Ava- Léa Mysius, 2017

Intense, beau, touchant. Ava est le premier film de Léa Mysius, en compétition à Cannes pour la 56° Semaine de la critique.

La réalisatrice investit de manière incisive le thème de la perte de la vue. Comment anticiper la perte d’un des cinq sens ? C’est ce à quoi doit faire face Ava (Noée Abita), une jeune fille de 13 ans. Alors qu’elle est en vacances, le pronostic de l’ophtalmologue est sans appel : Ava perdra la vue progressivement mais rapidement. La mère d’Ava (Laure Calamy) veut que sa fille passe les meilleures vacances de sa vie.

La réalisatrice opte d’emblée pour des plans lumineux, au bord de la mer, usant de filtres qui font penser aux pellicules super 8. Les scènes font d’ors et déjà figure de souvenirs alors même qu’elles sont présentes. Les parasols colorés, l’odeur du sable, l’insouciance de la période estivale : paroxysme de la légèreté ? Non. Un grand chien noir rode, Ava est intriguée.

Le personnage d’Ava interroge, typique de l’enfant sauvage, cruelle à certains égards, elle essaye seulement de s’en sortir. Développer les autres sens, imprimer les visages des êtres aimés, tester ses limites : voilà ses priorités.

Le film accroche par la profondeur des personnages. La mère d’Ava souffre à l’idée de voir sa fille aveugle mais reste décidée à faire semblant pour essayer de vivre de beaux moments. Ava, très cruelle envers sa mère, semble troublée à l’idée de ressembler plus tard à sa mère, sans le savoir. Quant à Juan, un jeune homme en fuite pour lequel Ava éprouve des sentiments, il reste happé par la détermination d’Ava, dans sa volonté de contrer, de résister et de survivre ; alors qu’il est lui même un garçon de l’ombre.

Léa Mysius arrive à traiter subtilement d’un thème on ne peut plus délicat, et ce avec profondeur et légèreté à la fois. Les personnages, très forts, ont quasiment des traits allégoriques et sont parfois emportés par la réalisatrice dans l’onirique. Les rêves d’Ava, par exemple, sont bouleversants, ils expriment de manière violente des peurs (désirs négatifs dans l’analyse freudienne du rêve) : celle d’être condamnée à perdre la vue, celle d’être concurrencée par sa mère en amour, puisque cette dernière pourra être aimée pour son regard (et non Ava).

La réalisatrice arrive à créer une atmosphère trouble : entre légèreté et gravité, avec des dialectiques récurrentes et intéressantes (relation mère/fille, attirance pour le sombre, mise à l’épreuve volontaire pour se tester), cependant, on pourra regretter la dernière partie du film qui relève de l’improbable et reste trop déconnectée des axes développés. Un film à voir tout de même, ne serait-ce que pour son atmosphère onirique, ses personnages désorientés et pour ses quelques moments de légèreté.

On pourra saluer le jeu de Noée Abita qui excelle dans son rôle de garçon manqué, d’aventurière qui agit avec persévérance pour s’en sortir. A l’image d’un récit initiatique, Noée Abita investit le personnage avec spontanéité et vérité. Cette jeune actrice vous fera penser, par certains égards, à Adèle Exarchopoulos, tant physiquement, que par son attitude masculine à l’écran.

Ariane CORNERIER.    

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