Un Couteau dans le Coeur – Une hallucination qui ne passe pas

Yann Gonzalez / 1h42 / Sortie en salle le 27 Juin 2018 / Arrivée au festival depuis quelques heures seulement, c'est avec joie que j'ai obtenu une place pour Un Couteau dans le Coeur, le film du français Yann Gonzalez en Sélection Officielle. Je rentre donc dans le grand théâtre Lumière après la très officielle montée des marches sans rien savoir de ce que j'allais voir. Eh bien c'était intense. Le cadre : un studio porno gay des années 1980 dirigé par Vanessa Paradis et un tueur en série qui sévit contre ses acteurs. A mi-chemin entre film de genre, comédie, fantastique et série B, ce film se veut pop, survitaminé voire un peu halluciné, quitte à frôler le trop-plein. Les multiples incursions oniriques brouillent les pistes entre le réel et le fantasmé, tout comme la mise en abyme des événements réutilisés dans le scénario d'un nouveau film porno. Bref, le film veut proposer quelque chose de novateur tout en rendant hommage au giallo, ce genre italien des années 1960 à 1980 qui mêle allègrement horreur, thriller et érotisme. Malheureusement, la cohérence du film en pâtit violemment et on sort trop facilement d'une intrigue très foisonnante, voire carrément absurde. Et encore, c'est sans mentionner la performance d'actrice de Vanessa Paradis... Par respect pour elle je ne m'étendrai pas sur ce point, mais quelle tiédeur ! C'est bien triste. On sort donc de ce film un peu dépassé, hésitant entre rire et pleurer, se demandant quelle serait la morale de ce film ; toutefois, il suscite je trouve une certaine tendresse pour quelques personnages malgré tout attachants, et quelques scènes...

Dogman – Tous aux abois

Matteo Garrone / 1h42 / Sortie en salles le 11 Juillet 2018 / Il a fait rugir de plaisir la Croisette, le voici, le dernier film de Matteo Garrone, dont l’acteur principal a reçu le prix d’interprétation masculine.   Dogman, l’homme aux chiens, c’est Marcello, toiletteur pour chiens de profession, père d’une petite fille, qui s’occupe avec amour des bêtes qu’on lui confie dans la banlieue glauque et crasseuse de Naples. Insignifiant, malingre et affublé d’une voix fluette, l’homme serait la dernière personne que l’on verrait s’enfoncer dans les affres du crime. Et pourtant, sous l’influence d’une mauvaise fréquentation, celui qui aurait tant voulu rester à l’écart de tout trouble se retrouve embarqué dans une spirale criminelle infernale, jusqu’à l’irréparable.   Difficile de ne pas percevoir immédiatement la réflexion politique qui va dès lors être menée par le réalisateur, avec une opposition entre le bon et la brute, une dénonciation des jeux d’influence et d’oppression, de la misère sociale, de la loi du plus fort. Difficile aussi de ne pas redouter que le métrage ne tombe dans le manichéisme, mais c’est tout le contraire : ce Marcello pour lequel on n’a d’autre choix que de ressentir de l’affection dès sa première scène va pousser le spectateur jusque dans ses retranchements, en lui assenant une question morale insoluble : y a-t-il des limites à la légitime défense ? Faudrait-il se laisser anéantir au nom d’idéaux moraux ? Quand la droiture doit-elle céder place au pragmatisme ? Et d’ailleurs, ce Simone, la fameuse brute qui harcèle Marcello de ses sollicitations de plus en plus pressantes, ne devient-il pas une victime ? La pègre n’était-elle pas sa seule...

Ayka – Perdus dans le blizzard

Sergey Dvortsevoy 1h42   Synopsis : Ayka est une migrante kirghize dans la ville de Moscou en Russie. Elle est criblée de dettes, vit chez un marchand de sommeil avec des papiers loin d’être en règle. Elle vient de perdre son emploi précaire à cause d’une grossesse. Après l’accouchement, elle abandonne son bébé et engage une course contre la montre pour trouver l’argent qui lui permettra de s’accorder un répit auprès de ses créanciers de la pègre russe…   Ayka est un film déroutant et on en sort confus. On est partagé entre ce « sentiment » irrationnel que l’ensemble de l’œuvre a un sens qui tient la route, que rien n’est à jeter, et notre propre incompréhension devant l’œuvre. Car Ayka est un objet cinématographique très opaque, presque autant que la neige qui tombe en rafale sur la capitale russe pendant les 3-4 jours que couvre le film. S’il porte bien son titre (car nous sommes collés au visage de cette « Ayka » à tout moment du film), le film n’en reste pas moins très secret sur son actrice principale. Son passé est expédié, comme s’il n’existait plus, ses paroles sont très rares et son visage insondable, comme si la direction d’acteur cherchait à nous perdre entre une constante douleur et une constante détermination. Ayka doit aller de l’avant et c’est tout ce qui compte dans ce film. Dans les couloirs des taudis où elle vit et travaille ou dans les rues enneigées de Moscou. Ce qui donne l’occasion de très nombreux plans séquences bien maitrisés. Ce procédé nous amène au plus près de l’errance et de l’épuisement de Ayka et force...

Critique Solo : A Star Wars Story – La reconstruction d’une icône

Ron Howard / 2h15 / Sortie en salles le 23 Mai 2018 /   Synopsis : Vous l’avez aimé dans la trilogie originelle. Vous l’avez aimé (brièvement) dans la nouvelle trilogie. Alors vous allez l’aimer dans ce sequel signé les studios Disney qui ne reculent devant aucune occasion de faire du chiffre. Han Solo, les origines, ni plus ni moins. De son adolescence dans les égouts d’une planète-usine à ses premiers pas pour aider la Résistance, apprenez comment Han est devenu Solo, the man who shot first. Et accessoirement comment Chewbacca s’est retrouvé à ses côtés depuis la chute de la planète Wookie dans la Revanche des Siths.   Solo est le deuxième film « A Star Wars Story » sorti pour l’instant, censé occuper l’espace dans les années où Disney/Lucasfilm ne nous gratifie pas d’une nouvelle histoire Star Wars entre Rey et Kylo. Après l’exploitation d’une ligne de dialogue pour créer Rogue One, les scénaristes se sont lancés dans un pari un peu moins risqué en exploitant l’origin story d’un des personnages principaux de la saga. Han Solo ne manie pas le sabre laser mais il est charismatique au demeurant et qui peut imaginer Star Wars sans le Millenium Falcon ? Après avoir développé pendant trois films l’avide contrebandier devenu héros de la Résistance au grand cœur (en passant par la case « plaque de métal »), Disney souhaite remettre une couche pour nous montrer que Solo était finalement bon depuis le début. Ce dont on pouvait objectivement se douter. Dans ce but Ron Howard s’est doté d’un casting à gros budget, pariant sur le jeune Alden Ehrenreich (ce qui se traduit en Allemand...

Une affaire de famille – Palme d’Or 2018

Un film d'Hirokazu Kore-eda. Date de sortie : Prochainement. Durée : 2h01. Je me rappelle avoir rédigé une critique sur un autre film de Kore-eda, APRÈS LA TEMPÊTE, il y a deux ans, toujours au festival de Cannes. J’avais été assez subjugué, malgré un rythme un peu lent, par la mise en scène des relations familiales, par l’amour qui semblait se dégager de ce cinéma japonais. Puis je n’ai jamais revu un film de Kore-eda : ni THE THIRD MURDER sorti dans les salles françaises très récemment, ni ses films plus anciens considérés comme de grands films (STILL WALKING, NOBODY KNOWS). Son dernier ouvrage a remporté hier soir la Palme d’or au 71èmeFestival de Cannes. J’avais personnellement deux « chouchous » pour la Compétition officielle : le film de Kore-eda et le dernier film de la compétition, LE POIRIER SAUVAGE, du Turc Nuri Bilge Ceylan, un film très bavard mais magnifique, sur la beauté de la vie malgré les doutes qui nous assaillent et sur la création artistique. Le jury présidé par Cate Blanchett a décidé, pour des raisons obscures, de ne donner aucun prix au film de Ceylan. La Palme d’or récompense ici un film sur la famille, un film sur l’amour, car c’est bien cela qui lie tous les personnages. Une famille de voleurs récupère et accueille une petite fille abandonnée et violentée par ses parents, Yuri. On ne connaît pas vraiment les liens qui unissent les personnages habitant tous dans une petite maison : une grand-mère, les deux filles de celle-ci, dont une mariée à un ouvrier du bâtiment et une autre travaillant dans un peep-show,...

Avengers : Infinity War – La grâce des Dieux Déchus

Joe et Anthony Russo 2h36 Sortie en salle le 25 Avril 2018 Synopsis : Le Marvel Cinematic Universe est en plein chamboulement depuis Avengers 2. Hulk s’est perdu dans l’espace, Asgard s’est effondré et Thor règne sans royaume, Tony Stark s’est retranché au nouveau QG des Avengers et a recruté le jeune Spider Man, Captain America et ses fidèles font bande à part depuis Civil War et, au milieu de tout ça, Doctor Strange a sauvé le Monde, les Gardien de la Galaxie ont sauvé l’Univers et Black Panther…le Wakanda et la stratégie de communication de Marvel (ce qui est en fait le plus important). Au milieu de cet univers éclaté, au plus mauvais moment donc, Thanos a enfin décidé de se mettre en mouvement. La plus grande menace jamais rencontrée par les Avengers sera-t-elle trop forte pour eux ? SPOILER !!! Désolé mais je préfère  préciser de nouveau qu’on ne peut parler de ce film sans en évoquer des éléments cruciaux. Si vous n’avez donc pas vu le film et que vous souhaitez découvrir par vous-même ce qui s’y passe, ne continuez pas à lire et sachez (pour la faire courte) que je le recommande fortement ! Maintenant, l’avertissement passé, on peut se jeter sur ce gros morceau que nous donne l’écurie à blockbuster Disney Marvel. Quoi de plus paradoxal, pour commencer, que d’annoncer Avengers 3 (1èrepartie) des années en avance, d’en faire des teaser réguliers et pourtant de n’en rien savoir du contenu ? Une majorité des bandes-annonces des blockbusters hollywoodiens vous dévoile tout le film. C’est frustrant. Ici, au contraire, le secret parfait a entouré ce...