Amanda – Un hymne à la renaissance

Parfois, la vie, c’est tout simple. Le printemps à Paris. Un jeune homme, sa sœur, sa nièce, le soleil et les jours qui coulent tranquillement. Les rues familières. Les bêtises. Les absences, les disputes, mais qui ne durent jamais longtemps. Et puis comme souvent dans les films, et comme pas si rarement que ça dans la vie réelle, tout s’effondre. Un parc, un soir, une rafale de balles, une folie, une horreur. Et tous les plans tranquilles, les projets sereins, les schémas habituels se fracassent. David n’a que 24 ans, et élever un enfant était bien la dernière responsabilité qu’il avait envisagée pour son avenir proche. Mais Amanda n’a plus que lui au monde. Alors c’est parti. C’est parti, et c’est sublime.

Comment ne pas verser dans le mélodrame artificiel avec un sujet pareil ? Comment ne pas trahir les visages en larmes, les corps en deuil, les cauchemars hallucinés, les journées solitaires ? Comment dépeindre tout simplement, aussi justement que possible, un quotidien horriblement banal alors que pourtant rien n’est plus pareil, comment suggérer à l’écran un amour malmené et douloureux entre un oncle et sa nièce, comment faire naître petit à petit la confiance, la responsabilité, en un mot la parentalité ? En faisant comme Amanda. En laissant du temps au temps. En laissant les dialogues s’épanouir, naturellement, montrer les relations qui gagnent en profondeur.

Le film est bouleversant à plus d’un titre, sans doute parce qu’il ne cherche pas désespérément à l’être, et offre à tout instant une écriture délicate, sobre, évident. On ne saurait dire à quoi tient cette petite prouesse. Peut-être à l’extrême justesse du jeu de Vincent Lacoste, au sommet de son art, et d’Isaure Multrier, toute jeune actrice à qui l’on pardonnera aisément d’être visiblement plus âgée que son rôle, tant son visage solaire illumine le long-métrage. Peut-être à l’image palpitante de lumière, aux couleurs du printemps qui explose dans les séquences d’ouverture, s’affadit brusquement lorsque le drame survient, et retrouve petit à petit toute sa vivacité et sa beauté alors que son duo de personnages principaux apprend à se redécouvrir, et surtout à redécouvrir le fait que la vie est toujours possible, un peu bizarre et triste parfois bien sûr, mais surtout possible.

Peut-être à la façon sublime et amoureuse qu’a Mikhaël Hers de filmer Paris, rue par rue, quartier par quartier, à coups d’inserts bien sentis, de plans larges saisissants, de plans-séquence naturels et brinquebalants comme le sont les promenades hasardeuses dans Paris. Chaque zone de la capitale respire, s’affirme, s’offre aux yeux éblouis aux spectateurs, avec une lumière que l’on a l’impression de pouvoir palper (les puristes de la pellicule seront ravis).

Peut-être au travail soigné du réalisateur sur l’image : le film est majoritairement tourné en pellicule Super 16, ce qui offre un grain particulier, très visible, qui sublime encore la sensorialité de l’histoire et du décor, avant de s’achever par une séquence en 35mm – 2 perforations, donnant ainsi une image plus nette, plus acérée, ce qui est d’autant plus frappant que cette scène agit comme un rite de passage, l’affirmation d’une ère nouvelle.

Le film est donc une réussite totale, par sa pudeur, ses dialogues d’un naturel remarquable, ses personnages secondaires formidablement bien écrits qui illuminent l’œuvre malgré des temps de présence à l’écran parfois très réduits – mention spéciale à Jonathan Cohen –, et sa décision de laisser aux personnages le temps de vivre, de réfléchir, de regretter, de contempler, de se perdre, de se retrouver, de s’aimer, bref, de guérir.

Par Capucine Delattre

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