Bohemian Rhapsody – Un film à Queener de bonheur

Bryan Singer / 2018 / 2h14 / On l’attendait. On le guettait. On le fantasmait. On le redoutait, sans doute, un peu aussi. Et le voici enfin. Le biopic de Freddie Mercury, l’histoire du groupe mythique Queen enfin portée à l’écran, pendant plus de deux heures, avec une bande-son que l’on connaît par cœur mais que l’on redécouvre avec autant de ravissement que lorsqu’on l’a découverte pour la première fois, près de vingt ans de légende, et une reconstitution historique à se damner. Pourtant, on revient de loin. L’élaboration même du film fut pour le moins chaotique, avec les conflits entre l’acteur principal et le réalisateur Bryan Singer, le départ dudit Bryan à deux semaines de la fin du tournage et son remplacement de dernière minute par Dexter Fletcher, mais le résultat est enfin là. Alors, ce film, que vaut-il, me demanderez-vous, avides cinéphiles et mélomanes que vous êtes. Je vais vous le dire. C’est, à l’image de la carrière de Freddie Mercury sans doute, un long-métrage splendide à tous points de vue, porté par une réalisation magistrale, dont les plus de deux heures défilent sans même que l’on y pense, et qui offre l’une des expériences cinématographiques les plus fortes et les plus immersives de l’année. En tant qu’individu absolument non-objectif concernant Queen, je ne peux que vous le confesser : j’ai adoré ce film, et j’ai passé une séance absolument mirifique. Cela n’empêche bien évidemment pas le long-métrage d’avoir un défaut principal, qui n’entache rien au plaisir que l’on retire du visionnage, mais qui aurait sans doute pu faire de ce très beau film un film culte,...

Cold War – Une fable de l’exil nécessaire

Pawel Pawlikowski / 2018 / 1h28 / Cold War illustre dans l’écrin tourmenté de la Guerre froide le destin de deux amants polonais, une chanteuse au tempérament fougueux et un musicien idéaliste. On ne sait rien de leur passé, et peu de chose de leur présent. A la manière d’un diaporama d’images mouvantes, le cinéaste nous présente des séquences de la vie de Wiktor (Tomasz Kot), où Zula (Joanna Kulig) apparaît dans un encadrement de porte, comme par magie, après des années d’absence. Puis elle disparaît de nouveau. Ces longues ellipses sont visuellement marquées par un écran noir, qui revient comme un ostinato, année après année, marqueur de la censure d’une histoire d’amour par son contexte géopolitique. Cold War n’est pas un film qui se noue autour du sentiment amoureux. Il est froid comme son titre. On aura d'ailleurs du mal à éprouver de l’empathie pour les personnages, tant le film rompt la continuité de l’intrigue, la hachant en petits bouts. C’est dommage sans doute, mais il faut reconnaître que le but de Pawel Pawlikowski est autre. A partir d’une histoire d’amour, il cherche à nous montrer une époque divisée entre deux modes de vie antagoniques, et qui plonge les personnages transgressifs dans un no-man’s-land identitaire – à l’image de Wiktor, qui dans son exil parisien se retrouve bientôt ni français, ni polonais. Le film dépeint la difficulté de s’arracher à un pays que l’on aime au nom d’idéaux politiques, et la difficulté d’y revenir en renonçant à un ailleurs rêvé, spectre d’un monde libre. Le rideau de fer devient alors une frontière métaphysique. Cold War a une ambition...

The First – Les pieds sur Terre, la tête dans les étoiles

Beau Willimon / 2018 / Réalisée par Beau Willimon, créateur de House Of Cards, The First, série de huit épisodes, est sortie il y a moins d'un mois sur nos écrans. Dans un futur proche, une jeune dirigeante déterminée de la NASA se lance avec toute son équipe dans un projet révolutionnaire : celui d'envoyer des missionnaires sur Mars afin de trouver un endroit viable pour une humanité en perpétuelle augmentation. Avec son sujet de science-fiction par excellence, The First laisse tout à penser qu'elle se rapprochera des grandes épopées intergalactiques telles que Gravity ou Apollo 13. Et pourtant, s'ouvre une série astronomique au réalisme époustouflant et au charme envoûtant. Loin d'avoir la tête dans les étoiles, comment Willimon nous fait-il garder les pieds sur Terre ? Un réalisme subjuguant  Le lancement, les problèmes d'équipage, le quotidien des astronautes : telles étaient les attentes de nombre de spectateurs lorsqu'ils ont lancé sur leur ordinateur cette nouvelle série américaine. Le générique, avec sa bande-son profonde à la Hans Zimmer et ses couleurs parme bleuté, leur a même laissé croire un instant au scénario original de la conquête spatiale. Mais la pression retombe rapidement : la fusée qu'on aurait dû prendre explose en plein vol. Et tant mieux, car cela aurait été trop facile, trop attendu, bref inutile. Un choix innovant La série s'attache davantage à nous montrer les coulisses des missions aérospatiales que les péripéties des cosmonautes en orbite. Aussi, il s'agit de mêler sphères politique et psychologique pour mettre en avant les enjeux sociaux et humains soulevés par les expéditions. Avec des airs de Sully (Clint Eastwood), les moindres détails des procédés nous sont livrés, tandis que les financements peinent à être levés. Pour que...

L’Amour Flou – Le sépartement : la fin de la vie commune?

Romane Bohringer et Philippe Rebbot / 2018 / 1h37 / Ils ont vécu ensemble pendant dix ans et ont eu deux enfants. Et maintenant, ils ne s’aiment plus, tout simplement. Ou en tout cas, plus de la même façon, plus comme des amoureux… Bref ! Plus assez pour continuer à vivre ensemble. Philippe Rebot et Romane Bohringer ont filmé ce moment si spécial dans leur vie, leur séparation, sous forme d’un docu-fiction déjanté, léger et tendre. A voir à tout prix. Ce qu’ils ont fait de leur vie commune était déjà, on peut le dire, singulier : pour que leurs enfants souffrent le moins possible de leur séparation, le couple d’acteurs a choisi de faire construire un “sépartement”, deux appartements particuliers reliés par la chambre de leurs enfants. Seulement, ils ont eu l’idée de filmer tout le processus de construction de leur création, des travaux jusqu’aux premiers mois de vie semi-commune, et d’y insérer de la fiction. Il y a beaucoup de vrai, et un peu d’inventé là-dedans, mais l’objectif était le suivant : faire un film sur la tendresse, sur ce qu’il reste d’un amour suffisamment grand leur ayant permis de faire deux enfants ensemble, et sur la possibilité de ne pas finir une histoire sur un déchirement total. C’était pour eux une façon de partager quelque de chose de fort, encore, alors même qu’ils se séparaient ; mais ils ont osé le faire car ils avaient la conviction que leur histoire saurait parler à tous, transcenderait une expérience tout à fait partageable. Et c’est ce qui est très réussi dans cet Amour Flou : l’évitement de l’impudeur. Car...

Le grand bain – Un pavé dans la piscine

Gilles Lellouche / 2018 / 2h02 / Une dizaine d’hommes, tous plus ou moins ébréchés par la vie pour des raisons diverses et variées. Leurs femmes, enfants, parents, un peu atterrés, un peu compatissants, un peu exaspérés. Deux anciennes championnes de natation, abîmées elles aussi, mais qui brûlent encore de réussir, de monter sur le podium. Et pour les rassembler, une piscine municipale. Et une discipline : la natation synchronisée. C’est avec ce scénario improbable mais réjouissant à plus d’un titre que Gilles Lellouche signe sa première réalisation solo, qui avait déjà conquis la Croisette en mai, des mois avant sa sortie en salles. La critique est assez unanime, le public semble suivre : est-ce donc à raison que ce film met l’eau à la bouche ? Nos héros au creux de la vague vont-ils réussir à surfer sur le succès ? (Bad puns intended.) Avant tout, il faut saluer l’incontestable : Le Grand Bain fait clairement partie du haut du panier des comédies françaises actuelles, et à ce simple titre, il mérite les bons échos qu’il reçoit. Ses deux heures défilent avec une véritable fluidité, et même quelques rires sincères, et dans l’ensemble, il parvient plutôt bien à faire exister des personnages attachants et à les faire interagir avec sensibilité. Le problème principal du film est également sa qualité la plus remarquable : son rythme. Un format de deux heures peut paraître plutôt confortable pour construire une histoire, mais lorsque l’on choisit comme Lellouche de tourner un film choral avec une douzaine de personnages principaux, force est de constater que le temps pour développer chacune de ces figures vient à manquer. Le...

Le Procès contre Mandela et les autres – Black Lives Matter

Nicolas Champeaux et Gilles Porte / 2018 / 1h43 / “Amandla Ngawethu!”, soit “Le pouvoir est à nous!” en xhosa et en zoulou. Voilà la célèbre phrase scandée par les membres du Congrès national africain et le peuple au cours de manifestations qui eurent lieu en Afrique du Sud sous le régime de l’apartheid. Le Procès contre Mandela et les autres, également connu sous le nom de L’Etat contre Mandela et les autres, est le titre d’un film réalisé par Nicolas Champeaux et Gilles Porte et qui est en compétition officielle à Cannes. Il revient sur un évènement marquant de cette sombre période de l’histoire sud-africaine, à savoir le procès de Rivonia. Au cours de ce procès qui se déroula entre octobre 1963 et juin 1964 devant la haute cour du Transvaal, furent jugés les chefs du mouvement anti-apartheid, dont Nelson Mandela. Le nom de Mandela a capté mon attention dès le premier regard, ce nom étant celui de l’homme comptant le plus pour les africains. Je me souviens encore du jour de sa mort, et d’une amie qui pleurait dans mes bras tellement elle était attristée. Nous étions en troisième et je ne connaissais alors cet homme que de nom, sans savoir vraiment quel combat il avait mené. Eh oui, Mandela est un grand oublié des programmes scolaires, à l’instar de la lutte contre l’apartheid ; Martin Luther King et ses prêches sur la non-violence sont beaucoup plus séduisants. Alors, pour une fois que j’avais la chance d’en connaître plus sur Mandela, j’ai sauté sur l’occasion ! Le film démarre, l’écran est noir. Un homme parle, présentant le contexte...