6 films pour… se remettre de cette fucking election

Scénario catastrophe. Le 8 novembre 2016, toutes les caméras du monde se sont tournées vers celui qui allait bientôt le diriger. Cheveux blond platine, teint orangeatre, bouche en cul de poule… Les États-Unis ont désigné leur protagoniste, leur anti-héros si caricatural. Donald Trump, pour ne pas le nommer, incarne désormais le renouveau américain de la classe politique. Et ça fait mal. Pour se remettre de cette sévère gueule de bois, Close Up t’a préparé de quoi réaliser une meilleure nuit américaine. Entre docus, contre-utopies, comédies et fictions historiques, notre sélection te présente une Amérique critique et progressiste qui sera sans doute occultée par l’agitation médiatique post-élections. Keep calm and watch our movies !

  1.      Idiocracy - Mike Judge, 2006

960 De quoi ça parle ? Joe Bowers (incarné par Luke Wilson), considéré comme « l'américain moyen », est choisi par le Pentagone comme cobaye pour un programme d'hibernation. Le programme n'a que trop bien marché, seulement, il est oublié et se réveille 500 ans plus tard. Il découvre une Amérique peuplé d'individus dont la bêtise est effrayante, de grossiers personnages dont le quotidien est : fast-foods, boissons énergétiques et émissions de télévision idiotes. Et le président Comacho est une ex-star du catch et du porno.

Pourquoi aller voir Idiocracy ? Pour mettre Donald Trump en concurrence avec le président fictif des Etats-Unis Comacho. Attention, la question est sérieuse, qui des deux arrivera à sortir le plus de bêtise et à honorer le nouveau courant de pensées qui se fait jour : l'anti-intellectualisme ? Pour se rendre compte que la comédie Idiocracy a peut-être vocation à être un documentaire. Cette comédie jadis nous fera rire jaune avec le contexte actuel. Notre seul espoir ne peut que se tourner vers l'Américain moyen d'il y a 500 ans, aujourd'hui désigné comme le plus intelligent de la planète et prêt à occuper la Maison Blanche. Bande-annonce : https://www.youtube.com/watch?v=BBvIweCIgwk  Ariane Cornerier     2.      Harvey Milk - Gus Van Sant, 2009

milkposter08 Harvey Milk, le biopic poignant sur les dernières années de l’activiste et de l’homme politique américain, est LE film qu’il vous faut si vous croyez, vous aussi, aux droits de l’Homme et aux évolutions des mentalités. A l’heure où vous n’avez qu’un seul nom en tête : TRUMP, difficile pour vous d’imaginer qu’il y a peut-être encore pire à ses côtés, son cher vice-président Mike Pence. Ce dernier inquiète désormais la communauté LGBT américaine, qu’il a explicitement et violemment attaqué à coup de serments de programmes : thérapie de conversion ou encore enfermement des couples homosexuels qui voudraient se marier. Malgré tout, le réalisateur Gus Van Sant nous renvoie dans les années 1970, à San Francisco, pour nous dévoiler une belle leçon de morale à l’américaine : chaque combat mérite d’être mené.   En 1970, Harvey Milk (Sean Penn) quitte tout pour s'installer avec son amant (James Franco) dans le quartier de Castro, à San Francisco. Harvey soutient qu'il faut afficher ouvertement son homosexualité. Rapidement, Castro devient le fief de la lutte pour les droits des gays. Harvey décide alors de se lancer dans la politique et se présente aux élections municipales... « Tous les Hommes ont été créés égaux, malgré tous vos efforts, vous ne pourrez jamais effacer ces mots ! C’est ça qui a fait de l’Amérique ce qu’elle est ! ». Sean Penn, certainement l’acteur américain le plus engagé que l’on connaisse aujourd’hui, revêt ainsi le costume d’Harvey Milk pour haranguer la foule avec ses paroles. On pourrait presque se croire en 2016 alors qu’il devient indispensable de rappeler ces valeurs d’humanisme. Loin des dérivées stylistiques de Gus Van Sant, Harvey Milk se rapproche des codes traditionnels du documentaire, mais ne cède pas à l’overdose de sentiments et de stéréotypes. Il souligne intelligemment le combat d’un homme ordinaire, qui comme beaucoup d’entre nous, rêve de faire changer les choses. Lui, il la fait, en étant le premier homme, ouvertement homosexuel, à devenir conseiller municipal à la mairie de San Francisco. Alors même si Harvey Milk sera assassiné quelques mois plus tard, s’il y a bien une chose que nous pouvons faire, c’est de nous rappeler que malgré Trump aux Etats-Unis, nous, Français, auront voix au chapitre dès 2017 et pouvons-nous aussi faire changer les choses.

Bande-annonce : https://www.youtube.com/watch?v=4BGLsUWqqSQ Juliette Hurier     3.      Les Hommes du Président - Alan J.Pakula, 1976

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De quoi ça parle ? Le 19 juin 1972, cinq cambrioleurs pénètrent dans l’enceinte du Watergate, au siège du parti démocrate. En pleine année électorale, l’affaire est considérée comme mineure par la police. Sauf qu’un jeune reporter du Washington Post, Bob Woodward, s’intéresse au profil des cambrioleurs, qui s’avèrent être plus des agents fédéraux que de petits malfrats. Avec l’aide d’un autre reporter, Carl Bernstein, Woodward va mettre à nu un des plus grands scandales politiques du siècle. Deux ans plus tard, le nouveau président républicain Richard Nixon déclare sa démission.

Pourquoi regarder "Les Hommes du Président" ? Pour une raison très simple : le Watergate est la plus grande affaire du journalisme américain, par bien des aspects. Une affaire qui a fait triompher le journalisme d’investigation comme un contre-pouvoir implacable et motivé une génération entière d’apprentis reporters. En ces temps où les sondages se sont rarement montrés aussi inefficaces, et les journalistes aussi peu précautionneux que durant cette dernière campagne électorale, revoir Les Hommes du Président, c’est replonger dans l’idéal d’un journalisme conscient, engagé, persévérant, et en définitive vainqueur. Et si l’on ajoute le traitement classieux qu’en fait Pakula, à travers un sens du rythme et de l’écriture hérité des grands films d’espionnage, alors on obtient une œuvre palpitante, à la hauteur du mythe qu’est devenue la paire « WoodStein » dans le paysage américain. Une grande œuvre pour se réconcilier avec l’éthique médiatique et la vérité en politique.

Bande-annonce : https://www.youtube.com/watch?v=xiBrLx3kKfQ

Valentin Grille

4.      Twelve Years a Slave - Steve McQueen, 2013

21041568_2013091910085449 Twelve Years a Slave est un film dramatique réalisé par Steve McQueen à partir de l’autobiographie de Solomon Northup. Il est récompensé par trois oscars en 2014 dont celui du meilleur film et du meilleur scénario adapté. L’histoire se déroule dans l’Amérique des années 1840, alors que les Etats sont divisés autour de la question de l’esclavage. Northup, homme libre afro-américain qui vit avec sa femme et ses enfants dans l’Etat de New York travaille comme charpentier et musicien. Jusqu’au jour où il se fait enlever et est vendu comme esclave dans une plantation de la Louisiane. Regard sur la dureté de l’esclavage mais surtout sur la complexité des rapports humains. En effet si Northup est apprécié par son maître et par la plupart des autres esclaves, jalousie et violence planent aussi sur cet enfer où chacun est prêt à tout pour conserver sa petite part de privilège. Steve McQueen ne renie pas ses origines d’artiste contemporain dans son film dont l’esthétisme frappe. La qualité et le travail de chaque image n’enlève rien pourtant au réalisme des scènes. Enfin ce projet cinématographique réunit des acteurs exceptionnels dont Chiwetel Ejiofor (nominé aux Oscars 2014 dans ce rôle), Michael Fassbender, Lupita Nyong’o (Oscar de la meilleure actrice pour un second rôle en 2014) ou encore Benedict Cumberbatch, Paul Dano et Brad Pitt. Alors que vous vouliez vous rassurer sur l’avenir des Etats Unis - parce qu’à priori tout de même le retour de l’esclavage n’est pas prévu pour 2017 - ou qu’au contraire vous vouliez vous préparer à ce que vous croyez être le futur des américains, ce film est à voir absolument.

Bande-annonce : https://www.youtube.com/watch?v=0uGjQCg4TlY Pauline La Batie     5.      Tootsie - Sydney Pollack, 1982

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Comédie culte des années 80, Toostie raconte l’histoire de Michael Dorsey, acteur au chômage (Dustin Hoffman) qui, pour prouver à son agent qu’il peut se faire embaucher, postule pour un rôle féminin dans un soap. Retenu pour incarner Dorothy, Michael se prend au jeu si bien qu’il s’amuse à endosser le rôle à l’extérieur du tournage, notamment quand il rend visite à sa bonne amie Julie qui lui donne la réplique dans l’émission et dont il s’éprend peu à peu… Toostie a marqué son époque par son humour intelligent et l’excellent jeu de Dustin Hoffman qui fait de Dorothy un personnage emblématique de la cause féminine qui commence à prendre corps dans l’Amérique des années 1980. Le film nous plonge au milieu des pantalons tailles hautes, des brushings et des chemises trop larges qui seront la madeleine de certains et l’inspiration des plus jeunes. Bande-annonce : https://www.youtube.com/watch?v=FlXE1Yq0AnQ Louise Grand     6.      Good night and good luck - George Clooney, 2006

good-night-and-good-luck-original1 De quoi ça parle ?

Dans les années 1950 aux Etats-Unis, la télévision fait ses premiers pas. Edward R.Murrow anime une des premières émissions d’actualité très populaire. Dans le même temps, suite à la peur suscitée par l’URSS, le sénateur McCarthy mène une véritable chasse aux communistes dans le pays. Murrow et son producteur décident de dénoncer ces pratiques mensongères et arbitraires. Ils emploient ce média naissant, invitent à leur émission des opposants, critiquent ouvertement le sénateur. Seulement ils sont rapidement accusés d’être communistes et doivent faire face à des pressions de la chaîne. Au coeur du studio, les tensions se concentrent et l’équipe doit décider de sa position pour continuer ou non la lutte médiatique.

Pourquoi regarder « Good night and good luck » ?

Pour comprendre la difficulté des médias à assumer une opinion. Pour se demander malicieusement si des journalistes américains auront à nouveau à dénoncer les pratiques d’un certain homme politique. Et comparer l’attitude des hommes de télévision tout récemment, avec celle des débuts. Mais aussi largement pour l'atmosphère toute singulière de ce second film de Georges Clooney, dont les huis-clos et les images en noir et blanc transmettent une sensation de tension et de gravité sans pareilles.

Bande-annonce : https://www.youtube.com/watch?v=wbkUXUVRbHE Chloé Gondat   Auraient pu être cités : Little Miss Sunshine (Jonathan Dayton), Fahrenheit 9/11 (Michael Moore), Captain Mike Across America (Michael Moore), Spotlight (Tom McCarthy), Elephant (Gus Van Sant), Maps to the Stars (David Cronenberg), American Beauty (Sam Mendes)...

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