Peut-on mener une enfance heureuse lorsque l’on se trouve dans un film sélectionné à Cannes ?

L’an dernier déjà, les enfants avaient souffert au 70èmeFestival de Cannes. Dans l’immense FAUTE D’AMOURdu Russe Andreï Zviaguintsev, un enfant disparaissait, au milieu d’un couple qui se déchirait ; Todd Haynes montrait deux enfants sourds mal-aimés par leurs parents dans WONDERSTRUCK ; chez Haneke, une petite fille délaissée se retrouvait à empoisonner sa mère dès les premiers plans de HAPPY END… Il semblerait que cette année, le Festival ait remis le couvert sur l’enfance maltraitée.   Si Paul Nizan déclare, « J’avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie », les années antérieures à l’âge adulte ne sont pas non plus reluisantes. La souffrance de l’enfance commence très tôt : le nouveau-né est soit rejeté par sa génitrice, soit accepté de mauvaise grâce. Dans SOFIA de Meryem Benm’Barek présenté à Un certain regard, l’héroïne éponyme se fait violer : le déni de grossesse qu’elle développe la conduit à accoucher loin du regard de ses parents, d’autant plus qu’elle n’est pas mariée, ce qui est pénalement répréhensible au Maroc. Dès sa naissance, le bébé n’est pas aimé, son arrivée est subie, comme dans un autre film. Plutôt que de s’encombrer d’une bouche à nourrir, le personnage principal d’AYKA(Compétition officielle), elle aussi violée, décide d’abandonner son enfant à la maternité dès la première minute du film. C’est d’ailleurs le ressort de ce très inintéressant film qui se veut héritier des Dardenne : Ayka souhaitera-t-elle récupérer son enfant, prise de remords ?     L’enfance en elle-même n’est guère plus joyeuse. C’est l’histoire du petit Zain, garçon de 12 ans, qui décide d’attaquer ses parents en justice parce qu’il est né. Le...

Terrence Malick – Du génie au mystique

Terrence Malick est une énigme. Tout, avec lui, suscite le mystère et fait naître l’intrigue. Sa vie et sa personnalité sont gardées secrètes et inconnues, de par sa volonté de ne rien laisser filtrer sur son passé et de conserver un halo de doute autour de sa personne. C’est ce qui fascine bon nombre de cinéphiles, qui voient en lui une figure mythique, sorte de monstre sacré du cinéma américain. Mystérieuse, sa filmographie l’est tout autant, que ce soit au niveau de la fréquence de sorties des œuvres, espacées d’une vingtaine d’année ou au contraire, enchaînées en quelques mois, et de son contenu, en évolution constante depuis le début de sa carrière. Le génie des origines   Les deux premiers films de Terrence Malick, La Balade Sauvage (Badlands) et Les Moissons du Ciel (Days of Heaven), sortis respectivement en 1973 et 1978, sont indéniablement deux des meilleurs films du cinéma américain des années 70, car ils représentent une alternative à l’influence majoritaire du Nouvel Hollywood. Même si Malick est souvent rattaché au mouvement de par sa nature même de cinéaste jeune et ambitieux et son statut revendiqué d’auteur démiurge, ses films, tout en recoupant certaines tendances du Nouvel Hollywood, s’imposent par l’essence même de leur originalité.   La Balade Sauvage, dont le sujet est similaire à Bonnie and Clyde, s’illustre en effet par son ambiance calme, douce et feutrée, et par sa volonté certaine de contemplation. Ainsi, les inserts d’insectes, les plans fixes sur les hautes herbes dans lesquelles joue le vent, les panoramiques dévoilant l’immensité désertique des plaines, se multiplient dans une ode lyrique à la nature. Mais...

Tarantino – L’ignominie dans le silence

Quentin Tarantino, une énigme. Si certains films valent indéniablement le détour, Pulp Fiction et Kill Bill notamment, d’autres soulèvent des interrogations et doivent nous pousser à réfléchir, à ne pas regarder simplement l’image, mais à passer au travers, à percer la surface pour regarder au-delà, à l’intérieur même des intentions cinématographiques. A une époque où, plus que jamais, l’image quelle qu’elle soit, doit s’accompagner d’une distanciation morale et d’une réflexion critique, il est intéressant de se pencher sur la carrière et la filmographie d’un cinéaste qui a toujours dérangé, et qui ne cesse de revendiquer son originalité. En effet, certains de ses films heurtent une certaine conception de la morale, si on la définit comme l’ensemble des règles de conduite et des valeurs qui définissent la norme d’une société. Cette morale, si souvent analysée par les philosophes de toutes époques, Socrate, Descartes, ou Kant, existe bel et bien au cinéma, peut-être plus au septième que dans les autres arts, car il s’agit d’images. Et que derrière chaque image se cache une idée. C’est dans cette optique qu’il est possible et prépondérant de reconsidérer la filmographie de Tarantino, et par cette dernière, notre rapport même au réalisateur en lui-même. Reservoir Dogs – Scène de l’oreille, une scène immorale ? Ce Tarantino a, dès son premier film, fait étalage de toute sa morbidité. Reservoir Dogs, est, paradoxalement, le film somme de la cinématographie tarantinienne. C’est celui qui semble le mieux représenter le style du réalisateur : dialogues, contextualisation, prises de vue, intrigue. Dès ce métrage, Tarantino installe en effet ses idées et définit son cinéma : scénarios tournant autour de la...

Ed Wood – le meilleur des cinéastes

Ed Wood, qualifié il y a quelques dizaines d’années de pire cinéaste de tous les temps, connaît depuis quelques temps une réhabilitation opérée grâce au biopic de Tim Burton, Ed Wood. Si le réalisateur américain connaît une renaissance dans la mesure où il n’est plus connu comme le plus mauvais des réalisateurs, une frange de la cinéphilie se refuse toujours à le considérer comme un réalisateur respectable ou admirable, et continue de le moquer pour ses approximations techniques et scénaristiques, et pire, pour sa foi dans le cinéma. Pourtant, Ed Wood est en réalité un géant du cinéma. Il est l’un de ses plus beaux représentants. Des approximations techniques mais un amour sincère :   Ce que l’on reproche aux films d’Ed Wood, ce sont donc leurs approximations techniques (Bride of the monster ou Plan 9 from outer space), les erreurs scénaristiques (Glen or Glenda), en somme, la médiocrité de son cinéma. Or, si l’on veut être objectif, on remarquera qu’Ed Wood ne fait que répéter les erreurs d’autres réalisateurs de son temps, antérieurs ou postérieurs. En réalité, son cinéma n’est en rien plus médiocre que celui de Louis J. Gasnier (Reefer Madness), Roy Del Ruth (The Babe Ruth Story) ou Phil Tucker (Robot Monster), et parfois même, Ed Wood se montre capable de scène magnifiques, touchantes et lyriques, comme celle, dans Plan 9 from outer space où Béla Lugosi cueille une rose, la porte à son nez, respire son odeur, avant de la lâcher et de poser une main sur son front, dévasté.   En vérité, ce que l’on reproche à Ed Wood, ce n’est pas la médiocrité...

Top 5 des pires films de 2016

Nous avons certes passé de très bons moments dans les salles obscures l’an dernier (cf notre top sur les 30 films de 2016) mais certains films ne peuvent faire oublier qu’il existe quelques catastrophes cinématographiques… Retour sur les films où nous nous sommes ennuyés, ceux que nous avons trouvés ridicules et ceux qui ont été surcotés. 1. Suicide Squad – David Ayer Suicide squad nous fait penser aux tutos que l’on trouve sur internet en période de fêtes, comme cette recette de bûche de Noël au pain d'épice et Nutella : le résultat a l’air si impressionnant qu’il nous faut absolument essayer, même si l’on ferait mieux de s’abstenir. Marc Gautron, scénariste et philosophe, conseille lorsqu’on ne sait pas quoi penser d’un film de créer un tableau organiser selon trois colonnes, histoire - esthétique - message, afin d’organiser ses idées, et ses critiques. Si dans la première colonne consacrée à l’histoire on s’attendait à retrouver tous les éléments qui font un bon film Marvel, on se trouve en réalité confronté à un étalage de quotas : dignes des séries américaines diffusées le lundi soir sur TF1, on retrouve une femme, un noir et un mexicain cantonnés à des personnages stéréotypés. Au-delà des personnages, l’intrigue elle-même est confuse et peu élaborée. En effet, afin de sauver la terre des menaces d’un sorcier, les Etats-Unis décident de réunir une équipe de super vilain dotés de pouvoirs, les super gentils étant poursuivis en justice pour destruction de bien public. On suit donc les aventures de cette bande de méchants qui ne se prend pas au sérieux, tout en assistant impuissant à la...

Les 20 meilleurs films de 2016

Avec un record de 213 millions d'entrées dans les salles françaises, le milieu du cinéma ne s'est jamais mieux porté qu'en 2016. Entre blockbusters, films d'auteur ou films d'animation, que retenir de cette riche année ? Close Up a fait son choix. Très subjectivement. 1. Captain Fantastic - Matt Ross Ben et Leslie ont décidé de quitter la société consumériste dans laquelle ils vivaient pourgagner les grands espaces verts. Leur but était clair : fonder une famille en vivant isolé de la société et se créer un paradis terrestre. Les six enfants sont éduqués au contact de la nature et ne connaissent la société que par les livres. Leurs capacités physiques et intellectuelles sont poussées au maximum. Mais est-ce le garant d'une réelle compréhension du monde contemporain ? Contraints d'abandonner ce paradis, la découverte du monde extérieur est amère. Ben en vient à remettre en cause ses méthodes d'éducation. Regarder Captain Fantastic, c'est apprécier les grandes forêts reculées du nord-ouest des Etats-Unis. C'est entrevoir la possibilité de la vie en autarcie au contact d'une nature luxuriante, à la fois dangereuse et protectrice. C'est l'utopie folle de s'enfuir loin de notre société de consommation aliénante pour vivre dans un abri aménagé au milieu des bois, avec des livres, des instruments de musique et de quoi chasser et se défendre. Mais les péripéties qui suivent viennent à interroger Ben, le père incarné avec brio par Viggo Mortensen, sur le bien fondé d'une éducation déconnectée physiquement de la société, connue seulement à travers les écrits de grands théoriciens. L'eden se transforme peu à peu en caverne de Platon, et les enfants ont...