Avengers : Infinity War – La grâce des Dieux Déchus

Joe et Anthony Russo

2h36

Sortie en salle le 25 Avril 2018

Synopsis : Le Marvel Cinematic Universe est en plein chamboulement depuis Avengers 2. Hulk s’est perdu dans l’espace, Asgard s’est effondré et Thor règne sans royaume, Tony Stark s’est retranché au nouveau QG des Avengers et a recruté le jeune Spider Man, Captain America et ses fidèles font bande à part depuis Civil War et, au milieu de tout ça, Doctor Strange a sauvé le Monde, les Gardien de la Galaxie ont sauvé l’Univers et Black Panther…le Wakanda et la stratégie de communication de Marvel (ce qui est en fait le plus important). Au milieu de cet univers éclaté, au plus mauvais moment donc, Thanos a enfin décidé de se mettre en mouvement. La plus grande menace jamais rencontrée par les Avengers sera-t-elle trop forte pour eux ?

SPOILER !!! Désolé mais je préfère  préciser de nouveau qu’on ne peut parler de ce film sans en évoquer des éléments cruciaux. Si vous n’avez donc pas vu le film et que vous souhaitez découvrir par vous-même ce qui s’y passe, ne continuez pas à lire et sachez (pour la faire courte) que je le recommande fortement !

Maintenant, l’avertissement passé, on peut se jeter sur ce gros morceau que nous donne l’écurie à blockbuster Disney Marvel. Quoi de plus paradoxal, pour commencer, que d’annoncer Avengers 3 (1èrepartie) des années en avance, d’en faire des teaser réguliers et pourtant de n’en rien savoir du contenu ? Une majorité des bandes-annonces des blockbusters hollywoodiens vous dévoile tout le film. C’est frustrant. Ici, au contraire, le secret parfait a entouré ce dernier Marvel. « Infinity War », donc les Pierres d’Infinité seront au centre de l’intrigue : mais qui ne s’y attendrait pas ayant suivi les films successifs du MCU ? « Thanos le grand méchant », mais qui ne s’y attendrait pas après toutes ses brèves apparitions, entourées de mystère ? On réunit « tous les héros Marvel » mais (encore une fois pour la route) qui ne s’y attendrait pas ??? Et pourtant, impossible de savoir à quoi s’attendre. Pas d’avant-première en France, des critiques autorisés à voir le film au dernier moment. Que de mystères et Marvel qui fait monter la tension.

Pour une explosion incroyable. Et je ne parle pas des résultats en première semaine d’exploitation puisque le box-office affiche un démarrage légendaire pour Avengers 3. Je parle plutôt du film en lui-même, Une telle surprise qu’il est impossible d’en dévoiler le moindre moment sans divulgacher honteusement. Mais une fois visionné, on peut en parler, longuement, et ça, c’est bon pour nous.

Pour parler d’Infinity War, il faut parler des super-héros, véritable obsession grandissante de notre société. Chacun se cherche une entité salvatrice, quelqu’un(e) d’exceptionnel, prêt à lui dire que tout ira bien, que l’on peut être audacieux dans ce monde. Que malgré les obstacles, peu importe les catastrophes, il y aura toujours quelqu’un pour « Save the Day ». On cherche ce quelqu’un au niveau personnel, cette figure tutélaire et rassurante, comme des enfants qui auraient besoin de parents, pas au niveau biologique, mais au niveau humain. Qui nous mettent sur la voie de notre propre accomplissement, afin de devenir des versions « super » de nous-mêmes. Mais aussi au niveau collectif : des hommes d’Etat charismatiques, des Dieux, des idéologies de sociétés censées expliquer l’alpha et l’oméga d’un monde idéal, « super » à son tour. Cela, Marvel l’a fait dans ses films. Jusqu’à présent. Les géants ont des pieds d’argile. On devient déçus des figures qu’on idéalisait, on se lasse de ses parents. Les hommes d’Etat chutent de leurs piédestaux, les Dieux sont oubliés et disparaissent, les idéologies se contredisent et s’effondrent. Nous avons mis trop d’attentes dans ces héros, trop d’exigence dans cet Autre. Et nous voilà désemparés alors qu’ils se révèlent non pas « supers », mais, comme ils l’ont toujours été, « humains ». Et cela, c’est exactement ce dont parle Avengers.

Ce n’est pas tout à fait le premier Marvel qui présente la thématique des Dieux Déchus. Thor a grandement introduit cela et Black Panther a suivi dans une certaine mesure. Thor Ragnarok est iconoclaste au possible : on dépèce notre héros nordique de tous ses attributs : plus de chevelure au vent, plus de marteau, même plus d’œil droit. Et plus d’Asgard, plus d’Odin. Tout ce qui représentait Thor dans nos esprits a été balayé en un film. Sans oublier Hulk, qui a désormais des cheveux blancs. Tout un symbole. Black Panther explore un peu moins cette vision iconoclaste, pour la simple raison que c’est son premier film et qu’on le découvre. Mais le héros est assez malmené pour être amené au bord de la mort et perdre son trône. Ce qui semblait sûr la veille bascule du jour au lendemain et les fleurs de vibranium ont disparu à jamais.

Combien de fois nos héros paraissent-ils déchus dans cet Avengers 3 ? Le coloré Captain América est tout de noir vêtuet porte une barbe négligée. L’armure d’Iron Man, pourtant plus incroyable que jamais, est percée. L’armure inviolable a été violée. Et Iron Man blessé dans sa chair. Hulk, imbattable en combat singulier, est mis à terre dès les 5 premières minutes par un Thanos qui ne fait que s’échauffer. Le prometteur Vision est blessé sans avoir eu l’occasion de combattre. Jusqu’à Star-Lord qui avoue avoir perdu la forme, toute l’écurie a perdu de sa superbe. Personne n’est invincible, du moins pas du côté des gentils. Oui, en cet opus numéro 3 (mais 1èrepartie nous dit-on, ce qui change un peu la donne), les Dieux d’hier sont tombés et font pâle figure à côté d’un personnage incroyablement puissant qui rayonne de ses Pierres d’Infinité.

La construction du personnage de Thanos est très intéressante. Et très fouillée. C’est presque comme si ce film Marvel était le sien. Mais un film dédié à un méchant, quelle idée ?! Et oui, quelle idée. Après tout, c’est lui qui gagne à la fin, pourquoi ne pas lui accorder la place centrale ? Un Titan déchu qui convoite le pouvoir sur l’Univers depuis longtemps déjà. Une obsession héritée d’une civilisation qui s’est éteinte dans le passé, une vision qui a déjà échoué. Un guide autoproclamé et fanatique qui pense détenir la clé d’un avenir radieux à travers une décision qu’il est seul à sembler pouvoir prendre. Un génocide. Personnage terrible car issu du passé de l’Humanité. Et aussi de son futur. Garantir la fin de la pauvreté et de la famine par la fin de la surpopulation. Et moralement s’il vous plaît : un fifty-fifty intersidéral où on laisse le dé simplement rouler. Le monde d’origine de Thanos est un monde qui se savait mourir, prêt à s’écrouler sous le poids de sa propre population, une population qui refusait de se séparer de son mode de vie. Le Malthusianisme semble réchauffé mais il est un message d’alerte pour les Hommes. A ne pas vouloir se réformer, nous risquons de transformer la Terre en une plaine de rochers et de poussière. Et nous risquons de disparaître. Ou pire, de créer un « survivant » qui ira porter son traumatisme aux jeunes civilisations de l’Univers. Thanos n’est pas un méchant gratuit. Il aime le pouvoir, c’est certain. Mais comme un moyen, pas une fin. Cela en fait autre chose qu’un méchant vide. Il est construit, avec ses hésitations, ses blessures, ses sacrifices et ses prises de décision dans la douleur. Toute la séquence sur Vormir ne parle-t-elle pas d’elle-même ? Il n’est qu’un être qu’il aime dans tout cet Univers et c’est celui-ci que son objectif exige. Gamora est tuée, mais dans les larmes. Des larmes sincères. A la fin, cela aurait pu être différent, même Thanos le savait. Et pourtant le Destin où tout finit bien n’existe pas. Chaque décision est un sacrifice et, celui-là, il le fait. Instantanément, le personnage de Thanos existe, porté par Josh Brolin (mais là j’ai un biais, c’est un de mes acteurs préférés).

Il existe et les autres disparaissent. Certains héros expérimentent l’ultime chute, pour le plus grand désarroi des spectateurs. Loki, auquel on a fini par finalement s’attacher, meurt au bout de quelques minutes. Gamora succombe plus tard et bien sûr dans ces dernières minutes de film, c’est plus que la moitié de tout le roster de super-héros Marvel qui disparaît en cendres, littéralement. Les choix scénaristiques sont osés de la part de la réalisation. Le méchant réunit toutes les Pierres, met en place son plan et…voilà, c’est fait. Même la réunion incroyable de nos héros préférés n’y a rien pu faire. On l’a espéré, et puis non. Mais ce choix n’est pas un saut dans l’inconnu. Il est très calculé et finalement pas aussi loin de ce qu’on est habitué à voir. Il faut commencer par une déchéance dans une première partie pour remonter dans la deuxième partie. Et l’attitude du Doctor Strange est plus qu’énigmatique. Il est serein : c’était le seul moyen et ils entrent maintenant dans la phase finale. Le seul futur victorieux possible, entrevu par la Pierre du Temps, semble devoir passer par ce sacrifice terrible. Le spectateur qui y consent sera récompensé. D’autant plus que le teasing après le générique est très intéressant. Captain Marvel serait donc appelée. Mais d’où ? Et comment va-t-elle jouer dans tout ça ? Bref cette première partie nous met au fond du siège et nous donne envie d’en voir plus. Les super-héros arriveront peut être à gagner justement parce qu’ils abandonnent ce qu’ils ont de super, pour devenir « Humains ».

Côté réalisation on est bien servi aussi. Dans un premier temps, on pense être plongé dans la gamme de couleur éclairée à la Marvel, dans l’image léchée et conventionnelle. Et pourtant, le film a quelques partis pris esthétiques qui correspondent bien à son ambiance de fin du monde. L’image joue beaucoup avec le crépuscule, comme celui qu’on voit sur Titan, comme celui qu’on perçoit sur Vormir, comme cette étoile à demi-réveillée dans la forge des Géants (je ne sais pas si je suis le seul à ce propos à avoir vu une petite référence à « Hold the Door » dans Game of Thrones). Les couleurs sont parfois plus saturées à de rares occasions. Le vert de la peau de Gamora luit presque et la forêt du Wakanda est resplendissante de verdure. Un choix significatif ? Je ne peux le dire… Quant à Vormir, cette séquence mériterait une critique à elle seule. On est projeté dans un monde irréel, où la glace se vit comme du sable, où la lumière crépusculaire d’une étoile orange en fin de vie se reflète tellement dans le lac gigantesque qu’on croirait par jeu de symétrie à un lieu hors du temps où le crépuscule se mélange avec l’aube. Peut-être est-ce justement le principe. Toute chute est une renaissance. Thanos y jette Gamora mais c’est lui qui se réveille au sol avec la Pierre de l’Âme à la main. Que s’est-il passé encore ?

Niveau sonore, nous sommes servis aussi. La bande-son revisite le thème des Avengers d’un ton sombre et, avec très peu de chansons, la bande originale nous emmène d’une scène à l’autre avec une fluidité discrète mais essentielle.

Est-ce que tout est sombre pour autant ? Non. Les choses ne vont pas bien en général mais certains moments de grâce, notamment par le fait des Gardiens de la Galaxie (Drax en tête), nous font rire et décompresser au milieu de cette grisaille. Mais pas assez. Je suppose cependant que le but de la mise en scène est de nous garder sous tension. Rien dans les décors apocalyptiques ou bien la direction d’acteur, très juste, ne vient me réfuter sur ce point.

Quelques déceptions peut-être pour ne pas partir sur un score à la soviétique ? Les rôles secondaires du côté méchant. Absolument pas poussés et vides. Pas un problème s’ils n’avaient été qu’une armée vague. Mais on identifie clairement des « généraux », des personnages bien plus abordables que Thanos niveau puissance mais qui semblent à peine esquissés. On leur fournit du dialogue, certains semblent même éprouver des émotions (du remord, de la haine…je ne sais quoi) alors pourquoi sont-ils si vite dispensables et mis de côté (« tués », on va le dire, à ce niveau on a déjà trop spoiler de toutes façons) ? L’impuissance de Vision met mal à l’aise également et le jeu de Paul Bethany semble trop imprécis cette fois. Pourquoi en avoir fait un être parfait, au centre du précédent Avengers, si c’est pour en faire une chiffe molle dans celui-ci ? Le dernier point est personnel mais le Wakanda n’est pas assez utilisé. Il offre des possibilités infinies pourtant. C’est un espace qui n’existe que dans le Marvel Cinematic Universe, pas en vrai, donc on pourrait y consacrer une part bien plus importante de l’intrigue sans problème de cohérence. Et les paysages recréés donnent plus envie que les rues salles de New York.

Bien sûr on pourrait se sentir insatisfait sur les Pierres d’Infinité. Le ressort scénaristiques aux Pierres (qu’on voit très peu en action) était pourtant anticipé, déjà simplement parce qu’elles étaient dans le titre. On peut s’attendre à une frustration, mais passagère selon moi. Pour une raison simple. Trop d’incertitudes pèsent sur la linéarité du récit à venir. De nouvelles dimensions de récit (ou dimensions tout court) pourraient apparaître dans la suite de l’Infinity War. D’autant plus que le Gant est foutu. Après avoir claqué des doigts, le Gant se fracture et Thanos lui-même semble insatisfait.

Comme pour montrer que non, ce n’est pas si simple. Et qu’on attend la suite.

Max Vallet

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