L’Amour Flou – Le sépartement : la fin de la vie commune?

Romane Bohringer et Philippe Rebbot / 2018 / 1h37 / Ils ont vécu ensemble pendant dix ans et ont eu deux enfants. Et maintenant, ils ne s’aiment plus, tout simplement. Ou en tout cas, plus de la même façon, plus comme des amoureux… Bref ! Plus assez pour continuer à vivre ensemble. Philippe Rebot et Romane Bohringer ont filmé ce moment si spécial dans leur vie, leur séparation, sous forme d’un docu-fiction déjanté, léger et tendre. A voir à tout prix. Ce qu’ils ont fait de leur vie commune était déjà, on peut le dire, singulier : pour que leurs enfants souffrent le moins possible de leur séparation, le couple d’acteurs a choisi de faire construire un “sépartement”, deux appartements particuliers reliés par la chambre de leurs enfants. Seulement, ils ont eu l’idée de filmer tout le processus de construction de leur création, des travaux jusqu’aux premiers mois de vie semi-commune, et d’y insérer de la fiction. Il y a beaucoup de vrai, et un peu d’inventé là-dedans, mais l’objectif était le suivant : faire un film sur la tendresse, sur ce qu’il reste d’un amour suffisamment grand leur ayant permis de faire deux enfants ensemble, et sur la possibilité de ne pas finir une histoire sur un déchirement total. C’était pour eux une façon de partager quelque de chose de fort, encore, alors même qu’ils se séparaient ; mais ils ont osé le faire car ils avaient la conviction que leur histoire saurait parler à tous, transcenderait une expérience tout à fait partageable. Et c’est ce qui est très réussi dans cet Amour Flou : l’évitement de l’impudeur. Car...

Le grand bain – Un pavé dans la piscine

Gilles Lellouche / 2018 / 2h02 / Une dizaine d’hommes, tous plus ou moins ébréchés par la vie pour des raisons diverses et variées. Leurs femmes, enfants, parents, un peu atterrés, un peu compatissants, un peu exaspérés. Deux anciennes championnes de natation, abîmées elles aussi, mais qui brûlent encore de réussir, de monter sur le podium. Et pour les rassembler, une piscine municipale. Et une discipline : la natation synchronisée. C’est avec ce scénario improbable mais réjouissant à plus d’un titre que Gilles Lellouche signe sa première réalisation solo, qui avait déjà conquis la Croisette en mai, des mois avant sa sortie en salles. La critique est assez unanime, le public semble suivre : est-ce donc à raison que ce film met l’eau à la bouche ? Nos héros au creux de la vague vont-ils réussir à surfer sur le succès ? (Bad puns intended.) Avant tout, il faut saluer l’incontestable : Le Grand Bain fait clairement partie du haut du panier des comédies françaises actuelles, et à ce simple titre, il mérite les bons échos qu’il reçoit. Ses deux heures défilent avec une véritable fluidité, et même quelques rires sincères, et dans l’ensemble, il parvient plutôt bien à faire exister des personnages attachants et à les faire interagir avec sensibilité. Le problème principal du film est également sa qualité la plus remarquable : son rythme. Un format de deux heures peut paraître plutôt confortable pour construire une histoire, mais lorsque l’on choisit comme Lellouche de tourner un film choral avec une douzaine de personnages principaux, force est de constater que le temps pour développer chacune de ces figures vient à manquer. Le...

Le Procès contre Mandela et les autres – Black Lives Matter

Nicolas Champeaux et Gilles Porte / 2018 / 1h43 / “Amandla Ngawethu!”, soit “Le pouvoir est à nous!” en xhosa et en zoulou. Voilà la célèbre phrase scandée par les membres du Congrès national africain et le peuple au cours de manifestations qui eurent lieu en Afrique du Sud sous le régime de l’apartheid. Le Procès contre Mandela et les autres, également connu sous le nom de L’Etat contre Mandela et les autres, est le titre d’un film réalisé par Nicolas Champeaux et Gilles Porte et qui est en compétition officielle à Cannes. Il revient sur un évènement marquant de cette sombre période de l’histoire sud-africaine, à savoir le procès de Rivonia. Au cours de ce procès qui se déroula entre octobre 1963 et juin 1964 devant la haute cour du Transvaal, furent jugés les chefs du mouvement anti-apartheid, dont Nelson Mandela. Le nom de Mandela a capté mon attention dès le premier regard, ce nom étant celui de l’homme comptant le plus pour les africains. Je me souviens encore du jour de sa mort, et d’une amie qui pleurait dans mes bras tellement elle était attristée. Nous étions en troisième et je ne connaissais alors cet homme que de nom, sans savoir vraiment quel combat il avait mené. Eh oui, Mandela est un grand oublié des programmes scolaires, à l’instar de la lutte contre l’apartheid ; Martin Luther King et ses prêches sur la non-violence sont beaucoup plus séduisants. Alors, pour une fois que j’avais la chance d’en connaître plus sur Mandela, j’ai sauté sur l’occasion ! Le film démarre, l’écran est noir. Un homme parle, présentant le contexte...

Capharnaüm – Le désordre absolu

Nadine Labaki / 2018 / 2h03 / La réalisatrice libanaise Nadine Labaki était présente la semaine dernière à Paris pour dévoiler au grand public son dernier long-métrage Capharnaüm, prix du Jury du festival de Cannes 2018. Ce tableau d’un Beyrouth touché par la grande pauvreté dépeint la vie de Zaïn, un jeune garçon libanais intentant un procès à ses parents pour l’avoir mis au monde. Les parents, de vrais Thénardiers à la Victor Hugo, se servent en effet de leurs nombreux enfants pour réaliser toutes sortes de trafics. C’est lorsque sa sœur Sahar, à peine indisposée, est vendue en mariage que Zain, échouant à la sauver, fuit de son domicile. Il rencontre Rahil, une nigérienne sans-papiers pour qui il travaillera en tant que baby-sitter de son fils d’un an et demi, Yonas. Rapidement, les deux enfants se retrouveront seuls dans une ville en proie à tous les trafics possibles. Comment est né le projet de Nadine Labaki ? La réalisatrice nous raconte qu’un jour, alors qu’elle se trouvait à un feu rouge au Liban, elle vit un enfant abandonné. Assis contre un poteau, l’inconfort de sa position lui interdisait de dormir, besoin pourtant primaire de l’Homme. C’est ainsi qu’elle eut l’idée d’un film qui chercherait à enlever le filtre que nous nous mettons automatiquement devant les yeux à la vue de ces enfants en détresse. Pour ce faire, et on ne peut qu’apprécier la démarche, l’équipe du film a procédé à un casting sauvage dans les lieux les plus pauvres du Liban pour « ne pas que les acteurs jouent, mais qu’ils soient ». Ainsi, les acteurs ont en somme...

Rafiki – All you need is love

Wanuri Kahiu / 2018 / 1h23 / Présenté comme LE film interdit au Kenya car contant une histoire d’amour lesbien, on pourrait s’attendre à un film choc, montrant les tares de la société kenyane et le sort des couples gays dans les pays réprimant sévèrement les relations entre personnes du même sexe. Et pourtant, dans Rafiki, la réalisatrice kényane Wanuri Kahiu nous plonge dans une histoire d’amour insouciante entre deux adolescentes dans l’attente de leurs résultats d’examens. On se croirait presque dans un film pour teenagers sorti tout droit des studios d’Hollywood. Couleurs éclatantes, musiques donnant envie de danser dans la salle de cinéma. Ce film ne se focalise pas sur le malheureux destin de nombreuses jeunes filles kenyanes qui, étant soumises à des contraintes sociales trop fortes, ne peuvent que se résigner à devenir bonnes ménagères. Bien au contraire, il raconte l’histoire de filles telles que Ziki et Kena, qui cherchent à se démarquer de la majorité des femmes kenyanes. Dans ce long-métrage, Kena veut devenir médecin et Ziki, elle, veut voyager. Mais le film oublie vite les ambitions de ces jeunes femmes peu en accord avec les attentes de la société dans laquelle elles évoluent, pour se concentrer sur l’amour naissant entre elles. Un amour délicat, touchant, tout en douceur, en beauté, en rires et en joie. Enfermés dans un cocon avec Ziki et Kena, nous ne voyons plus le monde extérieur. Nous vivons un rêve idyllique, une romance colorée qui nous emmène doucement vers nos propres pensées, nos propres souvenirs ou plaisirs cachés. Cet amour entre doucement en nous pour remplir notre cœur de chaleur et...

Chris the Swiss – Ce qu’il reste du chaos

Anja Kofmel / 2018 / 1h25 / De ce film, il faut tout d’abord mentionner la démarche profondément touchante. C’est bien de cela qu’il s’agit quand on considère la volonté de la réalisatrice Anja Kofmel de retrouver les traces de son cousin reporter de guerre, mort en plein conflit yougoslave, en 1992, à 27 ans. Les circonstances troubles de sa mort – il aurait été assassiné, et c’est vêtu d’un uniforme d’une milice étrangère qu’il a été retrouvé – ont en effet poussé la cinéaste à découvrir ce qui s’est réellement passé lors de ces quelques mois de couverture du conflit. La façon dont elle présente et retrouve des témoins, des connaissances ou amis de son cousin (notamment une journaliste allemande) est touchante aussi ; tout comme la façon dont elle les fait parler sans filtre à l’écran. Touchante, enfin, est la diversité des archives qu’elle a pu retrouver, qu’il s’agisse d’enregistrements, d’écrits ou de photos, et ce bien que les documents ne soit pas si nombreux que cela. – D’ailleurs, je ne trouve pas le travail d’investigation aussi impressionnant que certains ont bien voulu le présenter… Le générique à cet égard cristallise l’intensité sentimentale que le film peut atteindre. C’est pendant ces quelques minutes en effet que l’on comprend la portée, historiquement faible mais personnellement immense, de la mort de Chris pour la réalisatrice. A travers l’évocation du conte que ses parents lui racontaient pour expliquer la disparition de son cousin, à travers la représentation de ses cauchemars et de la façon dont elle s’imaginait le décès, à travers ses paroles en voix off, ô combien émouvantes, l’œuvre...