Rencontre avec Alexis Michalik

Alors que les spectateurs applaudissent chaleureusement dans une salle de cinéma de Rueil-Malmaison le générique d’Edmond, Alexis Michalik prend le micro, tout sourire. Une nouvelle salve d’applaudissement retentit alors. Si le nom de Alexis Michalik ne vous dit encore rien, j’ai l’espoir que cet article vous donnera envie de courir au théâtre, ou au cinéma, pour découvrir ce génie français. Révélé en 2012 par le succès de la pièce grandiosement mystérieuse Le Porteur d’histoire, qui se joue encore à Paris et à Lyon, le dramaturge a réussi à conquérir les planches parisiennes par sa plume magnifique. Pourtant, c’est un homme simple et modeste qui se présente devant les Reuillois réunis dans la salle, acceptant de prendre des photos avec les admirateurs, d’échanger sur le théâtre avec les amoureux des grandes salles, et de donner des conseils à ceux se tournant vers la profession. Voici un petit retour sur cette rencontre théâtrale. Nous pouvons vraiment remercier la Providence pour avoir débusqué ce talent. Comme il l’explique, il a commencé sa carrière en tant que comédien, après avoir suivi l’atelier théâtre de son établissement scolaire. Vous l’avez probablement aperçu dans certaines séries ou dans des films (Kaboul Kitchen, Les Chatouilles). Ses premiers pas sur les planches se font dans le rôle de Roméo dans une mise en scène de Irina Brook. Il en tire de précieux enseignements et commence à mettre en scène de grands classiques avec son propre style, mais sans adapter ses propres esquisses. C’est alors qu’un de ses amis, en charge de la programmation du festival d’Avignon, lui propose une place. C’est en seulement un mois, ce qui...

Fausses notes – Au bout des doigts

Ludovic Bernard / 2018 / 1h46 / Images en accéléré. Une foule dans le hall, sur les escalators, emportée par la routine quotidienne. Une musique qui donne le tempo à ces élans pressés d’individus dans les stations parisiennes. Elle est signée Harry Allouche et est d’une extrême beauté, très puissante. C’est de cette façon que commence Au bout des doigts, le film de Ludovic Bernard. Alors on se dit que cette entrée en matière n’est que l’avant-goût d’un film tout aussi entraînant; mais on prend vite conscience du fait qu’il était trop hâtif de s’enthousiasmer. Mathieu Malinski est un « jeune de banlieue » qui a été très tôt pris d’une passion pour le piano. Pierre Geitner, directeur du Conservatoire National Supérieur de Musique, le remarque au piano d’une gare, est subjugué par son génie et après maintes tentatives, finit par l’inscrire au Concours national de piano. Nous observerons sa progression sur un morceau peu connu du grand public, le Concerto n°2 de Rachmaninov. Le choix de l’œuvre est astucieux, car il nous permet de découvrir une partition intense, dont le déchiffrage est extrêmement complexe. Il est épaulé pour cela par Geitner, mais surtout « la comtesse », sa professeure de piano durant ses répétitions. Bien sûr, la scène de la gare (cinq minutes après le début du film) se termine pour Mathieu par une course-poursuite avec la police, de quoi immédiatement stéréotyper le personnage. Cette manière de le représenter se développe tout au long du film, et ne s’en trouvera que renforcée. A vouloir représenter la réalité des quartiers défavorables en France, le réalisateur n’en fera qu’une caricature....

Border – Un conte naturaliste à la sauce fantastique

  Ali Abbasi / 2018 / 1h50 / Tina est une douanière suédoise chargée de contrôler les allées et venues des personnes se rendant sur l’île où elle réside. Seulement Tina a comme un don. Elle peut sentir les gens, leurs sentiments, et savoir s’ils sont coupables d’un délit ou d’un crime. Elle est donc très utile à son service puisque rien ne lui échappe. Tina est même sollicitée pour démanteler un réseau de pédopornographie. Toutefois, la vie de Tina, qui s’est jusqu’à présent inscrite dans une routine monotone, est soudainement bouleversée lorsqu’elle rencontre Vore, le seul être qui ne la trouve ni répugnante ni mystérieuse. Border avait créé la surprise au festival de Cannes dernier et en était ressorti récompensé dans la catégorie « Un Certain Regard ». Thriller, romance, fantastique, les genres manquent pour qualifier le film tant il recouvre des métamorphoses hybrides. Le réalisateur Ali Abbasi adapte ici une nouvelle de l’auteur suédois John Ajvide Lindqvist qui avait déjà inspiré le film Morse de Tomas Alfredson. Ecrire sur ce film est d’autant plus difficile qu’il faut à tout prix éviter de le « spoiler », son rythme étant basé sur la surprise et la métamorphose. Le réalisateur livre un conte naturaliste à plusieurs lectures. A mon goût, la piste explorée la plus intéressante est celle de la quête identitaire de Tina (incarnée à l’écran par Eva Melander). La laideur de son physique, le dégoût et la peur qu’elle inspire aux autres mais aussi le mystère de son flair en font quelqu’un d’éminemment différent. Différent car rejeté par les autres ; il ne fait pas bon effet de ne pas...

Daredevil – La fin justifie-t-elle les moyens ?

Erik Oleson / 2018 / Saison 3 / 13 épisodes / ATTENTION SPOILERS Synopsis de la série Matthew Murdock (Charlie Cox) est un avocat new-yorkais résidant à Hell’s Kitchen, quartier du Nord-Ouest de Manhattan. A l’âge de neuf ans, après avoir été exposé à des déchets radioactifs alors qu’il essayait de sauver la vie d’un homme, il devient aveugle. Toutefois, bien que son héroïsme lui ait coûté la vue, le jeune garçon ressort plus fort de cet accident. En effet, sa bravoure semble avoir été mystérieusement récompensée puisque ses quatre autres sens que sont l’ouïe, l’odorat, le toucher et le goût, se développent progressivement après cet évènement tragique, jusqu’à atteindre un niveau surhumain. Ce sont ses dons sensoriels qui font désormais de lui un être hors-norme. Toutefois, ce n’est que lorsque son père, un boxeur professionnel corrompu, est froidement assassiné, qu’il décide de faire du combat contre le crime organisé sa vocation. De confession catholique, Matt, bien qu’apparaissant aux yeux des malfaiteurs comme le Démon de Hell’s Kitchen, cherche avant tout à trouver un équilibre entre morale et justice. Un dilemme se pose alors à lui : comment mettre fin au crime organisé alors qu’il croit en la rédemption ? Synopsis de la saison 3 A la fin de la saison 1 de The Defenders, crossover entre Jessica Jones, Luke Cage, Iron Fist et Daredevil, Matt Murdock est laissé pour mort après l’effondrement du Midland Circle, à Hell’s Kitchen. Mais pour rappel, le dernier épisode de cette saison se clôt après une scène aussi surprenante qu’attendue et qui révèle au spectateur le destin de Daredevil. Matt n’est pas mort, mais grièvement...

Edmond(s) et merveilles

Alexis Michalik / 2018 / 1h52 / Nous sommes en 1895, susurre l’une de ces voix chaudes et profondes qui semblent n’exister que pour ouvrir la narration de contes de fées. Nous sommes en 1895, et nous sommes à Paris. Paris est en effet partout dans Edmond, immanquable par son côté un peu carton-pâte, et surtout complètement enchanteur. Difficile de ne pas se laisser séduire par les plans quasi-féériques de la ville en ouverture, puis par ses décors de cafés et de rues pavées délicieusement cliché, et enfin par son atmosphère aussi irréelle qu’excitante. C’est un Paris magique, un Paris de spectacle et d’envolées lyriques, un Paris qui n’a jamais existé ainsi, mais qui assume de vouloir avant tout ravir son spectateur. Difficile de faire mieux pour ouvrir une histoire. Dans ce Paris un peu similaire à celui de Dilili à Paris, le dernier long-métrage de Michel Ocelot, on fait vite la connaissance d’un certain Edmond Rostand, dramaturge raté – c’est lui qui le dit –, qui ne parvient pas à se détacher des pièces en vers, quand bien même il est devenu furieusement vieux jeu de ne pas écrire en prose, et qui désespère de connaître un jour le succès. Le pauvre Edmond enchaîne les déconvenues et autres fours, jusqu’à ce que le célèbre comédien Constant Coquelin l’engage dans des circonstances plus ou moins rocambolesques. Le contrat est aussi simple qu’implacable : Edmond a quelques semaines pour écrire une pièce de théâtre dont Coquelin jouera le rôle principal. Pièce qui devra connaître un succès phénoménal. Car la carrière et la crédibilité de Coquelin sont en jeu. C’est ainsi qu’aux...