Red Sparrow – Un film qui nous fait voir rouge ?

John Lawrence / 2h21 / Sortie en salle le 4 Avril 2018. Dominika est soliste au sein de la prestigieuse compagnie de danse classique du Bolchoï, mais il suffit d’une mauvaise réception de son partenaire pour que sa jambe soit brisée, et avec elle ses rêves de carrière, sa sécurité financière et sa possibilité de s’occuper de sa mère malade. La jeune femme n’hésite donc pas longtemps lorsque son oncle, agent secret russe, lui propose d’intégrer une formation très spéciale qui fera d’elle une espionne hors-normes… Mais évidemment, dès lors que Dominika met le doigt dans cet obscur engrenage, la machine s’emballe et les doubles jeux se multiplient…   Red Sparrowest un film déconcertant, dont on sent qu’il veut à la fois rendre hommage aux codes du film d’espionnage opposant Américains et Russes dans une vague ambiance de Guerre froide, mais aussi briser ces mêmes codes, tenter de se forger une imagerie iconique, des thèmes particuliers. Et malgré toute la bonne volonté que met son réalisateur dans cette optique, force est d’avouer que le résultat est mitigé.   Le film offre de solides qualités, notamment son travail esthétique, avec une composition irréprochable, une réalisation maîtrisée et une photographie convaincante. On a même droit à des plans pratiquement iconiques – pour ceux qui ont déjà vu le film, on peut penser à celui avec la voiture qui file entre deux étendues de neige – et de manière générale à une image d’une grande qualité qui facilite considérablement l’immersion.   Red Sparrow jouit en effet d’une vraie capacité à plonger son spectateur dans l’expérience qu’il offre, le maintenant cloué à son...

Ready Player One – Game Over ?

Réalisé par Steven Spielberg /  Durée : 2h21 /  Sortie en salle le 28 Mars 2018 /  Avec Tye Sheridan, Olivia Cook, Ben Mendehlson …       La nostalgie est une monnaie très puissante ces derniers temps à Hollywood. Entre remakes à foison tirant sur la corde avec plus ou moins de subtilité et suites de films vingtenaires comme Jurassic World, Hollywood semble avoir compris que bien utilisée, la nostalgie pouvait rapporter gros. Mais que se passe-t-il lorsqu’un produit de cette même industrie ne se cache pas d’utiliser la nostalgie comme pierre angulaire de son récit ? Que se passe-t-il lorsque qu’un vétéran du cinéma s’attaque à un film célébrant toute une époque qu’il a lui même participé à construire ? Ready Player Oneest, dans ce sens, sûrement le projet le plus atypique d’Hollywood cette année. Déjà mitraillé de critiques avant sa sortie pour n’être qu’un ramassis décérébré de références geek pour amadouer les aficionados de pop-culture, l’adaptation du livre de Ernest Cline semblait mal partie surtout après une campagne marketing peu subtile et allant vers le sens de ses détracteurs. Force est de constater, néanmoins, que certains ont oublié qui est derrière le projet et Spielberg, fort de ses 71 ans, va essayer de prouver à ses détracteurs que l’âge n’est qu’un nombre. Bienvenue dans l’OASIS. Le film suit l’histoire de Wade Watts, adolescent vivant dans un Ohio dystopique dévoré par les crises énergétiques et humanitaires. Dans ce monde où la réalité est laissée à l’abandon, subsiste quand même une échappatoire pour la population : l’OASIS. Système de réalité virtuelle où les barrières de l’imagination n’existent plus et où un gamin...

Dans la brume – Une tempête émotionnelle

Daniel Roby / 1h29 / Sortie en salle le 4 avril.   Le cinéma de genre français se meurt, répète-t-on depuis plusieurs années. Et pourtant Grave, et pourtant Les Garçons Sauvages, et pourtant Dans la brume, le dernier né de cette vague de films français qui réinventent à leur façon les codes d’un cinéma encore boudé dans les salles, et tentent d’entretenir la flamme d’une passion pour le genre qui ne demande qu’à être ravivée.   C’est ainsi que Dans la brume, court et fulgurant film d’une heure et demie, propose une immersion réfléchie et maîtrisée dans un Paris envahi par une brume opaque et toxique qui tue tout être humain qui a le malheur de la respirer. Au cœur de ce nuage mortel tentent de survivre Matthieu, Anna et leur fille Sarah, atteinte d’un syndrome à cause duquel elle doit vivre dans une bulle stérile, coupée du reste du monde.   Un synopsis classique ? Certes. Mais pour un traitement remarquable, avec certaines belles trouvailles à la clé. Le réalisateur québécois arrive à allier le côté prenant du survival movie à l’américaine à la sensibilité d’un drame à la française, dans un mélange des tons dont on redemande. Un soin particulier est porté aux détails, aux réactions les plus sincères, insignifiantes mais réelles, à des instants d’humanité qui manquent aux grands blockbusters : une histoire de tatouage, une fascination pour la brume ou de triche à la bataille navale.   On ne peut que s’enthousiasmer pour la façon dont Daniel Roby promène sa caméra, avec des plans panoramiques comme des gros plans émouvants, et une façon de filmer Paris assez...

Razzia – Inutile de se soulever?

En 2015 à Casablanca au Maroc, alors que les manifestations se multiplient dans les rues, le récit entremêlent les histoires de plusieurs protagonistes luttant, chacun à leur manière, pour leur liberté, leur bonheur. Histoire d’une sourde colère qui monte … « Les montagnes sont devenues muettes ». Ce constat accablant est au cœur de Razzia et ce dès son ouverture, où un flash-back nous montre les déchirements d’un jeune professeur, Abdallah, soudain contraint d’enseigner en arabe aux enfants berbères. Ne pouvant plus enseigner la poésie, les sciences, l’écoute des choses, Abdallah devient malgré lui un endoctrineur : la religion partout, pour expliquer tout, et l’arabe comme seule langue reconnue. Là réside la razzia : c’est la possibilité de s’ouvrir au monde qui a été pillée, bafouée. Razzia est un film sur la colère qui monte, à laquelle Nabil Ayouch a l’intelligence de donner une dimension humaine. Ceci se traduit par un réel souci pour les personnages porté par la mise en scène. Celle-ci s’attache à leur rendre leur noblesse, alternant entre des plans serrés souvent cadrés sur les visages (symbole privilégié de l’humanité), et des plans laissant suffisamment d’espace aux acteurs pour que l’émotion survienne. Savant équilibre ici brillamment respecté. Une proximité s’instaure ainsi entre le spectateur et les divers protagonistes, rendant insupportables à celui-ci les injustices subies par ces derniers. Les injustices, la souffrance, devenue ordinaire, de ces marocains prennent corps à travers des détails, des scènes de vie, qui éparpillent un récit intelligemment construit. C’est un restaurateur juif dont on refuse les avances quand la confession est découverte. C’est une femme qu’on insulte dans la rue, qu’on rabaisse au cimetière....

Tomb Raider – Lara Croft 2.0

Le père de Lara, Richard Croft, a disparu depuis 7 ans en voulant trouver la tombe d’une impératrice japonaise, Himiko, en plein milieu de la Mer du Diable en Asie du Sud-Est. Mais Lara a toujours eu du mal à accepter et passer à autre chose. Mais en découvrant une pièce secrète dans la crypte familiale renfermant les travaux de son père, il se peut qu’elle ait trouvé une piste pour remonter jusqu’à lui. Et découvrir les sombres secrets de la tombe d’Himiko… Totalement rebootée, Lara Croft nous revient plus fraîche que jamais. Désormais plus jeune, totalement british (l’accent vaut de l’or) et livreuses de repas à vélo (non je ne citerai pas de marque mais vous avez compris), c’est totalement ancrée dans la culture « millenials » que nous apparaît la nouvelle Tomb Raider, incarnée par Alicia Vikander. Vikander n’est pas Britannique et pourtant elle s’est forcée à adopter un accent londonien parfait. Ainsi qu’une grande forme physique par ailleurs, dans l’ambition de tenir la route et de rendre justice au personnage iconique de jeu vidéo. En cela elle diffère assez des précédentes interprétations. Angelina Jolie était la Tomb Raider des premiers jeux : action réduite, du dialogue et des énigmes techniques comme humaines, sans parler de la poitrine en cône. Dans ce nouveau film, l’accent est mis bien moins sur les dialogues et plus sur l’action et notamment l’interaction avec l’environnement. En cela, Lara 2.0 diffère de ses alter ego cinématographiques précédents, mais pas de la franchise vidéo-ludique dont est tiré le personnage et c’est ce premier point que je désire aborder. Tout fan de jeu vidéo, et a fortiori...

Hostiles – La malédiction de l’Ouest américain

New mexico, 1892. Après avoir combattu les Peaux Rouges toute sa vie et à quelques mois de la quille, le capitaine de cavalerie Joe Blocker se voit imposer par ordre du Président Harrison de reconduire un prisonnier Cheyennes, Yellow Hawk,  et sa famille dans ses terres sacrées au Montana. A la tête d’une petite escorte, Blocker va traverser l’Ouest américain, au gré de rencontres et de pertes, toutes toujours violentes… Scène d’introduction. Rosalie Quaid (Rosamund Pike) donne la leçon (en français) à ses petites filles en berçant son petit dernier. Son mari scie du bois dehors et tout semble tranquille. Mais pas pour longtemps. Des cavaliers Comanches débarquent au triple galop pour voler les chevaux et tout brûler. Ils ne font qu’une bouchée du fermier, arrachent son scalp sanglant sous nos yeux. La famille fuit vers les collines. Que peuvent bien faire une femme et des enfants ? Qu’a cela ne tienne, les Comanches, très bons tireurs, abattent les deux petites filles dans le dos, dans l’impuissance de la mère qui se retourne, juste à temps pour qu’une balle vienne se loger dans le couffin. Terrible. Impossible de ne pas voir la tache rouge qui s’étend sur le linge, de ne pas sentir le cœur qui s’arrête de battre de la mère, morte en même temps que ses enfants. Pourtant elle court. La caméra fébrile la suit dans la forêt et montre son attente interminable alors que les Comanches, décidés à finir le boulot, passent la forêt au peigne fin. Le champ/contre-champ est interminable. Elle survit. Mais est-elle encore capable de vivre ? Le film commence très fort. Le réalisateur ne...