Ayka – Perdus dans le blizzard

Sergey Dvortsevoy 1h42   Synopsis : Ayka est une migrante kirghize dans la ville de Moscou en Russie. Elle est criblée de dettes, vit chez un marchand de sommeil avec des papiers loin d’être en règle. Elle vient de perdre son emploi précaire à cause d’une grossesse. Après l’accouchement, elle abandonne son bébé et engage une course contre la montre pour trouver l’argent qui lui permettra de s’accorder un répit auprès de ses créanciers de la pègre russe…   Ayka est un film déroutant et on en sort confus. On est partagé entre ce « sentiment » irrationnel que l’ensemble de l’œuvre a un sens qui tient la route, que rien n’est à jeter, et notre propre incompréhension devant l’œuvre. Car Ayka est un objet cinématographique très opaque, presque autant que la neige qui tombe en rafale sur la capitale russe pendant les 3-4 jours que couvre le film. S’il porte bien son titre (car nous sommes collés au visage de cette « Ayka » à tout moment du film), le film n’en reste pas moins très secret sur son actrice principale. Son passé est expédié, comme s’il n’existait plus, ses paroles sont très rares et son visage insondable, comme si la direction d’acteur cherchait à nous perdre entre une constante douleur et une constante détermination. Ayka doit aller de l’avant et c’est tout ce qui compte dans ce film. Dans les couloirs des taudis où elle vit et travaille ou dans les rues enneigées de Moscou. Ce qui donne l’occasion de très nombreux plans séquences bien maitrisés. Ce procédé nous amène au plus près de l’errance et de l’épuisement de Ayka et force...

Critique Solo : A Star Wars Story – La reconstruction d’une icône

Ron Howard / 2h15 / Sortie en salles le 23 Mai 2018 /   Synopsis : Vous l’avez aimé dans la trilogie originelle. Vous l’avez aimé (brièvement) dans la nouvelle trilogie. Alors vous allez l’aimer dans ce sequel signé les studios Disney qui ne reculent devant aucune occasion de faire du chiffre. Han Solo, les origines, ni plus ni moins. De son adolescence dans les égouts d’une planète-usine à ses premiers pas pour aider la Résistance, apprenez comment Han est devenu Solo, the man who shot first. Et accessoirement comment Chewbacca s’est retrouvé à ses côtés depuis la chute de la planète Wookie dans la Revanche des Siths.   Solo est le deuxième film « A Star Wars Story » sorti pour l’instant, censé occuper l’espace dans les années où Disney/Lucasfilm ne nous gratifie pas d’une nouvelle histoire Star Wars entre Rey et Kylo. Après l’exploitation d’une ligne de dialogue pour créer Rogue One, les scénaristes se sont lancés dans un pari un peu moins risqué en exploitant l’origin story d’un des personnages principaux de la saga. Han Solo ne manie pas le sabre laser mais il est charismatique au demeurant et qui peut imaginer Star Wars sans le Millenium Falcon ? Après avoir développé pendant trois films l’avide contrebandier devenu héros de la Résistance au grand cœur (en passant par la case « plaque de métal »), Disney souhaite remettre une couche pour nous montrer que Solo était finalement bon depuis le début. Ce dont on pouvait objectivement se douter. Dans ce but Ron Howard s’est doté d’un casting à gros budget, pariant sur le jeune Alden Ehrenreich (ce qui se traduit en Allemand...

Une affaire de famille – Palme d’Or 2018

Un film d'Hirokazu Kore-eda. Date de sortie : Prochainement. Durée : 2h01. Je me rappelle avoir rédigé une critique sur un autre film de Kore-eda, APRÈS LA TEMPÊTE, il y a deux ans, toujours au festival de Cannes. J’avais été assez subjugué, malgré un rythme un peu lent, par la mise en scène des relations familiales, par l’amour qui semblait se dégager de ce cinéma japonais. Puis je n’ai jamais revu un film de Kore-eda : ni THE THIRD MURDER sorti dans les salles françaises très récemment, ni ses films plus anciens considérés comme de grands films (STILL WALKING, NOBODY KNOWS). Son dernier ouvrage a remporté hier soir la Palme d’or au 71èmeFestival de Cannes. J’avais personnellement deux « chouchous » pour la Compétition officielle : le film de Kore-eda et le dernier film de la compétition, LE POIRIER SAUVAGE, du Turc Nuri Bilge Ceylan, un film très bavard mais magnifique, sur la beauté de la vie malgré les doutes qui nous assaillent et sur la création artistique. Le jury présidé par Cate Blanchett a décidé, pour des raisons obscures, de ne donner aucun prix au film de Ceylan. La Palme d’or récompense ici un film sur la famille, un film sur l’amour, car c’est bien cela qui lie tous les personnages. Une famille de voleurs récupère et accueille une petite fille abandonnée et violentée par ses parents, Yuri. On ne connaît pas vraiment les liens qui unissent les personnages habitant tous dans une petite maison : une grand-mère, les deux filles de celle-ci, dont une mariée à un ouvrier du bâtiment et une autre travaillant dans un peep-show,...

Avengers : Infinity War – La grâce des Dieux Déchus

Joe et Anthony Russo 2h36 Sortie en salle le 25 Avril 2018 Synopsis : Le Marvel Cinematic Universe est en plein chamboulement depuis Avengers 2. Hulk s’est perdu dans l’espace, Asgard s’est effondré et Thor règne sans royaume, Tony Stark s’est retranché au nouveau QG des Avengers et a recruté le jeune Spider Man, Captain America et ses fidèles font bande à part depuis Civil War et, au milieu de tout ça, Doctor Strange a sauvé le Monde, les Gardien de la Galaxie ont sauvé l’Univers et Black Panther…le Wakanda et la stratégie de communication de Marvel (ce qui est en fait le plus important). Au milieu de cet univers éclaté, au plus mauvais moment donc, Thanos a enfin décidé de se mettre en mouvement. La plus grande menace jamais rencontrée par les Avengers sera-t-elle trop forte pour eux ? SPOILER !!! Désolé mais je préfère  préciser de nouveau qu’on ne peut parler de ce film sans en évoquer des éléments cruciaux. Si vous n’avez donc pas vu le film et que vous souhaitez découvrir par vous-même ce qui s’y passe, ne continuez pas à lire et sachez (pour la faire courte) que je le recommande fortement ! Maintenant, l’avertissement passé, on peut se jeter sur ce gros morceau que nous donne l’écurie à blockbuster Disney Marvel. Quoi de plus paradoxal, pour commencer, que d’annoncer Avengers 3 (1èrepartie) des années en avance, d’en faire des teaser réguliers et pourtant de n’en rien savoir du contenu ? Une majorité des bandes-annonces des blockbusters hollywoodiens vous dévoile tout le film. C’est frustrant. Ici, au contraire, le secret parfait a entouré ce...

Don’t worry, he won’t get far on foot – « It’s hard teaching people faith »

Gus Van Sant / 1h54 / Sortie en salle le 4 Avril 2018. C’est un Gus Van Sant convalescent qui nous revient avec ce Don’t Worry, He Won’t Get Far on Foot. Convalescent, oui, car après la relative déception provoquée par Nos Souvenirs, le réalisateur revient avec une histoire dont il nourrit le projet depuis 20 ans et qui s’inscrit parfaitement dans sa filmographie : celle de la vie bien réelle de John Callahan, illustrateur satirique américain à l’humour piquant, tentant de se débarrasser de ses vieux démons et d’un alcoolisme, qui lui a coûté l’usage de ses deux jambes, en intégrant un groupe d’alcooliques anonymes.   Une histoire sur les laissés pour comptes, les marginaux, les mal aimés, qui ont toujours retenu l’attention de Gus Van Sant ; mais une histoire dont le caractère sombre est largement atténué par une forme douce-amère, une apparence de feel good movie mainstream, qui agacera peut-être certains, mais qui contient bien plus et laisse entrer l’air et un peu de lumière là où le personnage n’en voit pas. Car nous ne vivons pas l’action du point de vue du protagoniste. Nous assistons de l’extérieur à sa chute et à sa résurrection, nous remarquons les issues de secours là où il ne les voit pas, nous sommes le regard extérieur qui perçoit une forme de cohérence dans le chaos de sa vie. Un chaos ivre, très bien retranscrit par un montage kaléidoscopique, halluciné, angoissant, pièces de puzzle d’un homme en miettes, qui saura pourtant mettre du sens dans l’apparent désordre de sa vie.      Le mouvement que suit le film n’est pas ascendant,...

Candelaria – La jeunesse a-t-elle un âge?

Johnny Hendrix Hinestroza / 1h27 / 4 Avril 2018. Candela est une coquette femme d’environ 70 ans. Son époux Victor Hugo et elle vivent une vie paisible bien que précaire dans le Cuba sous embargo de 1995. Qu’importe le peu de nourriture, ils ont leur amour. Et leurs poussins. Oui, Candela a recueilli des petits poussins tout jaunes, tout doux, qu’elle chérit individuellement, même si c’est illégal dans un pays communiste où la propriété privée est méprisée. Mais les petits commerces sous le manteau font légion, et tout le monde ferme les yeux, y compris sur ceux que fait Victor Hugo avec ses cigares “tombés du camion”depuis la manufacture où il travaille. Candela, elle, est employée dans un hôtel ; elle est lingère. Un jour, elle fait une découverte au milieu des draps àtrier : un camescope. Et elle décide de le garder, sachant pourtant pertinemment l’illégalité de sa manoeuvre (et la somme qu’elle pourrait en tirer si elle le vendait au marché noir). Ce camescope se révèle être un détonateur dans leur vie de couple et à l’amour platonique va s’ajouter l’amour charnel, oublié depuis longtemps dans ce couple de personnes âgées qui ont quand même 150 ans à eux deux ! Finalement, ce qui brille dans ce film ce n’est pas tant l’histoire d’une vie que la tendresse infinie qui transparaît à travers l’écran. C’est un véritable tour de force que de réussir à transmettre ce sentiment si doux, si subtil, si rarement représenté, et pourtant c'est ce que fait le réalisateur colombien Jhonny Hendrix Hinestroza.   Une autre de ses réussites tient au fait de montrer...