Edito Février 2018 – Y a-t-il encore un cinéma engagé?

Y a-t-il encore un cinéma engagé ? Si nous nous avisions de poser la question aux autorités du bon goût cinématographique (qu’on trouvera normalement à proximité des cinémas du quartier latin), celles-ci nous répondraient sans aucun doute que ce dernier est mort et enterré en Occident. Sardoniques, elles ajouteraient même qu’une simple comparaison des films des années 60 à 80 à ceux d’aujourd’hui suffirait à s’en rendre compte. D’un côté, il n’y a que verve dénonciatrice, propos militant et sujet polémique, tandis que de l’autre, les œuvres respirent la bien-pensance, le conformisme, et l’absence de polémique. Soit, concédons-leur ce fait. Mais tâchons aussi d’approfondir cette idée réductrice, car le sujet est bien plus complexe qu’il n’en aurait l’air … Qu’est-ce donc que ce cinéma qu’on qualifie « d’engagé » ? C’est un genre qui lie le cinéma comme art à la politique comme enjeu. En d’autres termes, c’est un cinéma dont le propos dénonce, met en lumière des injustices, prend position. En conséquence le cinéaste apparaît comme un militant ou (pour reprendre un terme passé de mode) un « intellectuel », quelqu’un qui déploie un savoir afin d’agir sur le monde tel qu’il lui apparaît. Si nous nous en tenons à cette définition, force est de constater que le cinéma engagé n’est pas mort. De nombreux exemples récents attestent encore de sa présence : La Haine de Kassovitz qui dénonce la situation des banlieues, I, Daniel Blake de Ken Loach qui pointe les mutations de l’Etat-Providence, Le Caïman de Moretti sur l’influence berlusconienne en Italie, I Am not your negro de Raoul Peck traitant de la lutte noire pour les droits civiques, La Graine et...

Le sexisme au cinéma

L’affaire Weinstein aura été l’occasion d’une grande libération de la parole.  Le 7 janvier, Natalie Portman, sur scène pour remettre le Golden Globe du meilleur réalisateur, annonce « et voici les hommes nommés ». La salle applaudie bien que les principaux concernés restent quelque peu abasourdis tant la phrase est inattendue et assassine. L’actrice porte également du noir, d’après l’initiative lancée par Time’s Up, nouveau mouvement rassemblant déjà plus de 300 actrices pour financer un soutien légal aux femmes victimes de harcèlement sexuel sur leur lieu de travail. L’occasion pour nous de tenir un état des lieux nécessaire, tant sur l’industrie du cinéma que sur l’histoire de cet art si jeune. Un art de masses qui participe, sans que cela soit forcément volontaire de la part de ses auteurs, à la construction ainsi qu’à la perpétuation de stéréotypes. Enfonçons une première porte ouverte avec quelques chiffres. Très peu de femmes occupent les postes clés de l’industrie cinématographique. En Europe, quatre films sur cinq sont réalisés par des hommes. D’ailleurs, 95% des films sélectionnés au festival de Cannes ont également été réalisés par des hommes. Seules trois femmes ont été récompensées par la Palme d’Or sur 57 films primés. Jane Campion en 1993 pour sa Leçon de Piano en ex-aequo avec Chen Kaige pour Adieu ma concubine, et Léa Seydoux avec Adèle Exarchopoulos, en leur qualité d’actrices sur le film d’Abdellatif Kechiche, La Vie d’Adèle, en 2013. L’attribution des financements y joue peut-être un rôle, puisque seuls 16% en sont attribués à des femmes. Sur les dix acteurs les mieux payés en 2017, on relèvera qu’il n’y a aucune femme. Emma Stone,...

La crise d’Hollywood

Depuis quelques années, le cinéma Hollywoodien semble vivre une certaine régression. Les foules ne se ruent plus dans les salles l'été pour voir les blockbusters. Les suites sans fin se succèdent. La nostalgie des succès passés et d'époques créatrices, désormais révolues, devient de plus en plus marquée. Pouvons alors parler d'une perte d'originalité pour expliquer cette triste impression de remplissage ? Une analyse précise de la décennie actuelle révélerait que les innovations esthétiques ou scénaristiques ont déserté les studios californiens. Il serait pour autant présomptueux de parler de chute du géant américain. L'idée de déclin culturel serait plus appropriée. La notion sonnerait d'ailleurs très juste aux oreilles de tout parisien cinéphile. En revanche, cette vision décliniste correspondrait elle à la perception qu'a le « français moyen » d'un tel phénomène ? N'oublions pas que ce français moyen, qui paye à un prix exorbitant sa place pour aller voir des films de mauvaise qualité, existe et tend même à se multiplier comme du pop-corn. Mais plutôt que dénoncer bien injustement ces « salauds de pauvres » (pour reprendre l'expression d'Audiard) qui continuent à consommer en masse ces pellicules gaspillées, prenons au contraire un peu de recul sur la production actuelle du cinéma hollywoodien. Les symptômes de cette crise n'en deviendront que plus flagrants. Le signe le plus visible de cette crise a rapport aux films de super-héros. Rappelons nous qu'il y a quelques années nous sortions émerveillés de la salle venant de projeter Avengers. Les studios Marvel, alors récemment rachetés par Disney, avaient réussi à susciter un fort intérêt du public pour ces films d’un nouveau genre. L’apport de technologies comme la 3D et la prouesse...