Atypique : A trois on y va – Jérôme Bonnell

Atypique : A trois on y va – Jérôme Bonnell

Atypique. C’est le ton qu’a décidé de donner Jerôme Bonnell, le réalisateur, à sa comédie romantique. En bousculant légèrement les codes de ce genre au public acquis et aux poncifs inévitables, il tente de nous procurer une bouffée d’air frais.

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La présence de la très mignonne et charmante Anaïs Demoustier n’y est pas pour rien. En effet, elle campe ici Mélodie, avocate et élément perturbateur d’un couple jeune-beau-arty-mais-un-peu-en-crise, vu qu’elle est l’amante (et l’amie) des deux, sans qu’aucun ne découvre le pot aux roses. Jusqu’à un certain point bien sûr… Ce qui donne lieu à quelques scènes assez savoureuses, qui rappellent le théâtre de vaudeville, où chacun se suit et se fuit, se croise et s’évite ; notamment celle où Mélodie doit s’échapper de manière totalement acrobatique et rocambolesque lorsque Micha (Félix Moati) rentre plus tôt que prévu chez lui, manquant de trouver sa compagne (Sophie Verbeeck, secrète et mélancolique) et sa maîtresse en pleins ébats. Cette scène donne une jolie et rare vue sur les toits de Lille.

Car une autre originalité de ce film est qu’il se déroule à Lille, ce qui change du cadre parisien si fréquent. Et, bien loin de l’image d’un Nord mort, la ville est ici superbe, vivante, et chatoyante! Les nombreux plans sur les maisons, les séquences de pluie auxquelles succèdent des scènes au soleil radieux, le travail sur les lignes directrices dessinées par les architectures étonnantes, donnent une atmosphère toute particulière au film. Ces éléments, centraux ou détails, participent à le rendre doux.

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Doux car ce film est un film d’amour. Jamais vulgaire ou cru (malgré les quelque peu longues et explicites scènes de baisers en très gros plan), chaque acte est sensible. Ce n’est donc pas un film sur un couple qui se trompe mutuellement avec une nymphomane, mais sur trois personnes qui s’aiment et qui luttent pour faire valoir leurs sentiments trop gros pour les cadres qui leurs sont imposés par la société actuelle.

Car ici l’amour est incompressible ; c’est peut-être la morale de ce film. Incapables de s’aimer bilatéralement, je ne pense pas vous spoiler en avouant que la supercherie éclate finalement, et laisse place à un trouple (mot laid mais existant), espace hybride et sacré où aucune limite à leur(s) amour(s) n’est plus fixée. Cette transition se fait avec une simplicité désarmante (et avec la tête toujours aussi ébahie de Félix Moati, dont il ne s’est pas départi depuis son rôle d’Arthur, bellâtre adolescent dans LOL de Lisa Azuelos).

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Alors, on se prend à croire qu’il serait possible, seulement avec de l’amour, de passer outre toutes les structures qu’on a assimilées au cours de notre vie, de dessiner un présent et un futur protéiforme à l’aune de ce dont on rêve. Mais même ici, la parenthèse enchantée est un CDD. Et le dénouement n’en est qu’une chute plus bête : ce microcosme (on constate d’ailleurs les très peu nombreux personnages secondaires), qui avait fait le choix d’être si libre, se désintègre d’une manière si conventionnelle qu’on constate, désabusé, que le changement (des moeurs tout du moins), ce n’est pas encore maintenant.

Ainsi, sous ses dehors d’originalité, cette romcom sensible et assez bien emmenée par Anaïs Demoustier reste dans les clous. Il s’agit d’émoustiller le spectateur mais pas de le secouer. Et après tout peut-être faudra-t-il se contenter d’être surpris par une apparence seulement et pas par un fond qui ne bousculera même pas les plus conservateurs d’entre nous.

1 Comment

  1. Très bonne critique, tout en finesse, merci.

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