A Star Is Born – Une étoile est née, mais laquelle ?

Star de country un peu oubliée, Jackson Maine découvre Ally, une jeune chanteuse très prometteuse. Tandis qu'ils tombent follement amoureux l'un de l'autre, Jack propulse Ally sur le devant de la scène et fait d'elle une artiste adulée par le public. Bientôt éclipsé par le succès de la jeune femme, il vit de plus en plus de mal son propre déclin…

Premier film pour l'un, premier rôle pour l'autre, A Star Is Born était un pari osé tant pour Bradley Cooper, acteur de la folle trilogie Very Bad Trip ou de l'instable et excellent Happiness Therapy (première nomination aux Oscars), que pour Lady Gaga, chanteuse pop extravertie habituée des robes décalées et adepte de paroles provocantes. Challenge donc pour ces deux vedettes hollywoodiennes qui ont tout à prouver aux spectateurs dans ce remake au thème ordinaire et au scénario connu (effectivement, l'histoire, peu originale, reprend la trame d'un drame réalisé 4 fois au cinéma). Certains ne donneraient pas cher pour prendre leur billet et passer 2h16 devant le film... et pourtant ! Véritable révélation de cette année 2018, A Star Is Born surprend par sa finesse, sa sensualité et son ambiance électrique. Dans cette romance hollywoodienne ou ce drame à l'alchimie renversante, une étoile est née... mais laquelle ?

Une relation passionnelle

Le couple que forment Jackson Maine et Ally est renversant. Il suffit de quelques minutes pour ressentir l'alchimie et le magnétisme qui existe entre eux. Les regards se croisent, et la magie opère crescendo. Ils s’observent, se touchent, se cherchent. Lui, avec ses yeux bleus troubles et son sourire enchanteur, elle avec sa démarche assurée et sa voix pétillante et voilée. Enchainant les gros plans, le réalisateur nous fait entrer dans une intimité vibrante. Une relation de séduction fascinante donc et rarement vue au cinéma, du moins à cette intensité : je n’ai qu’un mot, bouleversant. Le couple, autant que la bienveillance, crèvent l’écran.

Une musicalité folle

La première scène du film donne le ton et on comprend vite que la bande originale sera fracassante, avec un son à couper le souffle et un rythme déchainé, mais pas que. C’est l’entièreté du monde de la musique que l’œuvre dépeint avec un réalisme impressionnant. Pour en revenir à cette entrée en scène, la première séquence du concert est filmée avec intelligence : le choix d’une caméra « portée » et des séquences étirées créent une instabilité dérangeante et une proximité perturbante. Aussi, le travail de la photographie avec les projecteurs aveuglant et les zooms sur les instruments donnent à voir le monde dans lequel évoluent les stars. Le but est tant de filmer la performance que de livrer aux spectateurs les clés d’analyse de son film montrant la passion destructrice de l’art et l’égarement propre aux artistes qui perdent le contrôle de leur existence, aliénés par l’atmosphère grisante des tournées et par le monde intransigeant des boîtes de productions rigides. Une introduction ? Plutôt un coup de maître !

Une performance inoubliable

Alors que Lady Gaga débute sur les planches, cette dernière s’impose avec une aisance troublante, loin des paillettes et des masques qui ont été les siens. Son naturel transperce l’écran et son jeu est une vraie prouesse cinématographique. Après son interprétation électrique d’Édith Piaf, ses duos avec Jackson sont tout simplement renversants : le film s’intéresse à la révélation d’une chanteuse qui se découvre et se surprend elle-même. Si le scénario est attendu avec ses retournements « faciles », l’accent est mis sur la psychologie des personnages, par l’étude des relations amoureuses et de la loyauté qui est associée. Quand Jackson bascule, Ally reste de marbre et fidèle à son âme-sœur, pourtant alcoolique et toxicomane.

Bradley Cooper frôle lui aussi les étoiles. Il réussit avec brio à interpréter un personnage attachant, faible et passionné. Jackson, en plus d’avoir un passif compliqué, évolue dans le monde violent du rock. Entre cocaïne et alcools forts, la star déploie, avec une sensibilité inoubliable, un jeu fin. La relation ambiguë qu’il noue avec son frère donne à réfléchir sur l’ambiguïté des liens familiaux entre amour, compétition et idéalisation. Un homme honteux et faible, de quoi renverser certaines conceptions stéréotypées.

Un drame poignant

Si le scénario s’articule autour d’une histoire d’amour « traditionnelle », il raconte paradoxalement aussi la déchéance et le plongeon de deux étoiles montantes. Alors qu’Ally voit sa notoriété monter en flèche, sa personnalité, elle, se perd au fil des interprétations : transformation extrême donc passant d’une chanteuse naturelle et simple à une star « marketisée » et américanisée à souhait. De la même manière, Jackson s’enfonce dans l’ivresse et les vices des drogues, passant de l’apothéose à la honte la plus totale. Aussi, A Star Is Born arrive à allier rire et larmes, un vrai drame avec une fin d’une justesse et d’une grâce rare qui joue sur les non-dits et met en scène une symbolique à couper le souffle.

Une perle donc, à ne pas rater… !

Par Pauline Bérard

       

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