Ellipse #12 – Il était une fois en Amérique – Un monde qui s’accorde à nos désirs

Il y a trente-deux ans, sortait le plus beau film de tous les temps : Il était une fois en Amérique. Leone signait son meilleur métrage et son œuvre testamentaire, avant sa disparition soudaine quelques années plus tard. A sa sortie, le film fut quelque peu méprisé par la critique. Puis progressivement, il acquit un certain statut. Mais Il était une fois en Amérique reste désespérément absent des classements sérieux des meilleurs films de l’Histoire, et négligé dans la filmographie du géant qu’est son réalisateur, non pas seulement un immense auteur de westerns mais aussi et surtout un immense auteur de films. Aussi, il s’agit de démontrer la qualité du métrage et la grandeur de Leone. Il s’agit d’assurer, trente-deux années après et définitivement, la place du film dans la catégorie très fermée des plus grands et des plus beaux, là-haut. Un film labyrinthe :    « Qu’as tu fait depuis tout ce temps ? » lui demande logiquement son ami Moe, après le retour de David Aaronson, trente-cinq ans après, en 1968. Silence long. « Je me suis couché de bonne heure » lui répond-il. Cette phrase rappelle sans hésitation possible la première phrase du roman de Marcel Proust, À la recherche temps perdu. D’autres références parsèment d’ailleurs le film, comme le « Noodles, ta maman t’appelle ». Et c’est bien de cela qu’il s’agit dans tout le film, pour Noodles, une recherche du temps qui s’est enfui, de la réalité qui s’est ternie, de l’amitié qui s’est effondrée, de la vérité qui s’est estompée. Le temps perdu, c’est les trente-cinq années d’exil. En somme, c’est la recherche d’une vie qui s’est arrêtée, trente-cinq ans...

Ellipse #11 – Eyes Wide Shut – Il est temps d’ouvrir les yeux

A la sortie du film, la majorité de la critique, tout en reconnaissant sa qualité, écrivait dans ses articles vouloir se laisser du temps pour apporter un jugement définitif, propos sensés tant la démarche critique doit inévitablement s’accompagner du recul qui lui est inhérente. Mais le temps est passé, et le dernier film de Stanley Kubrick est quelque peu tombé, sinon dans l’oubli, au moins dans une sorte de désuétude et de détachement par rapport à d’autres films du réalisateur, 2001 et Shining en tête. A l’exception de quelques uns, jamais les critiques ne sont revenus sur Eyes Wide Shut, et jamais l’œuvre n’a bénéficié d’une revalorisation critique, demeurant dans une sorte de brouillard opaque, un ersatz de No man’s land entre chef d’œuvre et bon film. Dix-sept ans sont passés, de nombreux films traitant aussi de la sexualité sont sortis au cinéma, 50 nuances de Grey par exemple, et le constat n’en est que plus confirmé : il est désormais temps d’ouvrir les yeux et de considérer le film comme il se doit, c’est à dire comme l’ultime éclair de génie, l’ultime brillant chef d’œuvre de Stanley Kubrick. Un film moderne et fascinant :    Eyes Wide Shut est sans doute le film du maître américain qui a, en proportion, le mieux vieilli pour un jeune spectateur contemporain. En effet, il est nécessaire de rappeler que le film a su ne jamais vieillir, demeurant d’une incroyable actualité, que ce soit au niveau esthétique, cinématographique, et surtout thématique. En effet, Kubrick aborde le sexe et l’abstinence, bien sûr, mais aussi les croyances et les illusions, le réel et l’irréel, le...

Ellipse #10 – A nos amours

Sorti en 1983, A nos amours est un chef d’œuvre et l’un des films majeurs de la filmographie de son réalisateur, Maurice Pialat. Trente-trois ans après sa sortie, A nos amours demeure une référence parmi les films sur l’adolescence, sur l’amour, sur la famille, sur la fuite du temps, sur la vie en elle-même, et témoigne d’une modernité toujours aussi incroyable. Le film consacre également un auteur, Maurice Pialat, qui se fait peintre, musicien, artiste, auteur, ainsi qu’une actrice à la jeunesse foudroyante, Sandrine Bonnaire. A nos amours n’a rien perdu de sa force, de son pouvoir de fascination, au contraire, et s’affirme avec le temps comme l’une des principales merveilles du cinéma français. L’adolescence folle :               A nos amours est avant tout un film sur l’adolescence : il relate en effet la vie de Suzanne, quinze ans, qui, à travers la recherche d’un équilibre, passe d’un garçon à l’autre, et doit évoluer dans un contexte familial difficile. L’adolescence est par définition, la période de la vie entre l’enfance et l’âge adulte, celle marquée par la perte de l’innocence juvénile, la naissance de l’insouciance et l’apparition de pensées abstraites. Quand on pense à la perte de l’enfance, on ne peut pas ne pas penser à la scène de la fossette, dont la disparition peut désigner dans le film, symboliquement et de façon métonymique, l’adolescence elle-même. A travers une discussion avec sa fille, qui témoigne d’une sincère complicité, le père s’aperçoit que Suzanne a perdu une fossette : « tu n’as plus qu’une fossette », dit-il, avant de dire qu’il « ne s’en était même pas rendu compte ». En réalité, Pialat définit ainsi...
Ellipse #9 : Forrest Gump, la bienveillance enchanteresse

Ellipse #9 : Forrest Gump, la bienveillance enchanteresse

Quelques décennies d'histoire américaine, des années 1940 à la fin du XXème siècle, à travers le regard et l'étrange odyssée d'un homme simple et pur, Forrest Gump. Réalisé par Robert Zemeckis dans les années 1990, cette comédie-dramatique emplie de bienveillance et de simplicité vous enchantera dès les premières secondes...! S'il permet avant tout de pouvoir placer une comparaison sympa dans vos dissertations à propos de la place de l'inattendu dans la vie "La vie c'est comme une boîte de chocolats, on ne sait jamais sur quoi on va tomber", le film Forrest Gump est aussi et avant tout l'histoire d'un homme au centre de l'histoire des États-Unis. Personnage unique et touchant, Forrest vous fera comprendre en profondeur le concept de tolérance : vis-à-vis des autres, vis-à-vis de soi. Tout au long de sa vie, ce "simple d'esprit" accomplit méticuleusement les conseils qui lui sont prodigués, et se voit plongé dans des aventures les plus extravagantes les unes que les autres. Lui, destiné à n'être qu'un "débile", se voit traverser les époques au centre d'événements plus que marquants : historiques. Car oui, Forrest Gump est un course contre le temps, un véritable marathon étatsunien. Cette facette historique est bien souvent oubliée mais elle existe et elle contribue à la richesse de ce long métrage mouvementé: vous êtes passionnés d'histoire, de mouvement sociaux américains? Ce film EST fait pour vous. Allier l'histoire d'un homme et l'Histoire d'un état, telle était la volonté de Robert Zemeckis qui en fut renforcée par la passion que lui apporte le grand et l'unique Tom Hanks : sa participation au projet se fit à une condition;...

Ellipse #8 : « Allemagne Année Zéro », révolution néoréaliste

Le calendrier indique juillet 1947 quand Roberto Rossellini, fort du succès de Rome, ville ouverte (Grand Prix à Cannes en 1946 et grande réussite publique), visite Berlin. En tête, l’idée de réaliser un film sur les conséquences sociales et psychologiques de la guerre. Le réalisateur italien sortira finalement un an plus tard, et avec un budget dérisoire, Allemagne, Année Zéro : le film clôt ce que l’on appellera ensuite « La trilogie de la guerre », et ouvre définitivement un courant marquant de l’histoire du cinéma, le néoréalisme. Allemagne année zéro capture la difficile subsistance d’une famille berlinoise, au cœur d’une ville en ruines. Les Köhler sont quatre : il y a le père, soldat de la Wehrmacht tombé malade depuis ; le frère, soldat nazi traumatisé par son engagement ; la sœur, qui le soir venu va dans les bars ; et au milieu d’eux, leur frère de neuf ans, Edmund. Il est le personnage central de cette histoire. Errant au milieu des bâtiments effondrés, il tente de réunir de quoi nourrir le reste de sa famille. Chronique de la souffrance du peuple allemand, Allemagne Année Zéro achève donc ce que Rossellini avait entrepris avec Rome, Ville Ouverte (récit sur la résistance italienne) puis Paisa (une série de six rencontres dans le contexte d’une Italie en guerre) : une réflexion filmique sur les conséquences de la grande Histoire sur les individus qui la font. Cette « trilogie de la guerre » servira de base, avec quelques autres œuvres de Vittorio de Sica (Le Voleur de Bicyclette, Sciuscia) et de Guiseppe de Santis (Riz Amer), à la conceptualisation d’un courant cinématographique par les critiques : le néoréalisme. Un courant...

Ellipse #7 : « La Vie est belle », ou l’Hymne à l’amour

            Lorsque l’on me dit « la vie est belle » j’ai parfois l’impression que l’on essaie de trouver un moyen de réconfort, une lueur d’espoir face à l’horreur qui danse autour de nous. Et c’est, je pense, la vision que Roberto Benigni a eu à propos de cette même expression. Réalisateur, scénariste et acteur principal du film La Vie est belle, il raconte une histoire émouvante, passionnante et éprouvante. Il cueille l’amour à travers la haine et la joie dans un tableau de malheur. Mais comment réussir à attraper ce qui reste de beau face à la folie humaine ? La réponse est simple et se trouve dans l’essence même de ce chef d’œuvre.                  Sorti en 1997, cette comédie dramatique italienne dépeint un moment sensible et terrible dans l’Histoire de l’Humanité, la Shoah. Mais, Roberto Benigni a abordé le sujet avec une infinie finesse. Il décide de faire un gros plan sur l’Amour avec pour toile de fond la Cruauté. En fin de compte, il cherche la clé, la force, le moyen pour combattre un monde dépérissant de son propre sens. Le film est présenté en deux parties : l’une où il rencontre l’amour de sa vie, l’autre où il se bat pour le fruit de cet amour. Tout ceci aromatisé de scènes comiques mais qui révèlent toujours une part tragique.            Tout commence en 1938 en Italie sous le régime de Mussolini... Guido (Roberto Benigni) est un homme juif, un simple serveur dans un Grand Hôtel rêvant d’ouvrir sa petite librairie, mais il se heurte...