Terrence Malick – Du génie au mystique

Terrence Malick est une énigme. Tout, avec lui, suscite le mystère et fait naître l’intrigue. Sa vie et sa personnalité sont gardées secrètes et inconnues, de par sa volonté de ne rien laisser filtrer sur son passé et de conserver un halo de doute autour de sa personne. C’est ce qui fascine bon nombre de cinéphiles, qui voient en lui une figure mythique, sorte de monstre sacré du cinéma américain. Mystérieuse, sa filmographie l’est tout autant, que ce soit au niveau de la fréquence de sorties des œuvres, espacées d’une vingtaine d’année ou au contraire, enchaînées en quelques mois, et de son contenu, en évolution constante depuis le début de sa carrière. Le génie des origines   Les deux premiers films de Terrence Malick, La Balade Sauvage (Badlands) et Les Moissons du Ciel (Days of Heaven), sortis respectivement en 1973 et 1978, sont indéniablement deux des meilleurs films du cinéma américain des années 70, car ils représentent une alternative à l’influence majoritaire du Nouvel Hollywood. Même si Malick est souvent rattaché au mouvement de par sa nature même de cinéaste jeune et ambitieux et son statut revendiqué d’auteur démiurge, ses films, tout en recoupant certaines tendances du Nouvel Hollywood, s’imposent par l’essence même de leur originalité.   La Balade Sauvage, dont le sujet est similaire à Bonnie and Clyde, s’illustre en effet par son ambiance calme, douce et feutrée, et par sa volonté certaine de contemplation. Ainsi, les inserts d’insectes, les plans fixes sur les hautes herbes dans lesquelles joue le vent, les panoramiques dévoilant l’immensité désertique des plaines, se multiplient dans une ode lyrique à la nature. Mais...

Au Revoir Là-Haut – Un film de Goncourt

Novembre 1919. Deux rescapés des tranchées, l'un dessinateur de génie, l'autre modeste comptable, décident de monter une arnaque aux monuments aux morts. Dans la France des années folles, l'entreprise va se révéler aussi dangereuse que spectaculaire.   Certes le film est une adaptation du prix Goncourt 2013, Au Revoir Là-haut, il peut donc souffrir logiquement de la comparaison par rapport à l’œuvre originale mais pas ici ! Peu enclin à lire des pavés j’ai fait l’impasse sur le roman de Pierre Lemaître et vous livre ainsi mon ressenti sur le film et seulement le film d’Albert Dupontel.   Ce film est d’ailleurs assez difficile à classer dans un style particulier tant il est surprenant dans le paysage cinématographique français. Tout d’abord ce film à de l’ambition ! Le budget de 17 millions d’euros en témoigne. Mais c’est surtout la mise en scène et les plans utilisés qui surprennent (pour une production française). En effet, les quelques plans séquence présents sont plutôt brillamment réalisés et donnent au film des aspects presque hollywoodiens. Tout aussi hollywoodiennes, les références immédiates aux films de guerre comme Les Sentiers de la Gloire dans un scène de combats très réussie en travelling où l’immersion est au rendez-vous. Le film est aussi difficile à ranger dans une case car le spectre des émotions ressenties est extrêmement large. On a de brillantes scènes comiques pour lesquelles le talent d’acteur et de metteur en scène de Dupontel n’est pas étranger. Des scènes de tension et même d’effroi quand on voit le sort des « gueules cassées » mais surtout de poignants moments d’émotions qui sont concentrés autour de la relation entre le...

Jeune Femme – Un cri du coeur qui sonne juste

Léonor Serraille Sortie en salles le 1er Novembre 2017 1h37 Caméra d’Or au Festival de Cannes (70ème Edition) La Jeune Femme s’appelle Paula. En rentrant d’un long voyage au Mexique, elle bute contre des portes closes : son compagnon – un célèbre photographe dont elle a été la muse pendant 10 ans (c’est-à-dire qu’elle a vécu à ses crochets) – la vire de chez elle, les amis chez qui elle se réfugie aussi, et elle a perdu ses parents de vue. Commence alors une période d’errance dans Paris, pendant laquelle on va la suivre et elle va se trouver. N’ayons pas peur de le dire : Jeune Femme est un chef d’œuvre de Léonor Serraille (je ne prends pas trop de risques en disant ça, puisque c’est son premier film). Ce premier essai est parfaitement mené : le film s’ouvre sur des cris rageurs de dos, et se clôt sur un souffle apaisé face caméra. Mais entre les deux, le voyage initiatique de Paula ne suit pas une trajectoire stable et linéaire. Au contraire, le récit enchaîne les changements de situations et les modulations autour d’elles. Les scènes se répondent, se répètent parfois pour mieux souligner l’évolution de Paula, et croissent en intensité jusqu’au climax final. Laetitia Dosch trouve ainsi un premier rôle à sa hauteur, tout en variations. Tout le film, qui repose essentiellement sur sa performance, est à son image. C’est un chaos organisé, qui fait passer des éléments écrits pour des imprévus ou des accidents (même si certains heureux accidents sont bien réels, notamment l’irruption du chat dans une scène de sexe). Ce sont avant tout...

Tarantino – L’ignominie dans le silence

Quentin Tarantino, une énigme. Si certains films valent indéniablement le détour, Pulp Fiction et Kill Bill notamment, d’autres soulèvent des interrogations et doivent nous pousser à réfléchir, à ne pas regarder simplement l’image, mais à passer au travers, à percer la surface pour regarder au-delà, à l’intérieur même des intentions cinématographiques. A une époque où, plus que jamais, l’image quelle qu’elle soit, doit s’accompagner d’une distanciation morale et d’une réflexion critique, il est intéressant de se pencher sur la carrière et la filmographie d’un cinéaste qui a toujours dérangé, et qui ne cesse de revendiquer son originalité. En effet, certains de ses films heurtent une certaine conception de la morale, si on la définit comme l’ensemble des règles de conduite et des valeurs qui définissent la norme d’une société. Cette morale, si souvent analysée par les philosophes de toutes époques, Socrate, Descartes, ou Kant, existe bel et bien au cinéma, peut-être plus au septième que dans les autres arts, car il s’agit d’images. Et que derrière chaque image se cache une idée. C’est dans cette optique qu’il est possible et prépondérant de reconsidérer la filmographie de Tarantino, et par cette dernière, notre rapport même au réalisateur en lui-même. Reservoir Dogs – Scène de l’oreille, une scène immorale ? Ce Tarantino a, dès son premier film, fait étalage de toute sa morbidité. Reservoir Dogs, est, paradoxalement, le film somme de la cinématographie tarantinienne. C’est celui qui semble le mieux représenter le style du réalisateur : dialogues, contextualisation, prises de vue, intrigue. Dès ce métrage, Tarantino installe en effet ses idées et définit son cinéma : scénarios tournant autour de la...

Le Sens de la Fête – Comédie étonnamment charmante

Max est traiteur depuis trente ans. Des fêtes il en a organisé des centaines, il est même un peu au bout du parcours. Aujourd'hui c'est un sublime mariage dans un château du 17ème siècle, un de plus, celui de Pierre et Héléna. Comme d'habitude, Max a tout coordonné : il a recruté sa brigade de serveurs, de cuisiniers, de plongeurs, il a conseillé un photographe, réservé l'orchestre, arrangé la décoration florale, bref tous les ingrédients sont réunis pour que cette fête soit réussie... Mais la loi des séries va venir bouleverser un planning sur le fil où chaque moment de bonheur et d'émotion risque de se transformer en désastre ou en chaos. Des préparatifs jusqu'à l'aube, nous allons vivre les coulisses de cette soirée à travers le regard de ceux qui travaillent et qui devront compter sur leur unique qualité commune : Le sens de la fête.   Insolite : elle va voir Le Sens de la Fête et aime le film ! Insolite, oui, mais vrai. Après leurs dernières productions, je n’attendais plus rien de Toledano et Nakache. Ils avaient peut-être parachevé leur éclosion dans le monde de la médiocrité avec Samba, pseudo-comédie attendue et très polie dans laquelle se démenaient un Omar Sy en immigré clandestin et une Charlotte Gainsbourg en working girl en burn out, duo tellement fortuit que l’alchimie ne prend jamais. C’est donc sans grande attente, espérant tout au plus sourire devant ce qui se voulait être la comédie française de l’automne que je suis rentrée dans la salle obscure pleine à craquer en ce dimanche soir. Eh bien erreur, ou plutôt surprise :...