Duel // Les Chatouilles

L'adaptation de la pièce de théâtre Les Chatouilles ou la Danse de la colère d'Andréa Bescond par cette dernière et Eric Metayer (2018, 1h43) n'a pas enthousiasmé de la même façon toute la rédaction de Close Up. On vous propose ci-dessous un duel savoureux entre une défenseure du long-métrage (Romane) et un pourfendeur (Nathan). A vos gants de boxe ! Les Chatouilles - La mise en scène poignante d'un traumatisme Les Chatouilles m'a bouleversée, tellement que j'en oublie tout esprit critique, toute analyse de la mise en scène ou de la cohérence des personnages. Ce film raconte la rémission d'un traumatisme d'enfance, celui du viol pédophile. En dénonçant ce tabou, il questionne l'indifférence et l'incompréhension des proches. C'est là que le film est sûrement le plus dur, avec les scènes de violence face à laquelle le public est lui aussi impuissant. La protagoniste-actrice-réalisatrice emmène sa psychologue dans ses souvenirs, et nous avec elle. J'ai aimé être prise par la main à travers ces moments de vie, la voix off parlant autant au spectateur qu'à la psy. C'est toute la jeunesse d'Odette qu'on découvre ainsi, l'enfance gâchée par un ami de ses parents qui veut « jouer aux chatouilles », la montée à Paris pour faire de la danse, les comédies musicales et histoire(s) d'amour... Les Chatouilles n'est donc pas uniquement une heure et demie de larmes, mais bien un film drôle aux personnages attachants. Le rythme du film est très intéressant, entre les scènes de la vie d'Odette adulte, les retours aléatoires chez la psychologue et donc dans son enfance, et les séquences de danse. Je les ai trouvées d'une réelle...

Cinq films pour… vibrer comme nous

Pour vous permettre de ressentir à votre tour les plus beaux frissons de cinéphilie, nous avons décidé de compiler dans ce top nos films préférés, ceux dont nous ne nous lassons jamais, ceux dont la trame nous surprend ou nous enchante toujours même en connaissant le scénario par cœur. Trois, deux, un, accrochez-vous bien, c'est parti ! Stalker, d’Andreï Tarkovski (1979) Tarkovski est un cinéaste d’une difficulté rare, à la froideur terrible. On ne plonge dans sa filmographie qu’avec prudence... Tout chez lui est réflexion, poésie retorse à double, triple, quadruple sens ; symbolisme discret ou moins discret, métaphysique méditative. Stalker représente un apogée dans les recherches de Tarkovski, géniteur de seulement sept long-métrages pour autant de très belles réussites. Adapté d’un livre des frères Strougatski, il narre la rencontre, dans une Russie boueuse et hivernale, d’un professeur de physique (l’entendement humain), d’un écrivain (la sensibilité) et d’un stalker, homme capable de pénétrer la Zone, région fortement protégée par l’armée. A l’intérieur de cette zone, une chambre, dont on dit qu’elle réalise les rêves de ceux qui la pénètrent. Merveilleusement, Tarkovski filme surtout le sentiment de croyance, et l’échec annoncé de toute transcendance. C’est un essai de philosophie écrit avec une pellicule, un poème énoncé dans la profondeur de champ, une intaille polie sur une couronne épineuse. Chaque visionnage me rappelle combien je passe encore de la beauté de ce film, sans conteste l’un des plus beaux jamais réalisés. Par Valentin Grille (Valentin vous informe que, magie du monde moderne, ce chef-d’œuvre est disponible (légalement et en HD) sur YouTube. https://www.youtube.com/watch?v=TGRDYpCmMcM.) Forrest Gump, de Robert Zemeckis (1994) Cette comédie...

Amanda – Un hymne à la renaissance

Parfois, la vie, c’est tout simple. Le printemps à Paris. Un jeune homme, sa sœur, sa nièce, le soleil et les jours qui coulent tranquillement. Les rues familières. Les bêtises. Les absences, les disputes, mais qui ne durent jamais longtemps. Et puis comme souvent dans les films, et comme pas si rarement que ça dans la vie réelle, tout s’effondre. Un parc, un soir, une rafale de balles, une folie, une horreur. Et tous les plans tranquilles, les projets sereins, les schémas habituels se fracassent. David n’a que 24 ans, et élever un enfant était bien la dernière responsabilité qu’il avait envisagée pour son avenir proche. Mais Amanda n’a plus que lui au monde. Alors c’est parti. C’est parti, et c’est sublime. Comment ne pas verser dans le mélodrame artificiel avec un sujet pareil ? Comment ne pas trahir les visages en larmes, les corps en deuil, les cauchemars hallucinés, les journées solitaires ? Comment dépeindre tout simplement, aussi justement que possible, un quotidien horriblement banal alors que pourtant rien n’est plus pareil, comment suggérer à l’écran un amour malmené et douloureux entre un oncle et sa nièce, comment faire naître petit à petit la confiance, la responsabilité, en un mot la parentalité ? En faisant comme Amanda. En laissant du temps au temps. En laissant les dialogues s’épanouir, naturellement, montrer les relations qui gagnent en profondeur. Le film est bouleversant à plus d’un titre, sans doute parce qu’il ne cherche pas désespérément à l’être, et offre à tout instant une écriture délicate, sobre, évident. On ne saurait dire à quoi tient cette petite prouesse. Peut-être à l’extrême justesse...

Aga – Un mode de vie séculaire en danger

Milko Lazarov / 2018 / 1h36 / Le début du film est accompagné de sons stridents et angoissants, tels des ressorts que l’on fait grincer. Prémices d’une menace ? Il s’agit en réalité d’un instrument de musique, atypique et inconnu de notre culture européenne, tout comme l’est la vie dans le Grand Nord racontée dans cette œuvre. Nous suivons le quotidien d’un couple dans les moindres détails, à la manière d’un documentaire. Le film est constitué de nombreux plans fixes ; les deux Inuits allongés, cuisinant de la soupe au poisson, écorchant un animal pris au piège et tous les jours entièrement seuls, se suffisant à eux-mêmes. Ces scènes peuvent être très longues, quelquefois lassantes, particulièrement lorsque les personnages sont hors cadre et que le décor immobile est mis en lumière. De trop longues secondes sont dédiées au paysage enneigé (bien que magnifique) ou encore à la cuisine de la hutte. Par ailleurs, l’isolement de Nanouk et Sedna est d’avantage souligné lorsque leur fils, habitant dans le village à proximité, vient leur rendre visite. Son motoneige transperce le brouillard, à notre grand étonnement… Dans ce milieu traditionnel, pour ne pas dire archaïque à nos yeux, nous avions presque oublié le cadre temporel, qui est le même que le nôtre, et l’existence de véhicules motorisés. L’écart intergénérationnel est souligné et presque moqué, le père ironisant en apprenant que son fils s’est fait refaire les dents. Les pensées des deux protagonistes sont également occupées par le souvenir de leur fille. Cela constitue le fil directeur de la trame jusqu’à la dernière scène du film, bien que son évocation soit extrêmement floue....

High Life – Au bout du monde, un saut

Claire Denis / 2018 / 1h50 / Monte, criminel condamné à mort – pour des raisons qui nous resteront en partie inconnues – et volontaire d’une expérience scientifique, est envoyé avec d’autres prisonniers dans l’espace pour purger sa peine. Dans ce voyage qu’on imagine sans retour, Claire Denis semble tant bien que mal chercher les lumières au fond d’êtres plus sombres que l’immensité qui les attend. Au milieu des effets recherchés, une volonté très nette de ne montrer que le strict nécessaire de ce postulat dystopique : pas de réflexion sur la justice et une psychologisation relativement sommaire des personnages, dont on révèle la mort prématurée dès les premières scènes. Claire Denis n’aiguille son récit que par le biais du personnage joué par Robert Pattinson, seul survivant, dont la voix off guide le scénario. Double malaise pour le spectateur : un défaut de background qui pose pour acquis une situation plus que dérangeante moralement ; une conscience bien réelle du fait que les personnages sont des criminels, qui vont finir par s’entretuer comme l’annonce la première scène. Dès lors, High Life prend la forme d’un thriller, beaucoup plus qu’un film de pure science-fiction. La réalisatrice française a expliqué vouloir dénuer son vaisseau spatial de tout artifice inutile qui encombrerait les décors. La photographie de Yorick Le Saux renforce cet ascétisme formel – cadres lents, pellicule granuleuse, couleurs oppressantes (bleu, rouge). Tout l’accent est porté sur l’imprévisibilité de personnages par ailleurs malsains, acculés par des pulsions sexuelles délirantes, vainement évacuées dans une triste salle aménagée à cet effet. Ambiance suprêmement glauque donc, où les réflexions sociologiques s’avèrent pourtant assez pauvres,...