Amin – Encore et toujours

Encore un. Encore un film français dépeignant la difficulté du travail des migrants en France. On se souvient de Samba, film d’Olivier Nakache et d’Éric Toledano au sujet d’un immigré sans papier cherchant du travail et aidé par Charlotte Gainsbourg. C’était inévitable, une histoire d’amour s’était créée. Cette année je pars voir l’avant-première d’Amin, le nouveau film de Philippe Faucon. A l’instar de Nakache et de Toledano, le réalisateur a décidé de faire un film sur la vie d’un migrant en France. Cependant, cette fois-ci, on rencontre également sa famille restée au Sénégal, ce qui permet d’observer les difficultés auxquelles les membres de cette dernière peuvent faire face. Mais ce qui reste central dans ce film, c’est l’histoire d’amour entre le migrant et une Française, amenant ainsi Philippe Faucon à tomber dans le vaste gouffre qui s’ouvre à chaque fois qu’un réalisateur français étudie les migrants dans le pays. Amin commence donc une relation avec Gabrielle, chez qui il a travaillé pour construire des canalisations dans son jardin. Cela amène le protagoniste à abandonner sa famille au pays, pays dans lequel il ne retournera pas pendant un long moment afin de rester aux côtés de son nouvel amour. Tout le film se structure autour de cette relation et se termine lorsque cette romance s’achève également.   Je ressors de la salle avec une envie de crier. Pourquoi ? Pourquoi être obligé de toujours filmer la même chose ? Pourquoi être obligé de construire un cliché au cinéma alors que justement Philippe Faucon essaye de dénoncer les tares de notre société actuelle ? Pourquoi est-on obligé de créer une histoire d’amour entre un migrant et une française dans tous les films traitant de ce sujet ? Je suis déçue, énervée. Je suis déçue de voir comment des réalisateurs voulant pointer du doigt les vices de notre société créent encore plus de stéréotypes sur des personnes déjà trop souvent discriminées. J’aimerais voir un film vrai, un film qui n’embellit pas la vie de ces hommes en ne leur créant pas des relations d’amour fausses. J’aimerais qu’on ne montre pas des hommes qui font ce que leur femme ne peut pas faire. En effet, pourquoi l’épouse d’Amin n’a-t-elle pas le droit de monter dans la voiture d’un homme afin de se rendre au marché ou sur le chantier de sa nouvelle maison alors que son mari, lui, a le droit d’aller coucher avec une autre femme ? Pourquoi se voit-elle donner la leçon par un homme plus jeune au sujet des normes de conduite qu’elle doit adopter alors que son mari fait ce qu’il veut en France ? Je ressors offusquée, une boule dans la gorge et l’envie de hurler contre mon pays qui, célébrant les droits de l’Homme, semble se conduire contre ceux-ci chaque jour.  
  Par Clélia Delevoye

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