Normandie Nue – une jolie comédie sociale

Philippe le Guay / 1h45 / Sortie en salle le 10 Janvier 2017. Synopsis : Au Mêle sur Sarthe, petit village normand, les éleveurs sont touchés par la crise. Georges Balbuzard, le maire de la ville, n’est pas du genre à se laisser abattre et décide de tout tenter pour sauver son village. Le hasard veut que Blake Newman, grand photographe conceptuel qui déshabille les foules, soit de passage dans la région. Balbuzard y voit l’occasion de sauver son village. Seulement voilà, aucun normand n’est d’accord pour se mettre à nu…   Je pense que si j’avais vu ce film autre part que dans mon cinéma de quartier, le jour de sa réouverture, entourée d’une population septuagénaire et deux mamies très bavardes, je n’aurais pas autant apprécié ce film. Parce que je n’aime pas trop les comédies françaises, souvent trop clichées et génériques. Parce que si j’avais vu ce film chez moi, j’aurais surement sorti mon téléphone pour m’occuper autrement. Mais dans cette salle qui sentait la peinture fraîche, la bonne humeur était générale et j’ai ri. J’ai apprécié ce film, car sans avoir les prétentions d’un « grand film », Normandie nue nous fait passer un bon moment, et nous fait réfléchir sur son enjeu principal : la condition des agriculteurs d’aujourd’hui. D’abord, le bon moment. Le réalisateur Philippe Le Guay arrive ici à se servir de l’enjeu que représente la photo de nu dans ce village d’agriculteurs pour offrir un portrait humain et chaleureux des personnages, même s’il se perd parfois dans des intrigues sans grand intérêt. C’est le cas notamment de l’intrigue amoureuse, grand classique du...

Le sexisme au cinéma

L’affaire Weinstein aura été l’occasion d’une grande libération de la parole.  Le 7 janvier, Natalie Portman, sur scène pour remettre le Golden Globe du meilleur réalisateur, annonce « et voici les hommes nommés ». La salle applaudie bien que les principaux concernés restent quelque peu abasourdis tant la phrase est inattendue et assassine. L’actrice porte également du noir, d’après l’initiative lancée par Time’s Up, nouveau mouvement rassemblant déjà plus de 300 actrices pour financer un soutien légal aux femmes victimes de harcèlement sexuel sur leur lieu de travail. L’occasion pour nous de tenir un état des lieux nécessaire, tant sur l’industrie du cinéma que sur l’histoire de cet art si jeune. Un art de masses qui participe, sans que cela soit forcément volontaire de la part de ses auteurs, à la construction ainsi qu’à la perpétuation de stéréotypes. Enfonçons une première porte ouverte avec quelques chiffres. Très peu de femmes occupent les postes clés de l’industrie cinématographique. En Europe, quatre films sur cinq sont réalisés par des hommes. D’ailleurs, 95% des films sélectionnés au festival de Cannes ont également été réalisés par des hommes. Seules trois femmes ont été récompensées par la Palme d’Or sur 57 films primés. Jane Campion en 1993 pour sa Leçon de Piano en ex-aequo avec Chen Kaige pour Adieu ma concubine, et Léa Seydoux avec Adèle Exarchopoulos, en leur qualité d’actrices sur le film d’Abdellatif Kechiche, La Vie d’Adèle, en 2013. L’attribution des financements y joue peut-être un rôle, puisque seuls 16% en sont attribués à des femmes. Sur les dix acteurs les mieux payés en 2017, on relèvera qu’il n’y a aucune femme. Emma Stone,...

Wonder – Maux et merveilles

Stephen Chbosky. 1h51. Sortie en salle le 20 Décembre 2017.   Synopsis: Auggie a dix ans, une passion sans limites pour l’espace et les astronautes et une famille plus qu’aimante. Mais Auggie a aussi un visage qui n’a jamais ressemblé et ne ressemblera jamais à celui des autres enfants, et ce malgré vingt-sept opérations à son actif. Une histoire de gènes. Mais ce serait une grave erreur que de réduire Auggie à cela. Pour son entrée au collège, ses parents lui proposent de mettre un terme à l’éducation à la maison que lui procurait sa mère, et de l’inscrire dans un vrai établissement scolaire. Auggie accepte, mais tous savent parfaitement que si le visage du petit garçon est adoré par sa famille, il suscite moqueries, curiosité, voire dégoût chez les autres, et surtout chez les enfants.   Le film n’échappe pas à ce ton plein d’emphase des feel-good movies américains, mais il ne verse ni dans le mélo ni dans la lourdeur. Certes, on se doute bien de la façon dont cette histoire va se terminer, mais d’une certaine façon c’est aussi ce que l’on vient chercher en allant voir ce film. De plus, Wonder parvient à créer de vrais instants d’émotion palpable, des scènes touchantes, encore une fois attendues, mais auxquelles il est néanmoins difficile de rester insensible. Adapté d’un roman américain au succès retentissant, le ton du récit reste positif mais jamais niais, et on n’hésite pas à montrer aussi bien l’amour des parents pour Auggie que la frustration de sa grande sœur Via qui a l’impression d’être de trop, ou les conflits intérieurs d’enfants qui n’ont...

Le Top 2017 de Close Up – #9 Jackie

Pablo Larraín a sorti deux films début 2017, deux biopics. Le premier, Neruda, se concentrait sur le poète chilien Pablo Neruda : plus qu’un véritable biopic, le film se concentrait sur la course-poursuite entre Neruda et Oscar Peluchonneau, l’inspecteur chargé par le président Videla de procéder à l’arrestation du poète. Partant un peu dans tous les sens, Neruda ne nous avait pas vraiment enthousiasmé. Sans rancune, nous sommes allés voir Jackie, sur la femme de John F. Kennedy. Là aussi, Larraín déjoue les codes du biopic puisque le film se concentre sur les jours qui se sont écoulés entre l’assassinat du président américain à Dallas un certain 22 novembre 1963 et l’enterrement de celui-ci. C’est brillant, tout simplement. Premièrement car c’est extrêmement beau : on se souviendra particulièrement du mouvement de caméra survolant la décapotable présidentiel roulant à toute allure, juste après le meurtre, avec Jackie, penchée sur le corps de son mari et éclaboussée de son sang. Son tailleur, devenu mythique, elle décidera de le garder toute la journée. La prestation de Natalie Portman n’enlève rien à la force du film, bien au contraire, et le dialogue avec le prêtre joué par John Hurt laissera difficilement de marbre. La photographie de Stéphane Fontaine (ces soleils couchants !) et la musique lancinante de Mica Levi finissent de rendre le film mémorable. Film de Pablo Larraín de 1h40min. Date de sortie en France : 01 février 2017 Julien...

Le Top 2017 de Close Up – #10 Split

On ne pouvait pas laisser Split en dehors de ce classement. Ce thriller psychologique était attendu par de nombreuses personnes dès sa sortie, il faut dire que l’histoire semblait sortir des thrillers habituels et l’idée de voir James McAvoy au sein d’un film de M. Night Shyamalan était prometteuse. Nul besoin de présenter le célèbre réalisateur, une grande partie d’entre vous a vu Signes, Sixième Sens ou encore Incassable. Ce film raconte donc l’histoire de Kevin Wendell Crumb, un jeune homme qui possède 23 personnalités différentes prenant à tour de rôle le contrôle du protagoniste. Personnage assez isolé, ses seuls échanges se limitent avec sa psychiatre, le docteur Fletcher. Au bord de la folie, les 23 personnalités répondent à la demande d’une autre personnalité qui surpasse les autres, « la bête ». 3 filles sont kidnappées et enfermées pour répondre au besoin de celle-ci. Le suspens de ce huis clos se base alors sur l’attente de la venue de cette 24ème identité qui condamnerait les 3 jeunes filles. Le fait de traiter de la schizophrénie était passionnant mais on peut être déçu par rapport à certains points. Un Homme d’exception, qui traitait déjà du même sujet, était parvenu à convaincre grâce à sa force d’exploitation de l’identité du personnage. Ici, les 23 personnalités ne sont pas assez exploitées à notre goût. De plus, le secret que renferme la jeune fille intelligente et asociale du groupe se laisse deviner assez vite. Pourtant, la prodigieuse performance de James McAvoy mène à mon humble avis la dernière œuvre de Shyamalan au rang de film culte. La plus maligne des trois filles offre une remarquable interprétation. Le film est...