A Star Is Born – Une étoile est née, mais laquelle ?

Star de country un peu oubliée, Jackson Maine découvre Ally, une jeune chanteuse très prometteuse. Tandis qu'ils tombent follement amoureux l'un de l'autre, Jack propulse Ally sur le devant de la scène et fait d'elle une artiste adulée par le public. Bientôt éclipsé par le succès de la jeune femme, il vit de plus en plus de mal son propre déclin… Premier film pour l'un, premier rôle pour l'autre, A Star Is Born était un pari osé tant pour Bradley Cooper, acteur de la folle trilogie Very Bad Trip ou de l'instable et excellent Happiness Therapy (première nomination aux Oscars), que pour Lady Gaga, chanteuse pop extravertie habituée des robes décalées et adepte de paroles provocantes. Challenge donc pour ces deux vedettes hollywoodiennes qui ont tout à prouver aux spectateurs dans ce remake au thème ordinaire et au scénario connu (effectivement, l'histoire, peu originale, reprend la trame d'un drame réalisé 4 fois au cinéma). Certains ne donneraient pas cher pour prendre leur billet et passer 2h16 devant le film... et pourtant ! Véritable révélation de cette année 2018, A Star Is Born surprend par sa finesse, sa sensualité et son ambiance électrique. Dans cette romance hollywoodienne ou ce drame à l'alchimie renversante, une étoile est née... mais laquelle ? Une relation passionnelle Le couple que forment Jackson Maine et Ally est renversant. Il suffit de quelques minutes pour ressentir l'alchimie et le magnétisme qui existe entre eux. Les regards se croisent, et la magie opère crescendo. Ils s’observent, se touchent, se cherchent. Lui, avec ses yeux bleus troubles et son sourire enchanteur, elle avec sa démarche assurée et sa voix pétillante et voilée. Enchainant les gros plans,...

Le vent tourne – La décroissance illustrée

Un couple de jeunes trentenaires décide de vivre à la campagne en reprenant la ferme familiale. Alex et Pauline élèvent leurs bêtes dans le respect de la nature et comptent avoir l’autonomie énergétique en faisant installer une éolienne. L’arrivée de l’ingénieur, Samuel, bouleverse Pauline et ses valeurs.   Un an après la sortie de Petit Paysan, triplement césarisé, le monde agricole était aussi à l’honneur lors du dernier festival d’Angoulême avec Le Vent Tourne, premier long-métrage en français de la réalisatrice suisse Bettina Oberli. Outre l’évocation du monde agricole, la réalisatrice s’interroge sur la mouvance décroissante face à la catastrophe environnementale, ce qui en fait un film d’actualité et qui pose des questions fondamentales sur de tels choix de vie.   La première scène du film est apocalyptique : de nuit, par une pluie battante et un orage strident, Pauline (interprétée par Mélanie Thierry) et Alex (Pierre Deladonchamps) assistent à la naissance d’un veau mort. Le spectateur comprend d’emblée que le choix de vie du couple est strict : faire fonctionner la ferme de manière naturelle, sans avoir recours à aucun produit chimique, même en ce qui concerne la santé animale. Les médicaments faits maisons et l’intervention d’un magnétiseur sont donc privilégiés pour faire face aux maladies récurrentes de leurs bêtes.     En plus de cette volonté de vivre sainement et ce dans le respect de la nature, le couple décide l’implantation d’une éolienne pour être indépendant énergétiquement et surtout ne plus favoriser les grands lobbies industriels destructeurs de la planète. L’arrivée de l’ingénieur Samuel marque une première confrontation idéologique qui déstabilise Pauline, alors qu’Alex semble déterminé dans ses choix...

Shut up and play the piano – Let Speedy play

« Mes fans m’aiment mais devraient également me détester. » Chilly Gonzales débute Shut up and play the piano par une interview au cours de laquelle il hausse la voix, invitant, menaçant presque le spectateur de le détester. Tout au long du documentaire, on n’arrive à savoir s’il recrée les images ou si ce sont des images d’archives. On jubile devant ses prestations de showman dans l’underground berlinois, et on ne peut s’empêcher d’applaudir à la fin de ses concerts de piano. Cet homme a un parcours si improbable qu’on en ressort sonné. Passé par toutes les villes du monde, par de nombreux styles musicaux, il ne s’arrête toujours pas. Il remet en question la célébrité, le travail des journalistes. Il choisit lui-même ses sosies qui finalement ne lui ressemblent pas du tout. Il se présente pour les élections parlementaires en Allemagne. Une conférence de presse très incongrue. Tout le film se base sur ce jeu défiant la bienséance, jouant avec l’humour des spectateurs, voulant pousser jusqu’aux limites du politiquement correct. Et on ne peut tomber qu’amoureux-se de ce personnage dont on n’arrive pas à savoir s’il est comme cela dans la vraie vie, ou s’il est plus calme, posé.   Cet homme n’est la créature d’aucun conservatoire. Il n’a pris que des cours avec son grand-père, puis a travaillé seul. Un des interviewés nous avoue même se demander s’il n’aurait pas été interdit d’entrée dans ces établissements. Mais rien ne sert de rentrer dans un cadre pour jouer de la musique. Chilly Gonzales nous apprend avec humilité qu’il faut laisser notre inspiration prendre le dessus, que nous devons nous...

Duel // I feel good

Pour votre plus grand plaisir, un duo de critiques va s'affronter ici à propos du dernier film de Benoît Delépine et de Gustave Kervern, I feel good. L'une (Ariane Cornerier) a pensé grand bien du film ; l'autre (Valentin Lutz) en a pensé pis que pendre. Place au duel ! Pour : un choc social en peignoir - Ariane Cornerier Le nouveau Kervern et Delépine est arrivé ! A vos écrans ! I feel good, c’est d’abord une affiche qui capte par son comique : un Jean Dujardin en peignoir Thalasso, marchant avec un air soucieux, au bord d’une nationale. « Il n’y a pas de grand pays sans grands patrons » en lettres capitales, le leitmotiv du personnage principal est donné. I feel good, sorti le 26 septembre, pose son action dans le village-Emmaüs de Lescar-Pau (Pyrénées-Atlantiques). Monique dirige cette communauté Emmaüs depuis quelques années, quand, après trois ans d’absence, qui ont été difficiles pour Monique, son frère Jacques fait irruption. Jacques a une idée précise en tête, voire une obsession : trouver l’idée qui le rendra multimilliardaire, sans trop travailler … Ces retrouvailles familiales sont bien sûr objet de confrontation idéologique. Alors que Monique (interprétée par Yolande Moreau) passe son temps à entretenir cette entreprise philanthropique qu’est le village Emmaüs, peuplé de personnes ayant perdu leur emploi et se trouvant dans une situation des plus précaires, Jacques (Jean Dujardin) fait figure de looser arrogant. En effet, par l’utilisation récurrente de flash-back, on découvre que Jacques sort de vingt « années sabbatiques », qu’il a toujours voulu gagner de l’argent facile et que tout en utilisant une rhétorique...
Sharp Objects, long frisson de fin d’été

Sharp Objects, long frisson de fin d’été

L’année dernière, le canadien Jean-Marc Vallée signait la réalisation du drame Big Little Lies. Il dirigeait le quatuor d’actrices (Reese Witherspoon, Nicole Kidman, Shailene Woodley et Laura Dern) dans l’intégralité des épisodes de cette première saison, fait assez rare dans le monde des séries TV pour être souligné. Cet été, le réalisateur de Dallas Buyer’s Club (2013) réitère avec une mini-série de huit épisodes adaptée du roman de Gillian Flynn (également auteure de Gone Girl). L’atmosphère déjà moite de Wing Gap, bourgade perdue au fin fond du Missouri, devient irrespirable lorsque des cadavres de jeunes filles se mettent à fleurir à côté des drapeaux confédérés. Camille (Amy Adams), journaliste d’une trentaine d’années établie à Saint Louis, est chargée par son rédacteur en chef, Curry (Miguel Sandoval), de partir couvrir les meurtres. Traînant derrière elle un lourd passé auquel elle tente d’échapper à grand renfort d’alcool, elle doit faire face à ses fantômes une fois de retour dans sa ville natale. Ce sont ces derniers qui intéressent le metteur en scène qui s’amuse en jouant des codes de série B entre thriller, série policière et film d’horreur. Wind Gap est une ville peuplée d’apparitions dont on ne sait si elles appartiennent au réel tant elles semblent tenir du mythe ou du registre légendaire. Les souvenirs entêtants de Camille affleurent et se mêlent continuellement au temps présent de la fiction avec une fluidité qui tient tant de la virtuosité de la mise en scène, qui exploite le rapport du son à l’image, que d’un montage très précis. Camille pénètre dans sa chambre au sein de la demeure familiale — immense bâtisse...