Nous finirons ensemble (ou pas ?)

Guillaume Canet / 2h15 / 2h10 / Neuf ans après Les petits mouchoirs, Guillaume Canet remet le couvert et réalise Nous finirons ensemble, qui sonne comme une suite … Max retourne dans sa maison de vacances, au bord de la mer. Préoccupé, seul et tourmenté, il pense pouvoir se ressourcer. Seulement, son anniversaire approchant, sa bande de potes débarque par surprise. Cela tombe mal : Max est empli de rancunes vis-à-vis d’eux, il est fatigué de leur amitié qu’il juge intéressée. Depuis la dernière fois qu’il les a vu, la vie a rebattu les cartes : les situations se sont retournées pour certains. Mais pour tous, le temps a passé : les enfants ont grandi, les corps se sont transformés et les souvenirs sont plus importants. Guillaume Canet s’attaque une seconde fois à la question de l’amitié et de sa durée dans le temps. Alors que Les petits mouchoirs se concentrait sur la culpabilité et dépeignait une bande d’amis perdue et faussement tiraillée de remords quant à la mort imminente d’un ami cher, Nous finirons ensemble transforme l’essai en confirmant la dimension masturbatoire de ces films … La réunion de Marion Cotillard, Gilles Lellouche, Laurent Lafitte, François Cluzet, Valérie Bonneton, Benoît Magimel et j’en passe, donne la sensation d’un réalisateur qui réunit sa propre bande de potes pour faire un film sur eux mêmes … Alors que le thème de l’amitié abordé par le film est un thème noble (parce qu’il y a tant à dire sur ces sentiments d’amour), il reste exploité de manière superficielle : les personnages sont beaucoup trop nombreux pour que puissent être dressés des...

Ma vie avec John F. Donovan – La vie d’acteur est un combat

Xavier Dolan / 2018 / 2h10 / Ma vie avec John F. Donovan est un film dont la qualité a été âprement débattue dans les discussions entre cinéphiles éclairés, ces dernières semaines. Lorsque j’ai enfin pu voir le film de mes propres yeux, j’ai été plus que positivement surpris. Soyons clairs sur ce point, le dernier film de Xavier Dolan est excellent. A la hauteur des films qui l’ont précédé, même si je ne le qualifierai pas de chef-d’œuvre pour autant. La première chose qui interpelle dans ce film, c’est sa complexité. Il imbrique plusieurs couches temporelles et géographiques, mêlant deux histoires parallèles en flashback. Tout part d’une interview de l’acteur Rupert Turner (Ben Schnetzer) par la journaliste du Times Audrey Newhouse (Thandie Newton). Turner raconte l’histoire derrière la publication de son livre, une compilation de la correspondance qu’il a eue avec le célèbre acteur américain John F. Donovan (Kit Harrington), quand il était âgé d’une dizaine d’années et vivait en Angleterre avec sa mère, Sam (Natalie Portman). Le film par conséquent retrace les vies parallèles de Turner et de Donovan, similaires par la relation compliquée qu’ils ont eue avec leur mère, l’intolérance à laquelle s’est souvent heurtée leur homosexualité et, bien sûr, leur amour du jeu d’acteur. Le tout sonne très juste, très actuel, avec l’image de l’acteur qui souffre psychologiquement de son exposition médiatique. Des personnes à la mauvaise foi pourraient arguer que le sujet de l’intrigue est cliché, mais derrière tout cliché se cache une réalité tangible, que viennent nous rappeler les problèmes d’addiction ou les suicides réguliers de jeunes artistes renommés. Le star-system est impitoyable....

Rebelles – Gangster au féminin

Allan Mauduit / 2019 / 1h37 / Alors qu’elle fuit son compagnon devenu violent, Sandra (Cécile de France) revient s’installer chez sa mère à Boulogne-sur-Mer. Sans diplôme et quasiment sans expérience professionnelle, elle est embauchée à la conserverie de poissons. Ex-miss Nord-Pas-de-Calais, son physique affole les hommes qui se trouvent sur son passage... C’est le cas du chef de la conserverie, qui lui fait des avances. Un soir, Sandra est de corvée avec deux de ses camarades, Marilyn (Audrey Lamy) et Nadine (Yolande Moreau), pour le nettoyage des machines. En repoussant les avances de son chef, Sandra finit par le tuer. Les deux autres filles en sont témoin mais décident de passer le crime sous silence après être tombées sur un sac rempli de billets de banque... Sandra, Marilyn et Nadine se trouvent donc liées par le secret et par l’ambition de partager la fortune entre elles. Mais les ennuis ne se font pas attendre : la disparition du chef est suspecte, et les billets de banque sont recherchés par des trafiquants de drogue belges... Nos trois protagonistes deviennent de véritables héroïnes par leur détermination à braver les ennuis et à régler leurs problèmes personnels. Chaque personnage principal est subtilement construit et joué : une réalité sociale se cache derrière chacun d'entre eux. Malgré leur situation peu enthousiasmante (mère célibataire consommant de la drogue, mère de famille ne pouvant plus payer son loyer et ex-miss France qui retourne chez sa mère), le film est une réelle comédie et emporte le spectateur dans un univers décalé où l’on ne peut qu’adhérer aux agissements des trois personnages, qui sont réellement attachants...

Tel Aviv on Fire – Qu’y a-t-il entre les bombes et la soumission ?

Sameh Zoabi / 2018 / 1h40 / Tel Aviv on fire a de quoi surprendre. Comédie tournée à la fois en arabe et en hébreu, le film nous plonge dans une mise en abyme subtilement réjouissante, jonglant entre la réalité de la Palestine contemporaine et l’intrigue d’une série télé éponyme qui se déroule en 1967. Véritable recueil de clichés, d’un kitsch monumental, et tellement cheap que cela en devient attendrissant, la série raconte l’histoire d’une Mata Hari palestinienne qui séduit un général israélien pour lui soutirer des informations. Au croisement d’une multitude d’attentes sociales, la série devient bientôt la métaphore des relations israélo-palestiniennes, une confrontation de deux impératifs politiques et de deux imaginaires culturels différents. Un bourbier, en d’autres termes. Et pourtant, le réalisateur Sameh Zoabi (israélo-palestinien, lui aussi) s’en sort avec brio. Le personnage principal du film, Salam (Kais Nashif), est stagiaire sur le plateau de tournage de la série, à Ramallah. Il doit son embauche à son oncle Bassem, directeur de production, et se charge, outre de préparer des cafés, de vérifier que les phrases en hébreu du scénario sont grammaticalement correctes. Mais ses interventions enragent la scénariste, qui finit par démissionner. Salam est alors seul maître à bord, se retrouvant chargé par son oncle d’écrire le scénario des épisodes suivants. Il y a un hic, pourtant : il n’a jamais écrit la moindre ligne. La page blanche guette. Salam trouve alors un secours inespéré en la personne d’un officier commandant un check-point israélien, Assi (Yaniv Biton). Se met alors en place entre eux une relation de besoin réciproque : Assi a besoin de Salam pour pouvoir convaincre sa...

At Eternity’s Gate – La peinture impressionniste d’une vie tourmentée

Julian Schnabel / 2019 / 1h51 / Une promesse artistique… “At Eternity’s gate” n’est pas un film pour expliquer Van Gogh, mais pour le voir”. Voilà ce que déclarait Julian Schnabel à propos de son long-métrage produit par Netflix et romançant la vie de l’artiste. On y voit Willem Dafoe interpréter un Vincent Van Gogh au bord de la folie, entre la grisaille parisienne et l’inspirante Arles. Entre rencontres fortuites – avec Paul Gauguin notamment – et séjours en asile, il navigue dans sa vie un peu comme nous devant le film : perdu et pas très sûr de là où on veut en venir. Entouré d’Oscar Isaac et de Mads Mikkelsen, l’acteur titre prouve encore une fois sa capacité à se perdre dans un rôle, et revêt la personnalité éclectique de Van Gogh à merveille. Sa voix narre et nous berce, avec le timbre rocailleux non sans nous rappeler ses débuts dans Platoon. … Qui s’en tient à son esthétique. La cinématographie et la mise en scène générale de At Eternity’s Gate est sublime : on voit à travers les yeux d’un peintre, et cela se fait sentir. La palette de couleur oppose à l’écran les opposés du cercle chromatique – bleu et jaune – qui ont tant inspiré Van Gogh. On peut aussi percevoir sa folie à travers un effet fish-eye et un flou gaussien qui masque la moitié de l’écran. La caméra épaule est aussi très utilisée pour nous donner un point de vue à échelle humaine, parfois jusqu’à la nausée. Tout ce jeu finement pensé sur l’esthétique ne parvient pas toutefois à compenser le problème...

Celle que vous croyez – Virtuelle et si humaine

Safy Nebbou / 2019 / 1h41 / Celle que vous croyez s’ouvre avec son image la plus percutante et peut-être aussi la plus efficace : un visage de femme apparaît en premier plan à l’écran, en couleurs glaciales, à moitié sous l’eau - on a l’impression qu’elle va se noyer. On retient alors notre respiration, le temps de quelques secondes… La caméra s’introduit soudainement dans la vie de cette femme, la suit avec insistance, lui tourne autour, et l'on est entraîné dans l’histoire qui va suivre - sans véritablement en avoir le choix -, mais on ne pourra s’empêcher de s’attacher à Claire (Juliette Binoche), sa protagoniste. L’ambiance initiale ne peut que nous rappeler Shame de Steve McQueen : de longs silences imposants, une sensation de solitude sans échappatoire assombrissent Claire lorsqu’elle prend le métro, dans une ville impersonnelle. Peu à peu on découvre le drame qui est en train de la détruire : abandonnée par son mari, Claire tombe dans les bras d’un jeune homme (Guillaume Gouix), avec toute sa fragilité. Abandonnée à son tour par son amant, elle décide de se rapprocher de ce dernier en s’initiant au mystérieux univers de Facebook qu’elle ignorait jusqu’à ce moment – elle qui partage sa vie entre ses enfants et l’université où elle enseigne la littérature française. Jusqu’au jour où elle va se faire passer pour la jeune femme qu’elle n’est plus, et essayera de séduire Alex (François Civil), le colocataire de son ancien amant, pour enfin atteindre ce dernier. Une spirale infernale s'empare alors doucement de la vie de Claire et de son bonheur illusoire, fondé sur la relation amoureuse virtuelle...