Ellipse #3 : « Pulp Fiction », le chef d’œuvre intemporel

Lorsque l’on parle de chef d’œuvre postmoderne, il est difficile de faire l’impasse sur Pulp Fiction de Quentin Tarantino. Film culte sorti aux Etats-Unis le 14 octobre 1994, il reçoit la Palme d’Or du Festival de Cannes présidé par Clint Eastwood, obtient l’Oscar du meilleur scénario Original et est sélectionné par le National Film Registery pour être conservé à la Bibliothèque du Congrès des Etats-Unis d’Amérique. Il apparaît primordial d’appréhender la manière dont l’idée de ce film a germé dans l’esprit de Quentin Tarantino et de Roger Avery. La lecture des pulp magazines et le visionnage des Trois Visages de la Peur de Mario Bava, furent ni plus ni moins, une inspiration conséquente fondant les piliers de la structure cinématographique de Black Mask, titre temporaire de Pulp Fiction. La réflexion sur l’ossature du film est originalement édifiée, mettant en place un scénario en trois chapitres distincts s’entremêlant et ne composant finalement qu’une seule Histoire. Après s’être partagé le travail, Quentin Tarantino écrit une partie du scénario qui se transforme finalement en Reservoir Dogs, son premier long-métrage. Le véritable récit de Pulp Fiction est alors composé par ce dernier à Amsterdam en 1992. Roger Avery, lui, esquisse le portrait de The Gold Watch (deuxième chapitre de Pulp Fiction) sous le nom de Pandemonium Reigns et rédige deux scènes mythiques de The Bonnie Situation (troisième chapitre de Pulp Fiction) que sont le miracle du tir et l’accident de la mort de Marvin. Au début de l’année 1993, le projet est enfin lancé. Après avoir passé un accord avec Jersey Film qui vend le scénario à Colombia TriStar, c’est Miramax Films acheté...

Ellipse #2 : Stanley Kubrick, le virtuose mégalomane

Faire une rétrospective sur Kubrick, c'est s'attaquer à un monstre sacré du cinéma ; en quarante-six ans de carrière, le réalisateur de 2001 a marqué le XXe siècle à travers son univers fou et mégalomaniaque, sa maîtrise de l'esthétique et ses personnages aussi complexes que torturés. L'influence de Kubrick se ressent encore aujourd’hui, chez des réalisateurs aux styles très divers ; Nicolas Winding Refn (Drive, The Neon Demon), Christopher Nolan (Inception, Interstellar), ou encore Paul Thomas Anderson (There will be blood). Kubrick touche à tous les genres ; science-fiction avec 2001 : l'odyssée de l'espace (1968), film historique avec Barry Lyndon (1975), critique sociale d'anticipation dans Orange Mécanique (1971)... tout en affirmant un style virtuose et une maîtrise cinématographique inégalée. Aussi, je vous propose aujourd’hui de plonger avec moi dans l'univers de l’illustre réalisateur, complexe, parfois effrayant, mais fondateur et unique en son genre.     Si l’œuvre kubrickienne est particulièrement connue, même chez les néophytes, c'est en raison de sa grande maîtrise du son et de l'image. Avant de devenir réalisateur, Kubrick est photographe ; même à la fin de sa carrière, ses plans révèlent une minutie, un sens du détail et de l'harmonie ainsi qu’un amour de l'image qui font de chaque scène une œuvre d'art à part entière. Il joue sur différents registres et méthodes, tout en conservant une véritable unité de style ; son univers visuel a frappé l'imaginaire collectif de manière durable. Qui n'a jamais vu le gros plan sur le visage souriant et fou de Jack Nicholson dans Shining (1981), l'ouverture psychopathique d'Orange mécanique ou les longs plans contemplatifs de 2001 ?     Sans jouer sur une symbolique outrée ou...

Ellipse #1 : « Apocalypse Now » ou la folie des grandeurs

Quand on m’a demandé d’écrire la première critique de la nouvelle rubrique de Close-Up, Ellipse, qui consiste à faire (re) découvrir les films qui ont marqué l’histoire du cinéma, je n’ai pas hésité longtemps pour le choix du film en question. Sorti en 1979, détenteur d’une co-Palme d’or au festival de Cannes et tourné dans des conditions dantesques, ce film a divisé tout le milieu pendant de nombreuses années. Quoi qu’il en soit, son héritage cinématographique demeure incontestable : il s’agit d’Apocalypse Now, du grand Francis Ford Coppola. Pour comprendre à quel point ce film est important, il est nécessaire de revenir sur les circonstances de tournage. Porteur d’un projet de long-métrage ambitieux sur la guerre du Vietnam, Coppola et son équipe décident de tourner aux Philippines, dans un décor naturel. Mais au cours du tournage, un typhon s’abat sur l’ile, causant d’énormes dégâts au plateau. De plus, lorsque Marlon Brando arrive sur les lieux, il pèse 130 kilos, alors qu’il est censé jouer le rôle d’un général très affaibli par la guerre et la folie. Pour couronner le tout, il ne connait aucune ligne de son texte ! Le retard s’étant considérablement accumulé, Coppola est contraint de tourner les scènes avec Brando dans un décor très sombre et en gros plan, pour que l’on ne remarque pas son embonpoint. Enfin, lorsque l’acteur principal Martin Sheen manque de mourir d’une crise cardiaque au beau milieu de la jungle Philippine, le cinéaste est à deux doigts de tout abandonner. Finalement, il se ravise après plusieurs mois d’interruption de tournage et le film est projeté pour la première fois au festival de Cannes...