Bohemian Rhapsody – Un film à Queener de bonheur

Bryan Singer / 2018 / 2h14 / On l’attendait. On le guettait. On le fantasmait. On le redoutait, sans doute, un peu aussi. Et le voici enfin. Le biopic de Freddie Mercury, l’histoire du groupe mythique Queen enfin portée à l’écran, pendant plus de deux heures, avec une bande-son que l’on connaît par cœur mais que l’on redécouvre avec autant de ravissement que lorsqu’on l’a découverte pour la première fois, près de vingt ans de légende, et une reconstitution historique à se damner.

Pourtant, on revient de loin. L’élaboration même du film fut pour le moins chaotique, avec les conflits entre l’acteur principal et le réalisateur Bryan Singer, le départ dudit Bryan à deux semaines de la fin du tournage et son remplacement de dernière minute par Dexter Fletcher, mais le résultat est enfin là. Alors, ce film, que vaut-il, me demanderez-vous, avides cinéphiles et mélomanes que vous êtes. Je vais vous le dire.

C’est, à l’image de la carrière de Freddie Mercury sans doute, un long-métrage splendide à tous points de vue, porté par une réalisation magistrale, dont les plus de deux heures défilent sans même que l’on y pense, et qui offre l’une des expériences cinématographiques les plus fortes et les plus immersives de l’année. En tant qu’individu absolument non-objectif concernant Queen, je ne peux que vous le confesser : j’ai adoré ce film, et j’ai passé une séance absolument mirifique.

Cela n’empêche bien évidemment pas le long-métrage d’avoir un défaut principal, qui n’entache rien au plaisir que l’on retire du visionnage, mais qui aurait sans doute pu faire de ce très beau film un film culte, s’il avait été corrigé : l’absence d’angle d’attaque mémorable, de point de vue particulier. Ce qui fait la force des biopics réussis et les empêche de n’être que de simples récits linéaires assimilables à ceux d’une page Wikipédia – avec de jolies images en plus – est leur parti pris, le regard qu’ils choisissent de poser sur leur héros. Citons le très classique Walk the Line, biopic du chanteur de country Johnny Cash, qui avait choisi comme pierre angulaire le rapport trouble du chanteur à l’alcool et à la drogue, et comment ces addictions vont détruire sa relation avec sa femme. C’est ce recentrement sur un thème en particulier qui donne toute sa personnalité et sa saveur à une œuvre.

Or, ici, on a droit à un panorama incroyablement riche et complet de toute l’aventure Queen, ce qui est d’un côté extrêmement satisfaisant, mais de l’autre assez frustrant : peut-être aurait-il été intéressant de se concentrer sur un seul ou quelques-uns des multiples aspects de l’histoire qui nous sont proposés. On a l’impression de ne pas passer autant de temps que l’on aurait pu le souhaiter sur le processus créatif du groupe lui-même, sur la relation qui unit ses quatre membres, sur le paysage musical de l’époque, sur l’homosexualité de Freddie Mercury même, bref, on aborde tous les sujets, et tous sont passionnants, mais on n’en approfondit aucun. (Toute ressemblance avec un certain Institut d’Etudes Politiques serait une pure coïncidence.)

Mais assez critiqué, accordez-moi encore un paragraphe pour chanter les louanges de Bryan Singer, dont la réalisation implacable, soignée, sublime chaque instant de la vie de son héros, et de Rami Malek, dont la performance, aussi éculé que cela puisse sonner, mérite véritablement tous les Oscars du monde. Malgré une ressemblance physique a priori discutable, l’acteur parvient miraculeusement bien à se fondre dans son personnage et à le devenir, incontestablement, dans ses mimiques, ses postures, ses excès. Le recours au play-back pour les passages chantés fonctionne, et était même sans doute le choix à faire pour une immersion maximale. Les performances sont mémorables, les instants de complicité au sein du groupe plus que touchants. Le long-métrage multiplie les décors, les ambiances, les dialogues extrêmement bien écrits et frappants de naturels, et les séquences mémorables telles que la genèse de la fameuse chanson Bohemian Rhapsody ou le mythique concert de Wembley, réputé « la meilleure performance musicale live de tous les temps ».

C’est donc un bel hommage que rend Bryan Singer à tout un groupe et surtout à son chanteur, un long-métrage dont l’on aurait pu souhaiter qu’il offre plus d’aspérités, mais qui ne peut tout de même que convaincre par sa qualité, son jeu d’acteur, son image, son travail du son, et enfin son amour profond et sincère pour cette œuvre incomparable et queen-ue de tous et toutes.

Par Capucine Delattre

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