Une affaire de famille – Palme d’Or 2018

Un film d'Hirokazu Kore-eda. Date de sortie : Prochainement. Durée : 2h01. Je me rappelle avoir rédigé une critique sur un autre film de Kore-eda, APRÈS LA TEMPÊTE, il y a deux ans, toujours au festival de Cannes. J’avais été assez subjugué, malgré un rythme un peu lent, par la mise en scène des relations familiales, par l’amour qui semblait se dégager de ce cinéma japonais. Puis je n’ai jamais revu un film de Kore-eda : ni THE THIRD MURDER sorti dans les salles françaises très récemment, ni ses films plus anciens considérés comme de grands films (STILL WALKING, NOBODY KNOWS). Son dernier ouvrage a remporté hier soir la Palme d’or au 71èmeFestival de Cannes. J’avais personnellement deux « chouchous » pour la Compétition officielle : le film de Kore-eda et le dernier film de la compétition, LE POIRIER SAUVAGE, du Turc Nuri Bilge Ceylan, un film très bavard mais magnifique, sur la beauté de la vie malgré les doutes qui nous assaillent et sur la création artistique. Le jury présidé par Cate Blanchett a décidé, pour des raisons obscures, de ne donner aucun prix au film de Ceylan. La Palme d’or récompense ici un film sur la famille, un film sur l’amour, car c’est bien cela qui lie tous les personnages. Une famille de voleurs récupère et accueille une petite fille abandonnée et violentée par ses parents, Yuri. On ne connaît pas vraiment les liens qui unissent les personnages habitant tous dans une petite maison : une grand-mère, les deux filles de celle-ci, dont une mariée à un ouvrier du bâtiment et une autre travaillant dans un peep-show,...

Avengers : Infinity War – La grâce des Dieux Déchus

Joe et Anthony Russo 2h36 Sortie en salle le 25 Avril 2018 Synopsis : Le Marvel Cinematic Universe est en plein chamboulement depuis Avengers 2. Hulk s’est perdu dans l’espace, Asgard s’est effondré et Thor règne sans royaume, Tony Stark s’est retranché au nouveau QG des Avengers et a recruté le jeune Spider Man, Captain America et ses fidèles font bande à part depuis Civil War et, au milieu de tout ça, Doctor Strange a sauvé le Monde, les Gardien de la Galaxie ont sauvé l’Univers et Black Panther…le Wakanda et la stratégie de communication de Marvel (ce qui est en fait le plus important). Au milieu de cet univers éclaté, au plus mauvais moment donc, Thanos a enfin décidé de se mettre en mouvement. La plus grande menace jamais rencontrée par les Avengers sera-t-elle trop forte pour eux ? SPOILER !!! Désolé mais je préfère  préciser de nouveau qu’on ne peut parler de ce film sans en évoquer des éléments cruciaux. Si vous n’avez donc pas vu le film et que vous souhaitez découvrir par vous-même ce qui s’y passe, ne continuez pas à lire et sachez (pour la faire courte) que je le recommande fortement ! Maintenant, l’avertissement passé, on peut se jeter sur ce gros morceau que nous donne l’écurie à blockbuster Disney Marvel. Quoi de plus paradoxal, pour commencer, que d’annoncer Avengers 3 (1èrepartie) des années en avance, d’en faire des teaser réguliers et pourtant de n’en rien savoir du contenu ? Une majorité des bandes-annonces des blockbusters hollywoodiens vous dévoile tout le film. C’est frustrant. Ici, au contraire, le secret parfait a entouré ce...

Don’t worry, he won’t get far on foot – « It’s hard teaching people faith »

Gus Van Sant / 1h54 / Sortie en salle le 4 Avril 2018. C’est un Gus Van Sant convalescent qui nous revient avec ce Don’t Worry, He Won’t Get Far on Foot. Convalescent, oui, car après la relative déception provoquée par Nos Souvenirs, le réalisateur revient avec une histoire dont il nourrit le projet depuis 20 ans et qui s’inscrit parfaitement dans sa filmographie : celle de la vie bien réelle de John Callahan, illustrateur satirique américain à l’humour piquant, tentant de se débarrasser de ses vieux démons et d’un alcoolisme, qui lui a coûté l’usage de ses deux jambes, en intégrant un groupe d’alcooliques anonymes.   Une histoire sur les laissés pour comptes, les marginaux, les mal aimés, qui ont toujours retenu l’attention de Gus Van Sant ; mais une histoire dont le caractère sombre est largement atténué par une forme douce-amère, une apparence de feel good movie mainstream, qui agacera peut-être certains, mais qui contient bien plus et laisse entrer l’air et un peu de lumière là où le personnage n’en voit pas. Car nous ne vivons pas l’action du point de vue du protagoniste. Nous assistons de l’extérieur à sa chute et à sa résurrection, nous remarquons les issues de secours là où il ne les voit pas, nous sommes le regard extérieur qui perçoit une forme de cohérence dans le chaos de sa vie. Un chaos ivre, très bien retranscrit par un montage kaléidoscopique, halluciné, angoissant, pièces de puzzle d’un homme en miettes, qui saura pourtant mettre du sens dans l’apparent désordre de sa vie.      Le mouvement que suit le film n’est pas ascendant,...

Candelaria – La jeunesse a-t-elle un âge?

Johnny Hendrix Hinestroza / 1h27 / 4 Avril 2018. Candela est une coquette femme d’environ 70 ans. Son époux Victor Hugo et elle vivent une vie paisible bien que précaire dans le Cuba sous embargo de 1995. Qu’importe le peu de nourriture, ils ont leur amour. Et leurs poussins. Oui, Candela a recueilli des petits poussins tout jaunes, tout doux, qu’elle chérit individuellement, même si c’est illégal dans un pays communiste où la propriété privée est méprisée. Mais les petits commerces sous le manteau font légion, et tout le monde ferme les yeux, y compris sur ceux que fait Victor Hugo avec ses cigares “tombés du camion”depuis la manufacture où il travaille. Candela, elle, est employée dans un hôtel ; elle est lingère. Un jour, elle fait une découverte au milieu des draps àtrier : un camescope. Et elle décide de le garder, sachant pourtant pertinemment l’illégalité de sa manoeuvre (et la somme qu’elle pourrait en tirer si elle le vendait au marché noir). Ce camescope se révèle être un détonateur dans leur vie de couple et à l’amour platonique va s’ajouter l’amour charnel, oublié depuis longtemps dans ce couple de personnes âgées qui ont quand même 150 ans à eux deux ! Finalement, ce qui brille dans ce film ce n’est pas tant l’histoire d’une vie que la tendresse infinie qui transparaît à travers l’écran. C’est un véritable tour de force que de réussir à transmettre ce sentiment si doux, si subtil, si rarement représenté, et pourtant c'est ce que fait le réalisateur colombien Jhonny Hendrix Hinestroza.   Une autre de ses réussites tient au fait de montrer...

Red Sparrow – Un film qui nous fait voir rouge ?

John Lawrence / 2h21 / Sortie en salle le 4 Avril 2018. Dominika est soliste au sein de la prestigieuse compagnie de danse classique du Bolchoï, mais il suffit d’une mauvaise réception de son partenaire pour que sa jambe soit brisée, et avec elle ses rêves de carrière, sa sécurité financière et sa possibilité de s’occuper de sa mère malade. La jeune femme n’hésite donc pas longtemps lorsque son oncle, agent secret russe, lui propose d’intégrer une formation très spéciale qui fera d’elle une espionne hors-normes… Mais évidemment, dès lors que Dominika met le doigt dans cet obscur engrenage, la machine s’emballe et les doubles jeux se multiplient…   Red Sparrowest un film déconcertant, dont on sent qu’il veut à la fois rendre hommage aux codes du film d’espionnage opposant Américains et Russes dans une vague ambiance de Guerre froide, mais aussi briser ces mêmes codes, tenter de se forger une imagerie iconique, des thèmes particuliers. Et malgré toute la bonne volonté que met son réalisateur dans cette optique, force est d’avouer que le résultat est mitigé.   Le film offre de solides qualités, notamment son travail esthétique, avec une composition irréprochable, une réalisation maîtrisée et une photographie convaincante. On a même droit à des plans pratiquement iconiques – pour ceux qui ont déjà vu le film, on peut penser à celui avec la voiture qui file entre deux étendues de neige – et de manière générale à une image d’une grande qualité qui facilite considérablement l’immersion.   Red Sparrow jouit en effet d’une vraie capacité à plonger son spectateur dans l’expérience qu’il offre, le maintenant cloué à son...

Ready Player One – Game Over ?

Réalisé par Steven Spielberg /  Durée : 2h21 /  Sortie en salle le 28 Mars 2018 /  Avec Tye Sheridan, Olivia Cook, Ben Mendehlson …       La nostalgie est une monnaie très puissante ces derniers temps à Hollywood. Entre remakes à foison tirant sur la corde avec plus ou moins de subtilité et suites de films vingtenaires comme Jurassic World, Hollywood semble avoir compris que bien utilisée, la nostalgie pouvait rapporter gros. Mais que se passe-t-il lorsqu’un produit de cette même industrie ne se cache pas d’utiliser la nostalgie comme pierre angulaire de son récit ? Que se passe-t-il lorsque qu’un vétéran du cinéma s’attaque à un film célébrant toute une époque qu’il a lui même participé à construire ? Ready Player Oneest, dans ce sens, sûrement le projet le plus atypique d’Hollywood cette année. Déjà mitraillé de critiques avant sa sortie pour n’être qu’un ramassis décérébré de références geek pour amadouer les aficionados de pop-culture, l’adaptation du livre de Ernest Cline semblait mal partie surtout après une campagne marketing peu subtile et allant vers le sens de ses détracteurs. Force est de constater, néanmoins, que certains ont oublié qui est derrière le projet et Spielberg, fort de ses 71 ans, va essayer de prouver à ses détracteurs que l’âge n’est qu’un nombre. Bienvenue dans l’OASIS. Le film suit l’histoire de Wade Watts, adolescent vivant dans un Ohio dystopique dévoré par les crises énergétiques et humanitaires. Dans ce monde où la réalité est laissée à l’abandon, subsiste quand même une échappatoire pour la population : l’OASIS. Système de réalité virtuelle où les barrières de l’imagination n’existent plus et où un gamin...