Blackkklansman, du rire aux larmes

Spike Lee 2h16 22 Août 2016  
  1. Officiellement, il n’y a plus de problème de racisme institutionnel aux Etats-Unis. Officieusement, c’est une autre histoire.
  Voilà plus de trente ans que le Ku Klux Klan a officiellement été dissous, et qu’en théorie, toutes ses activités et discours de haine ont cessé. Mais dans les faits, des antennes clandestines se maintiennent, notamment l’une d’entre elles, dirigée par son Grand Sorcier David Duke, à Colorado Springs.   Que peut-on y faire ? a-t-on envie de dire. Mais il se trouve qu’un jeune flic, le premier policier noir de la ville, encore un bleu, a un jour une idée saugrenue qu’il va mettre à exécution sans réfléchir. Passer un coup de fil à un membre connu du KKK. Lui donner son nom. Et lui proposer de le rencontrer. Ron est noir. Mais ça ne va pas l’empêcher d’être à la tête d’une absurde et incroyable mission d’infiltration du KKK.   Difficile de trouver des reproches à faire au film, si ce n’est, hélas, celui-ci : Blackkklansmanne sera pas visionné par ceux qui en ont besoin, ceux qui font encore survivre aujourd’hui le racisme et la haine. Eux se tiendront bien à l’écart de ce long-métrage survolté et révoltant, porté par des comédiens plus que talentueux – John David Washington et Adam Driver notamment, qui portent le film à eux seuls –, une réalisation inventive et dynamique, un ton qui arrive à merveille à mêler drame et comédie, faisant passer le public d’un franc éclat de rire à un instant d’émotion poignant en un rien de temps.

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Adam Driver stars as Flip Zimmerman and John David Washington as Ron Stallworth in Spike Lee’s BlacKkKLansman, a Focus Features release.
Credit: David Lee / Focus Features

On peut également regretter que les deux seuls personnages féminins du métrage n’existent que par les liens qu’elles entretiennent avec les protagonistes masculins, ou encore le côté si profondément mauvais des membres du KKK que le spectateur risque de s’en tenir à un mépris simple pour ces personnages, sans jamais chercher à interroger les racines de leur haine, ni s’interroger plus profondément sur ce qui les a poussés à rejoindre le KKK. Ce sont les méchants, point. Peut-être Spike Lee aurait-il pu choisir un ton moins manichéen, interroger avec insistance son public, lui demander pourquoi on a fermé les yeux et on ferme encore parfois les yeux sur ces comportements, mais ce n’était sans doute pas là le but du film. Blackkklansman veut frapper fort. Et il y parvient.   Le film est profondément drôle, touchant, déploie un montage jouissif et de très belles trouvailles cinématographiques. On ne peut qu’en recommander le visionnage au plus grand nombre, tant c’est une histoire qui donne les larmes aux yeux, la rage au ventre et l’envie d’agir et de pointer du doigt les aberrations qui se produisent encore aujourd’hui. C’est, comme l’ont déjà répété en boucle les critiques, le grand retour de Spike Lee, un film important, sans aucun doute l’un des meilleurs de l’année comme l’ont pressenti les jurés du festival de Cannes qui l’ont couronné du Grand Prix du Jury. Spike Lee n’a pas changé, toujours aussi acerbe, irrévérencieux et créatif, et ne se départit jamais d’une critique profonde et assumée de l’Amérique trumpienne. Les références à l’actuel discours du président sont évidentes, le bouleversant épilogue du métrage est un véritable pamphlet politique. Blackkklansmanréussit donc l’exploit du mélange des tons, des messages, des publics, véritable drame, film historique, biopic, comédie assumée, bref, un pot-pourri qui parvient à concentrer le meilleur de chacun de ces genres pour un résultat brillant.
Capucine Delattre

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