déceptions mais toujours pleine d’espoir et d’amour. Elle est entourée d’un casting tout aussi talentueux qui délivre une présentation d’une famille qu’on aime regarder. Hirokazu Kore-eda apporte ici une observation de la vie, de ses difficultés des relations entre parents et enfants avec un humanisme et une patience qui fait vibrer, qui soigne, presque. Visuellement, After the storm est également un délice. Les couleurs naturelles contribuent à créer un univers magnifique. Le réalisateur s’efforce de créer des tableaux sur lesquels il prend le temps de laisser la caméra . Rares sont les cinémas dont les qualités sont tant cinématographiques qu’humaines et After the storm fait partie de ce club très fermé. Émouvant mais pas  larmoyant, arty mais pas cérébral, After the storm est  le genre de film qui ne demande rien au spectateur, le transporte pendant quelques heures et qui repart tranquillement, sans oublier de l’enchanter… Un remède comme on les aime chez Close Up…
----------------------------------------------------------------------------------------------------------------- Bryan - Un singe en hiver de Verneuil, les princes de la cuite / « Dis-toi bien que si quelque chose devait me manquer, ce ne serait plus le vin, ce serait l'ivresse ! » Quoi de meilleur pour éviter une migraine post soirée que de regarder une des quintessences du cinéma français sur l’ivresse. Avec au premier plan Jean Gabin et Jean Paul Belmondo, « Un singe en hiver » fut la seule rencontre entre ces deux titans du septième art. Cette apologie à l’alcool réalisée par Verneuil nous emmène tout droit au sein d’un petit village normand avec vue sur la Manche. Le film présente en premier lieu, l’histoire d’Albert Quentin alias Jean Gabin qui sous les bombardements américains après quelques verres de trop se laisse emporter par la nostalgie des bords du Yang Tsé Kiang. Sous cette scène assez atypique se dresse la prouesse des dialogues de Michel Audiart. Après cette mémorable beuverie parsemée de références à son passé de fusilier marin, l’histoire nous amène 15 ans plus tard dans ce bourg d’après-guerre. Albert Quentin a finalement arrêté de boire pour sa femme suite à sa promesse d’arrêter s’ils survivraient aux bombardements. C’est alors qu’entre en scène sous le nom de Gabriel Fouquet le fameux Bebel dans toute sa splendeur. Grand alcoolique notoire, le personnage vient tout droit d’Espagne. Une Espagne inspiré tout droit de ces grands clichés que l’on peut trouver dans « The Sun also Rises » d’Hemingway. Buvant pour une raison sentimentale et nostalgique comme le personnage de Gabin auparavant, ce dernier va vite le faire replonger. C’est à partir de ce moment que débute les fameuses nuits d’ivresses de nos deux protagonistes. Les poètes nostalgiques de la nuit sous la plume d’Audiart vont secouer la routine bien rangée du village normand. Mais sous les aspects triomphants et glorieux de l’alcool se cache évidemment ce moment honteux du lendemain que l’on a tous eux. Il faut savoir affronter la réalité de cette vie de destruction à un moment donné. Laisser retourner le singe dans sa jungle, ici l’Espagne. Le film est une mémoire à cette façon de vivre que l’on avait auparavant. Décadence et déchéance étaient deux réalités de ces années où la pinte n’était pas si couteuse. Le bar était un vrai lieu de sociabilité où les tensions se montraient parfois un peu trop de façon romanesque. Ce film est notamment devenu culte pour son histoire attachante et ses scènes cultes qui peuvent nous servir pour briller en société à une heure tardive. Extrait:
----------------------------------------------------------------------------------------------------------------- Olivier - Memento / Comme nous compatissons avec toi cher lecteur, en songeant au réveil pénible qui doit être le tien ce matin (à moins qu'il ne soit déjà 14h). Nous redoutons, hélas, que ces âpres du levée ne soient que le début d'une longue séries d'embarrassantes péripéties causées par cette peste qui frappe trop souvent les alcooliques mondains : les « black-out » ou pertes de mémoire … Heureusement nous sommes là pour t'épauler dans cette douloureuse expérience, et te proposons le meilleur remède contre le mal qui t'afflige : le visionnage calme et assidu de Memento de Christopher Nolan. Comment dis tu ? Le rapport ne te semble donc point évident ? Mais il n'y a pourtant pas meilleure description de ton état dans toute l'histoire du cinéma ! Comme toi, le héros se réveille sans souvenirs aucuns suite à un traumatisme profond, et s'aide d'indices dissimulés ça et là pour redonner sens à sa situation. Une facture de 53€ d'alcool ainsi qu'un bout de papier indiquant un numéro de téléphone seront peut-être tes premiers repères dans cette matinée embrumée, à moins que tu n'aies, toi aussi, griffonné auparavant quelques précieuses informations sur ta main dans un éclair de lucidité. Pour le reste, le montage du film de Memento, présentant d'abord les séquences les plus récentes chronologiquement pour finir par les plus anciennes, n'est pas sans évoqué la façon dont les événements reviendront à ton esprit. D'abord, un souvenir confus de trajet en taxi, puis celui de la sortie de la boîte, éventuellement un flash te représentant dansant chemise ouverte au milieu de la piste de danse, et enfin après un immense travail d'introspection ton entrée en boîte te reviendra peut être en mémoire. Chaque nouveau souvenir pourra d'ailleurs éclairer le précédent … ne désespère donc pas ! Nous tenons également à te rappeler qu'en l'absence de tes souvenirs, il se peut que beaucoup de choses t'échappent, et que ceux se disant tes amis ne le sont peut être pas vraiment (ou plus vraiment). En effet, que penser de ce camarade qui te propose gentiment de le rejoindre soi-disant pour bruncher, mais en réalité pour t'arracher de force de quoi rembourser ses chaussures que tu aurais malencontreusement rendues inutilisables, la faute à un soudain retour de bile … Nous ne pouvons donc que te conseiller la méfiance en cette matinée incertaine. Et si jamais il s'avérait que tu n'aies aucune perte de mémoire ou mal de tête quelconque, que ton foie aille très bien et que tes soirées soient studieuses, il serait tout de même fort peu raisonnable de ne pas regarder Memento. D'une part c'est un excellent film. Et d'autre part mieux vaut prévenir que guérir, et puisque tout verre en entraîne bien trop souvent un autre …

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