Katie says Goodbye – Lumineux malgré tout

Katie says Goodbye – Lumineux malgré tout

Katie est une jeune fille candide. Lumineuse, calme, elle rayonne sur son trou paumé de l'ouest des Etats Unis où elle a eu la malchance de naître et de grandir. Entre une mère alcoolique et pas vraiment maternelle et un père tout à fait absent et inconnu, Katie se construit auprès de sa patronne Maybelle dans le diner où elle est serveuse, et elle arrondit ses fins de mois en rendant des services sexuels rémunérés aux gars du coin et à certains de passage. Cela fait-il d’elle une prostituée ? Dans l’absolu oui, pourtant on ne se résout pas à la voir comme telle de tout le film. Ce film est une tension : entre l’extrême violence et la plus pure douceur, l’amour et le mépris, l’espoir et… le désespoir. On oscille tout du long, saisis d’une volonté de rentrer dans l’écran pour prendre cette jeune Katie par la main et l’emmener loin de ce milieu bien trop vicié pour elle. Katie vit : elle aide ses petits voisins, fait des heures sup’ au diner pour compenser les impayés de sa mère au chômage, rêve à s’évader à San Francisco avec les économies fruit de ses passes… Et puis elle aime. Elle aime Bruno, ce bourru tout juste sorti de prison (Christopher Abbott), comme un nouvel horizon dans cette bourgade bouchée et étouffante. Elle l’aime du premier jour où elle le voit, comme dans les films ou les romans. Et quand elle aime, elle ne compte pas, même si cet amour n’est pas tout à fait réciproque, même si ça implique de changer sa vie pour lui et renoncer...

The House That Jack Built – Que l’on sache ce que l’art est

Lars von Trier / 2h35 / Expatrié, relégué, banni, mais triomphant : Lars Von Trier, persona non grata à Cannes, se fend avec The House That Jack Built d’un retour tonitruant, en forme de note d’intention sur l’éternel et nécessaire sacrifice de l’artiste. On s’étendra en superlatifs, si on le veut, pour dépeindre le dernier accouchement du danois. Lui qui se dit épuisé, incapable de produire un nouveau long-métrage à l’avenir, semble en effet s’être permis une somme des thèmes, des images, des puissances qui sont les siennes. Dans une séquence rapide mais néanmoins centrale, il juxtapose d’ailleurs les plans iconiques de ses précédentes œuvres. Façon de fournir, après une flopée de longs scandales, de films retors, une clé d’analyse, une Poétique pour décrypter ses obsessions. Et pour accomplir cette lourde déclaration, Jack, narrateur serial-killer et avatar du cinéaste, incarné par un fantastique Matt Dillion. Obsessionnel, épanoui dans une violence croissante, Jack est fixé dans le fond par l’idée d’une œuvre, d’un tiers plus grand à construire entre lui et le monde : ici, une maison patiemment imaginée et toujours détruite. Lars Von Trier lie donc son destin à celui d’un tueur, basculant un matin d’hiver dans une violence froide, premier « incident » d’une succession de cinq épisodes. Jack, en voix-off, dialogue avec Verge, passeur vers les enfers (Bruno Ganz) : s’intercalent les récits de ses meurtres, donc, et de longues digressions sur les arts et la psychologie humaine. Le cinéaste danois s’autorise absolument tous les discours, de la pire violence face-caméra (la mutilation d’un enfant) aux évocations ironiques de ses accusations d’agression sexuelle (Jack explique que « les hommes sont nés coupables et les...

Un Couteau dans le Coeur – Une hallucination qui ne passe pas

Yann Gonzalez / 1h42 / Sortie en salle le 27 Juin 2018 / Arrivée au festival depuis quelques heures seulement, c'est avec joie que j'ai obtenu une place pour Un Couteau dans le Coeur, le film du français Yann Gonzalez en Sélection Officielle. Je rentre donc dans le grand théâtre Lumière après la très officielle montée des marches sans rien savoir de ce que j'allais voir. Eh bien c'était intense. Le cadre : un studio porno gay des années 1980 dirigé par Vanessa Paradis et un tueur en série qui sévit contre ses acteurs. A mi-chemin entre film de genre, comédie, fantastique et série B, ce film se veut pop, survitaminé voire un peu halluciné, quitte à frôler le trop-plein. Les multiples incursions oniriques brouillent les pistes entre le réel et le fantasmé, tout comme la mise en abyme des événements réutilisés dans le scénario d'un nouveau film porno. Bref, le film veut proposer quelque chose de novateur tout en rendant hommage au giallo, ce genre italien des années 1960 à 1980 qui mêle allègrement horreur, thriller et érotisme. Malheureusement, la cohérence du film en pâtit violemment et on sort trop facilement d'une intrigue très foisonnante, voire carrément absurde. Et encore, c'est sans mentionner la performance d'actrice de Vanessa Paradis... Par respect pour elle je ne m'étendrai pas sur ce point, mais quelle tiédeur ! C'est bien triste. On sort donc de ce film un peu dépassé, hésitant entre rire et pleurer, se demandant quelle serait la morale de ce film ; toutefois, il suscite je trouve une certaine tendresse pour quelques personnages malgré tout attachants, et quelques scènes...

Dogman – Tous aux abois

Matteo Garrone / 1h42 / Sortie en salles le 11 Juillet 2018 / Il a fait rugir de plaisir la Croisette, le voici, le dernier film de Matteo Garrone, dont l’acteur principal a reçu le prix d’interprétation masculine.   Dogman, l’homme aux chiens, c’est Marcello, toiletteur pour chiens de profession, père d’une petite fille, qui s’occupe avec amour des bêtes qu’on lui confie dans la banlieue glauque et crasseuse de Naples. Insignifiant, malingre et affublé d’une voix fluette, l’homme serait la dernière personne que l’on verrait s’enfoncer dans les affres du crime. Et pourtant, sous l’influence d’une mauvaise fréquentation, celui qui aurait tant voulu rester à l’écart de tout trouble se retrouve embarqué dans une spirale criminelle infernale, jusqu’à l’irréparable.   Difficile de ne pas percevoir immédiatement la réflexion politique qui va dès lors être menée par le réalisateur, avec une opposition entre le bon et la brute, une dénonciation des jeux d’influence et d’oppression, de la misère sociale, de la loi du plus fort. Difficile aussi de ne pas redouter que le métrage ne tombe dans le manichéisme, mais c’est tout le contraire : ce Marcello pour lequel on n’a d’autre choix que de ressentir de l’affection dès sa première scène va pousser le spectateur jusque dans ses retranchements, en lui assenant une question morale insoluble : y a-t-il des limites à la légitime défense ? Faudrait-il se laisser anéantir au nom d’idéaux moraux ? Quand la droiture doit-elle céder place au pragmatisme ? Et d’ailleurs, ce Simone, la fameuse brute qui harcèle Marcello de ses sollicitations de plus en plus pressantes, ne devient-il pas une victime ? La pègre n’était-elle pas sa seule...

Ayka – Perdus dans le blizzard

Sergey Dvortsevoy 1h42   Synopsis : Ayka est une migrante kirghize dans la ville de Moscou en Russie. Elle est criblée de dettes, vit chez un marchand de sommeil avec des papiers loin d’être en règle. Elle vient de perdre son emploi précaire à cause d’une grossesse. Après l’accouchement, elle abandonne son bébé et engage une course contre la montre pour trouver l’argent qui lui permettra de s’accorder un répit auprès de ses créanciers de la pègre russe…   Ayka est un film déroutant et on en sort confus. On est partagé entre ce « sentiment » irrationnel que l’ensemble de l’œuvre a un sens qui tient la route, que rien n’est à jeter, et notre propre incompréhension devant l’œuvre. Car Ayka est un objet cinématographique très opaque, presque autant que la neige qui tombe en rafale sur la capitale russe pendant les 3-4 jours que couvre le film. S’il porte bien son titre (car nous sommes collés au visage de cette « Ayka » à tout moment du film), le film n’en reste pas moins très secret sur son actrice principale. Son passé est expédié, comme s’il n’existait plus, ses paroles sont très rares et son visage insondable, comme si la direction d’acteur cherchait à nous perdre entre une constante douleur et une constante détermination. Ayka doit aller de l’avant et c’est tout ce qui compte dans ce film. Dans les couloirs des taudis où elle vit et travaille ou dans les rues enneigées de Moscou. Ce qui donne l’occasion de très nombreux plans séquences bien maitrisés. Ce procédé nous amène au plus près de l’errance et de l’épuisement de Ayka et force...

Critique Solo : A Star Wars Story – La reconstruction d’une icône

Ron Howard / 2h15 / Sortie en salles le 23 Mai 2018 /   Synopsis : Vous l’avez aimé dans la trilogie originelle. Vous l’avez aimé (brièvement) dans la nouvelle trilogie. Alors vous allez l’aimer dans ce sequel signé les studios Disney qui ne reculent devant aucune occasion de faire du chiffre. Han Solo, les origines, ni plus ni moins. De son adolescence dans les égouts d’une planète-usine à ses premiers pas pour aider la Résistance, apprenez comment Han est devenu Solo, the man who shot first. Et accessoirement comment Chewbacca s’est retrouvé à ses côtés depuis la chute de la planète Wookie dans la Revanche des Siths.   Solo est le deuxième film « A Star Wars Story » sorti pour l’instant, censé occuper l’espace dans les années où Disney/Lucasfilm ne nous gratifie pas d’une nouvelle histoire Star Wars entre Rey et Kylo. Après l’exploitation d’une ligne de dialogue pour créer Rogue One, les scénaristes se sont lancés dans un pari un peu moins risqué en exploitant l’origin story d’un des personnages principaux de la saga. Han Solo ne manie pas le sabre laser mais il est charismatique au demeurant et qui peut imaginer Star Wars sans le Millenium Falcon ? Après avoir développé pendant trois films l’avide contrebandier devenu héros de la Résistance au grand cœur (en passant par la case « plaque de métal »), Disney souhaite remettre une couche pour nous montrer que Solo était finalement bon depuis le début. Ce dont on pouvait objectivement se douter. Dans ce but Ron Howard s’est doté d’un casting à gros budget, pariant sur le jeune Alden Ehrenreich (ce qui se traduit en Allemand...