Normandie Nue – une jolie comédie sociale

Philippe le Guay / 1h45 / Sortie en salle le 10 Janvier 2017. Synopsis : Au Mêle sur Sarthe, petit village normand, les éleveurs sont touchés par la crise. Georges Balbuzard, le maire de la ville, n’est pas du genre à se laisser abattre et décide de tout tenter pour sauver son village. Le hasard veut que Blake Newman, grand photographe conceptuel qui déshabille les foules, soit de passage dans la région. Balbuzard y voit l’occasion de sauver son village. Seulement voilà, aucun normand n’est d’accord pour se mettre à nu…   Je pense que si j’avais vu ce film autre part que dans mon cinéma de quartier, le jour de sa réouverture, entourée d’une population septuagénaire et deux mamies très bavardes, je n’aurais pas autant apprécié ce film. Parce que je n’aime pas trop les comédies françaises, souvent trop clichées et génériques. Parce que si j’avais vu ce film chez moi, j’aurais surement sorti mon téléphone pour m’occuper autrement. Mais dans cette salle qui sentait la peinture fraîche, la bonne humeur était générale et j’ai ri. J’ai apprécié ce film, car sans avoir les prétentions d’un « grand film », Normandie nue nous fait passer un bon moment, et nous fait réfléchir sur son enjeu principal : la condition des agriculteurs d’aujourd’hui. D’abord, le bon moment. Le réalisateur Philippe Le Guay arrive ici à se servir de l’enjeu que représente la photo de nu dans ce village d’agriculteurs pour offrir un portrait humain et chaleureux des personnages, même s’il se perd parfois dans des intrigues sans grand intérêt. C’est le cas notamment de l’intrigue amoureuse, grand classique du...

Wonder – Maux et merveilles

Stephen Chbosky. 1h51. Sortie en salle le 20 Décembre 2017.   Synopsis: Auggie a dix ans, une passion sans limites pour l’espace et les astronautes et une famille plus qu’aimante. Mais Auggie a aussi un visage qui n’a jamais ressemblé et ne ressemblera jamais à celui des autres enfants, et ce malgré vingt-sept opérations à son actif. Une histoire de gènes. Mais ce serait une grave erreur que de réduire Auggie à cela. Pour son entrée au collège, ses parents lui proposent de mettre un terme à l’éducation à la maison que lui procurait sa mère, et de l’inscrire dans un vrai établissement scolaire. Auggie accepte, mais tous savent parfaitement que si le visage du petit garçon est adoré par sa famille, il suscite moqueries, curiosité, voire dégoût chez les autres, et surtout chez les enfants.   Le film n’échappe pas à ce ton plein d’emphase des feel-good movies américains, mais il ne verse ni dans le mélo ni dans la lourdeur. Certes, on se doute bien de la façon dont cette histoire va se terminer, mais d’une certaine façon c’est aussi ce que l’on vient chercher en allant voir ce film. De plus, Wonder parvient à créer de vrais instants d’émotion palpable, des scènes touchantes, encore une fois attendues, mais auxquelles il est néanmoins difficile de rester insensible. Adapté d’un roman américain au succès retentissant, le ton du récit reste positif mais jamais niais, et on n’hésite pas à montrer aussi bien l’amour des parents pour Auggie que la frustration de sa grande sœur Via qui a l’impression d’être de trop, ou les conflits intérieurs d’enfants qui n’ont...

Coco – Le Jeune Homme et la Mort

(Par Lee Unkrick et Adrian Molina) Synopsis : Miguel est un jeune garçon mexicain vivant dans une famille dans laquelle la musique a été bannie. Et pour cause : comme une malédiction originelle planant sur l’ensemble de l’arbre généalogique en découlant, l’arrière-arrière grand père de Miguel a choisi d’abandonner sa famille pour vivre de la musique, laissant sa femme éduquer seule sa fille et tenir le commerce de chaussures. Des générations plus tard, le jour de la fête des Morts, el Dia de los Muertos, jour où les Mexicains dressent des autels pleins d’offrandes aux ancêtres perdus pour honorer leur mémoire, Miguel, qui se sent destiné à devenir musicien, décide d’aller contre la volonté familiale et participer à un concours de musique. Mais cette transgression va le propulser, par une suite de péripéties, dans le monde des morts dans lequel il va rencontrer ses ancêtres et, par la même, défaire des nœuds de souffrance intergénérationnels … Coco, c’est le retour des Pixar des grands jours, ceux que l’on aime parce qu’ils mêlent si bien humour et profondeur. Et quel défi plus grand que celui d’aborder auprès des enfants le thème de la mort ? Lee Unkrich avait approché, dans ses plus belles créations (les Toys Story et Monstres et cie notamment), des thèmes aussi complexes que la nostalgie, la peur, le temps qui passe, la fin de l’enfance … Il ne restait plus que le thème de la mort comme un ultime défi, un ultime sujet à aborder. Mais toujours à la sauce Pixar des grands jours, c’est-à-dire avec beaucoup de poésie, et toujours avec le filtre, la protection d’une métaphore englobant l’ensemble...

Battle of the Sexes – un jeu décisif

Californie, années 70. Bobby Riggs, ancien champion de tennis à la retraite qui cherche à exister en accumulant les déclarations sexistes, lance un défi à la joueuse numéro 1 mondiale, Billie Jean King. Un match en trois sets, un homme contre une femme, avec à la clé une somme considérable et surtout « l’honneur » de la moitié des êtres humains. La défaite de la jeune King contre le vieillissant Riggs serait une preuve irréfutable de l’infériorité naturelle des femmes, et donc de l’absurdité de leurs revendications d’égalité de traitement, de reconnaissance et de rémunération.   Ce sera une véritable « battle of the sexes ». Le film a bien compris que l’essentiel de son scénario ne réside pas dans le match en lui-même ou dans son résultat, que l’on peut consulter le temps d’une recherche internet. Non, ce qui passionne et émeut dans Battle of the Sexes, ce sont bien ses personnages, leurs doutes, leurs errements, leurs prises de position, dans une époque où les repères se brouillent. Les couleurs explosent à l’image, comme pour compenser les incertitudes de chacun, mais la caméra tremblotante révèle bien que cette assurance affichée n’est que façade. Vie privée, professionnelle, exposition médiatique, tout se mélange et s’affronte sans jamais devenir confus pour le spectateur grâce à une écriture d’une solidité remarquable, notamment au niveau des personnages. Certaines séquences, notamment vers le dénouement, marquent par leur justesse et leur puissance émotionnelle, grâce des dialogues bien sentis qui fusent avec naturel.   Et lorsque l’acte final s’ouvre, c’est avec délectation que le spectateur s’aperçoit que Riggs est enfin réduit au silence, et ce pour tout le reste du...

La crise d’Hollywood

Depuis quelques années, le cinéma Hollywoodien semble vivre une certaine régression. Les foules ne se ruent plus dans les salles l'été pour voir les blockbusters. Les suites sans fin se succèdent. La nostalgie des succès passés et d'époques créatrices, désormais révolues, devient de plus en plus marquée. Pouvons alors parler d'une perte d'originalité pour expliquer cette triste impression de remplissage ? Une analyse précise de la décennie actuelle révélerait que les innovations esthétiques ou scénaristiques ont déserté les studios californiens. Il serait pour autant présomptueux de parler de chute du géant américain. L'idée de déclin culturel serait plus appropriée. La notion sonnerait d'ailleurs très juste aux oreilles de tout parisien cinéphile. En revanche, cette vision décliniste correspondrait elle à la perception qu'a le « français moyen » d'un tel phénomène ? N'oublions pas que ce français moyen, qui paye à un prix exorbitant sa place pour aller voir des films de mauvaise qualité, existe et tend même à se multiplier comme du pop-corn. Mais plutôt que dénoncer bien injustement ces « salauds de pauvres » (pour reprendre l'expression d'Audiard) qui continuent à consommer en masse ces pellicules gaspillées, prenons au contraire un peu de recul sur la production actuelle du cinéma hollywoodien. Les symptômes de cette crise n'en deviendront que plus flagrants. Le signe le plus visible de cette crise a rapport aux films de super-héros. Rappelons nous qu'il y a quelques années nous sortions émerveillés de la salle venant de projeter Avengers. Les studios Marvel, alors récemment rachetés par Disney, avaient réussi à susciter un fort intérêt du public pour ces films d’un nouveau genre. L’apport de technologies comme la 3D et la prouesse...

Carré 35 – le témoignage et l’inavouable

Eric Caravaca, qui n’a jamais connu sa sœur, morte à 3 ans, interroge sa famille sur cet événement tu pendant de longues années. Brillant et surtout bouleversant.   Il est des membres amputés qui grattent toujours. Le syndrome du membre fantôme est ainsi le fait de sentir encore quelque chose, alors qu’il n’y est plus. L’amputé a la sensation que son membre maintenant manquant est toujours relié au corps. Cette comparaison, peut-être un peu poussive, est à mettre en relation avec Carré 35, le documentaire d’Eric Caravaca.   Le membre amputé qui continue de démanger, pour la famille du réalisateur, c’est la jeune sœur qu’Eric Caravaca n’a jamais connue, décédée à 3 ans. La mère a toujours refusé de parler de cette enfant (« elle était mignonne comme tout, ma fille…») et n’a jamais gardé de souvenirs, de photos, de films. Il faut aller de l’avant : pourquoi s’apitoyer sur le passé ? « J’aime pas aller en arrière. Qu’est-ce que tu veux faire avec une photo ? Pleurer ? » demande-t-elle d’une voix tremblante, face caméra, alors que son fils la filme.   Mais Eric Carava, de sa très belle voix, nous raconte que le secret de famille a empoisonné la vie de famille, et particulièrement celle de sa mère, à qui il reproche d’avoir caché l’existence de cette enfant. Comme il l’avoue en entretien : « Moi j’ai longtemps cru qu’on était 4, que deux enfants ». Pour honorer un devoir de mémoire qu’il estime nécessaire, Caravaca part sur les traces de sa sœur et se rend au carré 35 du cimetière de Casablanca où Christine est enterrée. Depuis l’indépendance du Maroc, le cimetière n’est plus vraiment entretenu :...