The Party – Méfiez vous de vos amis

Janet vient d’être nommée ministre de la santé, l’aboutissement de toute une carrière. Elle réunit avec son époux Bill quelques amis proches. Mais la fête prend un tournant inattendu. En entrant dans la salle obscure, je m’attendais à une avalanche de révélations, de secrets cachés, à une comédie jouissive par la déliquescence des relations entre les personnages. En sortant de la salle, je n’ai pas été déçue. Oscillant avec brio entre le drame et la comédie, The Party est un film qui se regarde avec délice et dont les une heure et onze minutes passent à une vitesse incroyable. Sa structure séduit immédiatement, puisque le film s’ouvre et se ferme sur l’image de Janet, l'hôtesse du dîner, qui pointe un pistolet sur nous, à la fois tremblante et bouleversée. Entre ces deux scènes parallèles, on découvre comment cette femme qui vient d’être élue ministre de la santé en est arrivée là. Comme on peut s’y attendre, le début du film est tranquille, on attend aux côtés de Janet l’arrivée de ses invités. Les images et situations se mettent à accélérer au moment exact où tous les invités se trouvent réunis dans la même pièce et laissent éclater leurs secrets. Toutes les vérités dissimulées se dévoilent petit à petit en même temps que la situation s’envenime. Mon imagination débordante, à l'affût du moindre indice et sous-entendu m’a permis de deviner la fin avant qu’elle ne soit annoncée clairement, mais ça ne m’a pas empêchée de profiter pleinement du film, toujours tenue en haleine par l’attente du prochain rebondissement. Les acteurs sont excellents et campent avec beaucoup d’humour leur personnage. Chacun...

« ÇA » – de l’origine de la peur

« It », (« Ça » en français) est un film d’Andrés Muschietti sorti en salles le 20 Septembre 2017. Adapté du roman éponyme de Stephen King, il a été précédé d’une mini-série au début des années 1990 « Il » est revenu, de Tommy Lee Wallace. Dans la petite ville de Derry, Maine, un après-midi d’Octobre 1988, Bill Denbrough aide son petit frère Georgie à faire un bateau en papier. La tempête fait rage dehors mais c’est le temps idéal pour aller promener son petit bateau dans les rigoles de la chaussée après tout ? Bill est malade, il ne peut suivre Georgie alors ce dernier se lance à l’assaut de la rue. Pataud, le petit Georgie se prend une barrière en pleine tête, juste assez longtemps pour voir son bateau disparaître dans la bouche d’égouts. Plein d’espoir, Georgie se penche pour trouver son bateau, mais c’est Grippe-Sou le clown qu’il va trouver. Et c’est Georgie qu’on ne retrouvera plus… Huit mois plus tard c’est l’été 1989 à Derry et Bill est toujours à la recherche de son frère avec sa bande d’amis, alors que « Ça », cette menace sans nom et sans forme, se déchaîne plus que jamais sur la ville.   « It » nous parle de la peur, dans son sens le plus physique. Grippe-Sou, qui est semble-t-il la forme la plus courante de « ça », est un clown, ce qui n’est pas un choix au hasard. Quelle peur plus emblématique que la coulrophobie ? (Oui, ceci est le fruit d’une recherche internet.) Mais comme tout le monde n’a pas peur des clowns particulièrement, le « ça » sait se transformer en ce qui vous angoisse le plus. Et...

Mother! – Le malaise de la création ou la création du mal

Une maison, un mari et une femme, personne à des kilomètres à la ronde. Il est libre de se consacrer à sa création littéraire, elle à la réparation de l’antique demeure. De leur nid d’amour. Et puis surgissent des intrus. Et tout s’effondre. Pas besoin d’en savoir plus avant de tenter l’expérience unique et déstabilisante qu’est Mother !, le dernier long-métrage de Darren Aronofsky. Le réalisateur de Black Swan, entre autres, livre ici un objet unique en son genre, tour à tour révoltant et fascinant, qui n’a d’autre but que de secouer son spectateur jusqu’à l’hébétude. Une chose est certaine : ce film divisera. Il ne vous offrira certainement pas le genre de séance dont l’on ressort en se disant que c’était « correct » ou « pas mal ». Non. Vous en ressortirez au choix profondément révolté, ou exalté, ou bouleversé, et probablement en proie à un subtil mélange de ces trois sentiments que vous serez incapable d’analyser. Aronofsky s’attaque en effet à ce que le genre humain a de plus sombre et insondable, utilisant tout un ensemble de symboles ambigus mais toujours parlants pour soutenir son propos. Un avertissement cependant : Mother ! n’est pas destiné aux âmes sensibles : la violence tant psychologique que physique est au rendez-vous dans ce film, qui n’est rien d’autre qu’une lente spirale d’(auto)destruction. Difficile donc de tomber d’accord avec l’ensemble des propositions du film. Certains choix vous dérouteront, d’autres vous séduiront, certains symboles auront une signification claire et évidente à vos yeux tandis que vous ne parviendrez pas à en comprendre d’autres après des jours de réflexion. Mother ! est un film qui accompagne son spectateur bien après son générique...
Dunkerque – Le pouvoir du son

Dunkerque – Le pouvoir du son

Le récit de la fameuse évacuation des troupes alliées de Dunkerque en mai 1940. Après le chef d'œuvre Interstellar sorti en 2014 qui s'inscrit dans une lignée de quasi sans faute dans sa filmographie, Christopher Nolan était attendu comme à son habitude pour la sortie de son nouveau film. On peut dire que Dunkerque (Dunkirk en VO) surprend son monde et en premier lieu par son propos. En effet, le réalisateur a choisi de s'attaquer au registre du film de guerre en reconstituant un épisode peu connu de la Seconde Guerre mondiale, l'évacuation de Dunkerque en 1940. Nolan surprend aussi en réalisant un film sans réel scénario - ou du moins avec un scénario très simpliste quand on pense à ses précédentes productions. Ici le cinéaste prends le parti de vouloir retranscrire l'ambiance la plus fidèle possible. Et pour le coup on peut dire que c'est réussi car pendant 1h46 on est immergé dans le plus terrible conflit que le monde ait connu sans jamais en émerger. Le sentiment d'angoisse est omniprésent notamment grâce aux scènes aquatiques quand les navires coulent ou encore quand on se demande si les protagonistes vont survivre - bien que peu développés donc peu attachants mais là n'était pas le but de Nolan a mon avis. Les dialogues se font alors rares et c'est ainsi le "son" qui est le personnage principal du film. Oui vous lisez bien ! Le travail sur l'ambiance sonore est extraordinaire, les bruits des explosions et des balles viennent saturer les oreilles et la bande son de Hanz Zimmer corrobore le tout. Fidèle des films de Nolan, le compositeur...
120 battements par minute – Survoltés

120 battements par minute – Survoltés

Début des années 90. Alors que le sida tue depuis près de dix ans, les militants d'Act Up-Paris multiplient les actions pour lutter contre l'indifférence générale. Nouveau venu dans le groupe, Nathan va être bouleversé par la radicalité de Sean. Le sida. Tout le monde en a déjà entendu parler, tout le monde sait qu’il faut s’en protéger. Pourtant, il y a seulement quelques années, le fléau était presque anonyme. Contre cette catastrophe, des voix se sont élevées, dont celles des militants d’Act Up-Paris, un collectif de lutte contre cette maladie fondé en 1989. C’est ce thème que Robin Campillo a choisi de traiter dans son troisième long métrage. La tâche n’était pas aisée tant il fallait naviguer entre les personnages et l’Histoire. Le film parvient également à contourner habilement le piège de la mémoire tant le portrait de l'époque qu'il dresse semble juste. Et, alors que les histoires vraies ont tendance à être complaisantes ou biaisées, celle-ci est époustouflante, de la première à la dernière scène de ces 2h20 de film. Le Grand Prix du Jury était donc bien la moindre des choses. Le sujet d’emblée interpelle : le sida, c’est triste. Va-t-on tomber dans le pathos? ou les clichés sur le monde LGBT ou encore le monde militant? Rien de tout ça. Campillo humanise la lutte en en montrant les coulisses : les réunions hebdomadaires, la préparation des actions, le quotidien des militants… Rien n’est caché au spectateur, qui se glisse le temps d'un film dans une joyeuse bande habituée à la lutte : contre la maladie, contre les clichés à la peau dure, contre l’immobilisme. Une...

The Beguiled – Coppola peint la femme

Avec The Beguiled, en compétition pour cette 70e édition du Festival de Cannes, Sofia Coppola filme avec subtilité la modification des liens entre les femmes d’une pension lorsqu’un homme blessé y fait irruption. L’action se déroule dans le Sud des Etats-Unis, en Virginie. Alors que la guerre civile divise le pays, la petite Amy retrouve un soldat Yankee mourant dans les bois et le ramène à sa pension de jeunes filles. En vertu de la charité chrétienne qui conduit leur vie, les jeunes femmes, dirigée par l’héritière des lieux Miss Martha, décident de venir en aide au soldat et de ne pas le livrer à l’armée du Sud. Interprété par Colin Farrell, le séduisant Caporal attise le désir des pensionnaires qui essaient de le séduire. C’est l’occasion pour Coppola filmer avec des touches d’humour, la façon dont les femmes changent de comportement et de tenue afin de plaire. Chacune essayant d’attirer le regard sur elle, la solidarité du groupe se disloque jusqu’à cela devienne une véritable menace contre laquelle elles se voient dans l’obligation de se prémunir. D’emblée, le film nous plonge dans une atmosphère aussi sublime que lourde et pesante. Les plans s’attardent, et on s’en réjouit, sur le magnifique cadre qu’est la pension Farnsworth, bâtie selon l’architecture typique du Sud des Etats-Unis. Colonnades blanches, briques rouges, saules pleureurs éclairés par une lumière rasante nous plongent dans le Sud esclavagiste. Le choix de cette région participe à instaurer un climat lourd qui insiste sur le poids sous lequel se trouvent les jeunes femmes. Encore très contraintes par les normes sociales, la maîtrise du français, de la couture et...