« ÇA » – de l’origine de la peur

« It », (« Ça » en français) est un film d’Andrés Muschietti sorti en salles le 20 Septembre 2017. Adapté du roman éponyme de Stephen King, il a été précédé d’une mini-série au début des années 1990 « Il » est revenu, de Tommy Lee Wallace. Dans la petite ville de Derry, Maine, un après-midi d’Octobre 1988, Bill Denbrough aide son petit frère Georgie à faire un bateau en papier. La tempête fait rage dehors mais c’est le temps idéal pour aller promener son petit bateau dans les rigoles de la chaussée après tout ? Bill est malade, il ne peut suivre Georgie alors ce dernier se lance à l’assaut de la rue. Pataud, le petit Georgie se prend une barrière en pleine tête, juste assez longtemps pour voir son bateau disparaître dans la bouche d’égouts. Plein d’espoir, Georgie se penche pour trouver son bateau, mais c’est Grippe-Sou le clown qu’il va trouver. Et c’est Georgie qu’on ne retrouvera plus… Huit mois plus tard c’est l’été 1989 à Derry et Bill est toujours à la recherche de son frère avec sa bande d’amis, alors que « Ça », cette menace sans nom et sans forme, se déchaîne plus que jamais sur la ville.   « It » nous parle de la peur, dans son sens le plus physique. Grippe-Sou, qui est semble-t-il la forme la plus courante de « ça », est un clown, ce qui n’est pas un choix au hasard. Quelle peur plus emblématique que la coulrophobie ? (Oui, ceci est le fruit d’une recherche internet.) Mais comme tout le monde n’a pas peur des clowns particulièrement, le « ça » sait se transformer en ce qui vous angoisse le plus. Et chacun des enfants de la bande, à l’imagination débordante, va matérialiser sa propre peur dans le « ça ». La femme dans ce tableau effrayant dans le bureau de votre père, un lépreux possédant tous les germes possibles et inimaginable alors que vous êtes accro aux antibiotiques, la transformation de votre corps qui attise la jalousie d’un père détraqué, ce petit frère que vous craignez de voir disparaître une seconde fois. Mais plus que des peurs irrationnelles, le film nous laisse appréhender des peurs liées au monde des adultes, impressionnant, proposant que les peurs intrinsèques des enfants se jouent dans l’appréhension du monde des adultes. Et tel un rite de passage à l’âge adulte, l’enfant doit combattre ses peurs, cette fois physiquement. Et pour modéliser cela, Muschietti a très bien compris les codes du genre. Des couleurs très peu saturées, un décor qui semble constamment très gris ou très marron et qui viendra trancher avec l’iconique ballon rouge de Grippe-Sou tout comme son maquillage. Ce qui n’empêche pas au réalisateur de donner une très belle photographie, d’une salle de bain recouverte de sang ou d’un vieux pont couvert en bois par exemple. Le travail sur les effets spéciaux est également à féliciter. Les textures sont vraiment bien travaillées et même « belles » parfois, si on prend l’exemple de la tour de jouets mystique dans le repère du « Ça ». Enfin les codes de l’anticipation sont au rendez-vous avec une parfaite maîtrise du champ/contre-champ, des angles morts et des coins d’ombre pour des effets d’attente réussis. Le film n’en est pas « effrayant » pour autant. Certaines surprises sont à prévoir mais à moins d’être très sensible ou coulrophobe (décidément ça sert !) vous aurez difficilement peur. Confronté aux protagonistes, la peur est toujours quelque chose dont on peut s’échapper ou que l’on peut battre. Plus intéressant est la construction du film « fantastique ». C’est-à-dire que sur cette anomalie dans le réel, Muschietti va essaimer des indices, des questionnements. Que s’est-il passé dans l’accident de cette fonderie en 1908 ? Pourquoi « Ça » revient-il tous les 27 ans ? Pourquoi le repère de Grippe-Sou se trouve-t-il dans la maison au puits ? Est-ce que ce tableau d’une femme abandonnant un couffin au bord d’un puits peut nous aider à comprendre quelque chose ? Intelligemment, le film n’en dit pas trop, et laisse le soin au deuxième film de compléter le premier. Car oui, telle l’œuvre de Stephen King, « Ça » va se décliner en un deuxième film, les protagonistes revenant combattre la chose, cette fois en tant qu’adultes, probablement 27 ans plus tard. De quoi créer de l’anticipation ?  
  Max Vallet

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