Loro – Quand la vieillesse est un naufrage

Loro est le dernier-né des films du réalisateur italien Paolo Sorrentino. En deux parties dans sa version originale, il sortira le 31 octobre en France, condensé en un seul film de 2h31 sous le titre de Silvio et les autres. C’est le premier biopic illustrant la vie du sulfureux ex-Président du Conseil italien et homme d’affaires richissime Silvio Berlusconi. De jeunes femmes qui dansent. De jeunes femmes peu vêtues qui sniffent de la coke, perchées sur des escarpins vertigineux, nimbées d’un halo doré qui les projette comme des ombres chinoises contre la nuit. Voilà l’image que l’on retient de Loro, film à l’esthétique superbe et portrait sans complaisance de la débauche du Cavaliere. Ce n’est pas la première fois que Paolo Sorrentino se frotte au genre du biopic politique ; son film Il Divo, sur les amitiés mafieuses de l’homme d’Etat italien Giulio Andreotti, avait déjà fait des vagues il y a dix ans. Du film sur Andreotti à celui sur Berlusconi, la filiation de dénonciation politique semble évidente, et pourtant Sorrentino ne se départit jamais de la délicatesse toute en nuances qui caractérise ses scénarios. Loro reste à hauteur d’homme. Il nous montre la psychologie complexe d’un être humain qui a passé sa vie à tirer son épingle du jeu, mais qui est rattrapé par la décadence de la vieillesse. « Silvio » parvient encore à retourner des sénateurs de l’opposition, mais la séduction ne lui réussit plus : « Vous avez l’haleine de mon grand-père », lui glisse une jeune femme qui se dérobe à lui. Et pourtant, la libido ne reflue pas, et la vacuité triomphe dans des fêtes grandioses, avec...

Dilili à Paris – Un monde en couleurs contre l’obscurantisme

Michel Ocelot / 2018 / Dans le Paris de la Belle Époque, en compagnie d’un jeune livreur en triporteur, la petite kanake Dilili mène une enquête sur des enlèvements mystérieux de fillettes. Elle rencontre des hommes et des femmes extraordinaires, qui lui donnent des indices. Elle découvre sous terre des méchants très particuliers, les Mâles-Maîtres. Les deux amis lutteront avec entrain pour une vie active dans la lumière et le vivre-ensemble… Cet automne, Michel Ocelot, le père de Kirikou, Azur et Asmar, et Princes et Princesses, continue son périple avec un conte aux couleurs de la France. Véritable bijou d'esthétisme, Dilili à Paris n'en est pas moins une fable didactique s'engageant pour la défense des plus faibles. Dans ce dessin-animé en apparence enfantin et simple, se cache de facto un plaidoyer féministe virulent. Peindre un monde en couleurs pour contrer la noirceur de l'obscurantisme ? Quand derrière un conte féérique... S'organisant comme un road-trip dans la capitale, Dilili à Paris éblouit par la beauté de ses images et de sa réalisation. Les tuileries, l'Opéra, Montmartre, tous les quartiers s'y retrouvent : rien de mieux donc pour découvrir, dans une salle obscure, Paris sous son plus beau jour. Le mélange d'animation entre 2D et 3D est tout simplement somptueux. Un jeu de transparence et de profondeur vient souligner la perfection artistique des personnages et des paysages donnant un aspect lisse au film qui en devient très agréable à regarder. Aussi, l'animation se fond avec brio et douceur dans des photographies réelles de la capitale, le réalisateur ne pouvant, selon ses mots, la dessiner aussi belle qu'au naturel. Une prouesse numérique...

Les Frères Sisters – Jusqu’où irait-on pour un frère ?

C’est l’histoire de deux frères, Eli (John C. Reilly) et Charlie (Joaquin Phoenix) Sisters, dans l’Amérique des années 1850. En arrivant dans l’Oregon, leur réputation les précède, puisqu’ils se sont fait un nom en tant que tueurs à gages expérimentés. Mais bien qu’ils soient frères et que l’amour fraternel qui les rend inséparables est indéniable, ils s’opposent en tous points, en dehors du fait qu’ils n’excellent que dans le meurtre. Le cadet, Charlie, est impulsif et violent depuis toujours. Il aime être craint et tient à conserver sa notoriété de mercenaire impitoyable. L’aîné, Eli, est son contraire. Il tue uniquement pour vivre… et protéger son frère. Bien plus solitaire, raisonné et calme que Charlie, il ne rêve que d’une vie normale. Mais quand le Commodore les engage et les envoie torturer et tuer Hermann Kermit Warm (Riz Ahmed), un chimiste que doit leur livrer le détective John Morris (Jack Gyllenhaal), Eli ne peut que se résigner à suivre encore une fois son frère. Mais cette nouvelle aventure s’annonce bien différente des précédentes. En effet, tout au long de leur parcours à cheval qui va les mener jusqu’en Californie, ils devront réaliser un long travail d’introspection qui les conduira à rechercher leur humanité au plus profond d’eux-mêmes et à redonner du sens à leur vie. Ainsi, cette épopée ne constituerait-elle pas pour ces deux marginaux le début d’une nouvelle ère ? A vous de le découvrir en allant voir ce film… Bien que cela puisse étonner, je n’avais jamais vu de film de Jacques Audiard auparavant. A vrai dire, si je m’étais décidé à aller voir les Frères Sisters, c’est...

Amin – Encore et toujours

Encore un. Encore un film français dépeignant la difficulté du travail des migrants en France. On se souvient de Samba, film d’Olivier Nakache et d’Éric Toledano au sujet d’un immigré sans papier cherchant du travail et aidé par Charlotte Gainsbourg. C’était inévitable, une histoire d’amour s’était créée. Cette année je pars voir l’avant-première d’Amin, le nouveau film de Philippe Faucon. A l’instar de Nakache et de Toledano, le réalisateur a décidé de faire un film sur la vie d’un migrant en France. Cependant, cette fois-ci, on rencontre également sa famille restée au Sénégal, ce qui permet d’observer les difficultés auxquelles les membres de cette dernière peuvent faire face. Mais ce qui reste central dans ce film, c’est l’histoire d’amour entre le migrant et une Française, amenant ainsi Philippe Faucon à tomber dans le vaste gouffre qui s’ouvre à chaque fois qu’un réalisateur français étudie les migrants dans le pays. Amin commence donc une relation avec Gabrielle, chez qui il a travaillé pour construire des canalisations dans son jardin. Cela amène le protagoniste à abandonner sa famille au pays, pays dans lequel il ne retournera pas pendant un long moment afin de rester aux côtés de son nouvel amour. Tout le film se structure autour de cette relation et se termine lorsque cette romance s’achève également.   Je ressors de la salle avec une envie de crier. Pourquoi ? Pourquoi être obligé de toujours filmer la même chose ? Pourquoi être obligé de construire un cliché au cinéma alors que justement Philippe Faucon essaye de dénoncer les tares de notre société actuelle ? Pourquoi est-on obligé de créer une histoire...

A Star Is Born – Une étoile est née, mais laquelle ?

Star de country un peu oubliée, Jackson Maine découvre Ally, une jeune chanteuse très prometteuse. Tandis qu'ils tombent follement amoureux l'un de l'autre, Jack propulse Ally sur le devant de la scène et fait d'elle une artiste adulée par le public. Bientôt éclipsé par le succès de la jeune femme, il vit de plus en plus de mal son propre déclin… Premier film pour l'un, premier rôle pour l'autre, A Star Is Born était un pari osé tant pour Bradley Cooper, acteur de la folle trilogie Very Bad Trip ou de l'instable et excellent Happiness Therapy (première nomination aux Oscars), que pour Lady Gaga, chanteuse pop extravertie habituée des robes décalées et adepte de paroles provocantes. Challenge donc pour ces deux vedettes hollywoodiennes qui ont tout à prouver aux spectateurs dans ce remake au thème ordinaire et au scénario connu (effectivement, l'histoire, peu originale, reprend la trame d'un drame réalisé 4 fois au cinéma). Certains ne donneraient pas cher pour prendre leur billet et passer 2h16 devant le film... et pourtant ! Véritable révélation de cette année 2018, A Star Is Born surprend par sa finesse, sa sensualité et son ambiance électrique. Dans cette romance hollywoodienne ou ce drame à l'alchimie renversante, une étoile est née... mais laquelle ? Une relation passionnelle Le couple que forment Jackson Maine et Ally est renversant. Il suffit de quelques minutes pour ressentir l'alchimie et le magnétisme qui existe entre eux. Les regards se croisent, et la magie opère crescendo. Ils s’observent, se touchent, se cherchent. Lui, avec ses yeux bleus troubles et son sourire enchanteur, elle avec sa démarche assurée et sa voix pétillante et voilée. Enchainant les gros plans,...

Le vent tourne – La décroissance illustrée

Un couple de jeunes trentenaires décide de vivre à la campagne en reprenant la ferme familiale. Alex et Pauline élèvent leurs bêtes dans le respect de la nature et comptent avoir l’autonomie énergétique en faisant installer une éolienne. L’arrivée de l’ingénieur, Samuel, bouleverse Pauline et ses valeurs.   Un an après la sortie de Petit Paysan, triplement césarisé, le monde agricole était aussi à l’honneur lors du dernier festival d’Angoulême avec Le Vent Tourne, premier long-métrage en français de la réalisatrice suisse Bettina Oberli. Outre l’évocation du monde agricole, la réalisatrice s’interroge sur la mouvance décroissante face à la catastrophe environnementale, ce qui en fait un film d’actualité et qui pose des questions fondamentales sur de tels choix de vie.   La première scène du film est apocalyptique : de nuit, par une pluie battante et un orage strident, Pauline (interprétée par Mélanie Thierry) et Alex (Pierre Deladonchamps) assistent à la naissance d’un veau mort. Le spectateur comprend d’emblée que le choix de vie du couple est strict : faire fonctionner la ferme de manière naturelle, sans avoir recours à aucun produit chimique, même en ce qui concerne la santé animale. Les médicaments faits maisons et l’intervention d’un magnétiseur sont donc privilégiés pour faire face aux maladies récurrentes de leurs bêtes.     En plus de cette volonté de vivre sainement et ce dans le respect de la nature, le couple décide l’implantation d’une éolienne pour être indépendant énergétiquement et surtout ne plus favoriser les grands lobbies industriels destructeurs de la planète. L’arrivée de l’ingénieur Samuel marque une première confrontation idéologique qui déstabilise Pauline, alors qu’Alex semble déterminé dans ses choix...