Terrence Malick – Du génie au mystique

Terrence Malick est une énigme. Tout, avec lui, suscite le mystère et fait naître l’intrigue. Sa vie et sa personnalité sont gardées secrètes et inconnues, de par sa volonté de ne rien laisser filtrer sur son passé et de conserver un halo de doute autour de sa personne. C’est ce qui fascine bon nombre de cinéphiles, qui voient en lui une figure mythique, sorte de monstre sacré du cinéma américain. Mystérieuse, sa filmographie l’est tout autant, que ce soit au niveau de la fréquence de sorties des œuvres, espacées d’une vingtaine d’année ou au contraire, enchaînées en quelques mois, et de son contenu, en évolution constante depuis le début de sa carrière. Le génie des origines   Les deux premiers films de Terrence Malick, La Balade Sauvage (Badlands) et Les Moissons du Ciel (Days of Heaven), sortis respectivement en 1973 et 1978, sont indéniablement deux des meilleurs films du cinéma américain des années 70, car ils représentent une alternative à l’influence majoritaire du Nouvel Hollywood. Même si Malick est souvent rattaché au mouvement de par sa nature même de cinéaste jeune et ambitieux et son statut revendiqué d’auteur démiurge, ses films, tout en recoupant certaines tendances du Nouvel Hollywood, s’imposent par l’essence même de leur originalité.   La Balade Sauvage, dont le sujet est similaire à Bonnie and Clyde, s’illustre en effet par son ambiance calme, douce et feutrée, et par sa volonté certaine de contemplation. Ainsi, les inserts d’insectes, les plans fixes sur les hautes herbes dans lesquelles joue le vent, les panoramiques dévoilant l’immensité désertique des plaines, se multiplient dans une ode lyrique à la nature. Mais...

Tarantino – L’ignominie dans le silence

Quentin Tarantino, une énigme. Si certains films valent indéniablement le détour, Pulp Fiction et Kill Bill notamment, d’autres soulèvent des interrogations et doivent nous pousser à réfléchir, à ne pas regarder simplement l’image, mais à passer au travers, à percer la surface pour regarder au-delà, à l’intérieur même des intentions cinématographiques. A une époque où, plus que jamais, l’image quelle qu’elle soit, doit s’accompagner d’une distanciation morale et d’une réflexion critique, il est intéressant de se pencher sur la carrière et la filmographie d’un cinéaste qui a toujours dérangé, et qui ne cesse de revendiquer son originalité. En effet, certains de ses films heurtent une certaine conception de la morale, si on la définit comme l’ensemble des règles de conduite et des valeurs qui définissent la norme d’une société. Cette morale, si souvent analysée par les philosophes de toutes époques, Socrate, Descartes, ou Kant, existe bel et bien au cinéma, peut-être plus au septième que dans les autres arts, car il s’agit d’images. Et que derrière chaque image se cache une idée. C’est dans cette optique qu’il est possible et prépondérant de reconsidérer la filmographie de Tarantino, et par cette dernière, notre rapport même au réalisateur en lui-même. Reservoir Dogs – Scène de l’oreille, une scène immorale ? Ce Tarantino a, dès son premier film, fait étalage de toute sa morbidité. Reservoir Dogs, est, paradoxalement, le film somme de la cinématographie tarantinienne. C’est celui qui semble le mieux représenter le style du réalisateur : dialogues, contextualisation, prises de vue, intrigue. Dès ce métrage, Tarantino installe en effet ses idées et définit son cinéma : scénarios tournant autour de la...

Ed Wood – le meilleur des cinéastes

Ed Wood, qualifié il y a quelques dizaines d’années de pire cinéaste de tous les temps, connaît depuis quelques temps une réhabilitation opérée grâce au biopic de Tim Burton, Ed Wood. Si le réalisateur américain connaît une renaissance dans la mesure où il n’est plus connu comme le plus mauvais des réalisateurs, une frange de la cinéphilie se refuse toujours à le considérer comme un réalisateur respectable ou admirable, et continue de le moquer pour ses approximations techniques et scénaristiques, et pire, pour sa foi dans le cinéma. Pourtant, Ed Wood est en réalité un géant du cinéma. Il est l’un de ses plus beaux représentants. Des approximations techniques mais un amour sincère :   Ce que l’on reproche aux films d’Ed Wood, ce sont donc leurs approximations techniques (Bride of the monster ou Plan 9 from outer space), les erreurs scénaristiques (Glen or Glenda), en somme, la médiocrité de son cinéma. Or, si l’on veut être objectif, on remarquera qu’Ed Wood ne fait que répéter les erreurs d’autres réalisateurs de son temps, antérieurs ou postérieurs. En réalité, son cinéma n’est en rien plus médiocre que celui de Louis J. Gasnier (Reefer Madness), Roy Del Ruth (The Babe Ruth Story) ou Phil Tucker (Robot Monster), et parfois même, Ed Wood se montre capable de scène magnifiques, touchantes et lyriques, comme celle, dans Plan 9 from outer space où Béla Lugosi cueille une rose, la porte à son nez, respire son odeur, avant de la lâcher et de poser une main sur son front, dévasté.   En vérité, ce que l’on reproche à Ed Wood, ce n’est pas la médiocrité...

Top 5 des pires films de 2016

Nous avons certes passé de très bons moments dans les salles obscures l’an dernier (cf notre top sur les 30 films de 2016) mais certains films ne peuvent faire oublier qu’il existe quelques catastrophes cinématographiques… Retour sur les films où nous nous sommes ennuyés, ceux que nous avons trouvés ridicules et ceux qui ont été surcotés. 1. Suicide Squad – David Ayer Suicide squad nous fait penser aux tutos que l’on trouve sur internet en période de fêtes, comme cette recette de bûche de Noël au pain d'épice et Nutella : le résultat a l’air si impressionnant qu’il nous faut absolument essayer, même si l’on ferait mieux de s’abstenir. Marc Gautron, scénariste et philosophe, conseille lorsqu’on ne sait pas quoi penser d’un film de créer un tableau organiser selon trois colonnes, histoire - esthétique - message, afin d’organiser ses idées, et ses critiques. Si dans la première colonne consacrée à l’histoire on s’attendait à retrouver tous les éléments qui font un bon film Marvel, on se trouve en réalité confronté à un étalage de quotas : dignes des séries américaines diffusées le lundi soir sur TF1, on retrouve une femme, un noir et un mexicain cantonnés à des personnages stéréotypés. Au-delà des personnages, l’intrigue elle-même est confuse et peu élaborée. En effet, afin de sauver la terre des menaces d’un sorcier, les Etats-Unis décident de réunir une équipe de super vilain dotés de pouvoirs, les super gentils étant poursuivis en justice pour destruction de bien public. On suit donc les aventures de cette bande de méchants qui ne se prend pas au sérieux, tout en assistant impuissant à la...

Les 20 meilleurs films de 2016

Avec un record de 213 millions d'entrées dans les salles françaises, le milieu du cinéma ne s'est jamais mieux porté qu'en 2016. Entre blockbusters, films d'auteur ou films d'animation, que retenir de cette riche année ? Close Up a fait son choix. Très subjectivement. 1. Captain Fantastic - Matt Ross Ben et Leslie ont décidé de quitter la société consumériste dans laquelle ils vivaient pourgagner les grands espaces verts. Leur but était clair : fonder une famille en vivant isolé de la société et se créer un paradis terrestre. Les six enfants sont éduqués au contact de la nature et ne connaissent la société que par les livres. Leurs capacités physiques et intellectuelles sont poussées au maximum. Mais est-ce le garant d'une réelle compréhension du monde contemporain ? Contraints d'abandonner ce paradis, la découverte du monde extérieur est amère. Ben en vient à remettre en cause ses méthodes d'éducation. Regarder Captain Fantastic, c'est apprécier les grandes forêts reculées du nord-ouest des Etats-Unis. C'est entrevoir la possibilité de la vie en autarcie au contact d'une nature luxuriante, à la fois dangereuse et protectrice. C'est l'utopie folle de s'enfuir loin de notre société de consommation aliénante pour vivre dans un abri aménagé au milieu des bois, avec des livres, des instruments de musique et de quoi chasser et se défendre. Mais les péripéties qui suivent viennent à interroger Ben, le père incarné avec brio par Viggo Mortensen, sur le bien fondé d'une éducation déconnectée physiquement de la société, connue seulement à travers les écrits de grands théoriciens. L'eden se transforme peu à peu en caverne de Platon, et les enfants ont...

Night on earth – Contemplations, le retour

La nomenklatura de notre association ayant toléré mes premières incartades, me voici de retour pour évoquer là encore une pépite oubliée du cinéma. Depuis Koyaanisqatsi, qui je l’espère vous a transcendés au moins autant que je le fus au premier visionnage, le temps a fait son œuvre et en bon serviteur, j’ai tenté de dénicher de véritables merveilles laissées au ban du panthéon cinématographique. Après moult échecs me laissant dubitatif quant à ma capacité à visionner des films contemplatifs serbo-croates dont personne ne parle même après quelques verres, je reviens avec une œuvre christique. Aujourd’hui, mes chers lecteurs (s’il en reste), nous nous intéresserons à ce que le cinéma américain fait de mieux dans le genre. Je ne parlerai bien évidemment pas de blockbusters hollywoodiens et cela sans mépris aucun, mais plutôt de ce cinéma loufoque et surréaliste, parfois angoissant, que nous livrent quelques réalisateurs outre-Atlantique. J’entends encore des voix s’élever pour crier « David Lynch » ou « Mullholand Drive » en cœur (c’est une fixette les amis) mais aujourd’hui nous évoquerons le cas de Jim Jarmusch et de son film Night on Earth sorti en 1991. Pour replacer quelque peu le personnage dans un contexte épuré : Jim Jarmusch est né en 1953 dans l’Ohio et sa mère, chose peu courante dans l’Ohio, était critique de cinéma. Elève extrêmement doué, il est sujet très tôt à de nombreux éloges et son premier film lui vaudra le poste d’assistant réalisateur de Win Wenders. Ce dernier semble d’ailleurs avoir eu une influence certaine sur les premiers films de Jarmusch. Parmi ses films les plus connus on retrouve Dead Man avec le jeune Johnny...