Amin – Encore et toujours

Encore un. Encore un film français dépeignant la difficulté du travail des migrants en France. On se souvient de Samba, film d’Olivier Nakache et d’Éric Toledano au sujet d’un immigré sans papier cherchant du travail et aidé par Charlotte Gainsbourg. C’était inévitable, une histoire d’amour s’était créée. Cette année je pars voir l’avant-première d’Amin, le nouveau film de Philippe Faucon. A l’instar de Nakache et de Toledano, le réalisateur a décidé de faire un film sur la vie d’un migrant en France. Cependant, cette fois-ci, on rencontre également sa famille restée au Sénégal, ce qui permet d’observer les difficultés auxquelles les membres de cette dernière peuvent faire face. Mais ce qui reste central dans ce film, c’est l’histoire d’amour entre le migrant et une Française, amenant ainsi Philippe Faucon à tomber dans le vaste gouffre qui s’ouvre à chaque fois qu’un réalisateur français étudie les migrants dans le pays. Amin commence donc une relation avec Gabrielle, chez qui il a travaillé pour construire des canalisations dans son jardin. Cela amène le protagoniste à abandonner sa famille au pays, pays dans lequel il ne retournera pas pendant un long moment afin de rester aux côtés de son nouvel amour. Tout le film se structure autour de cette relation et se termine lorsque cette romance s’achève également.   Je ressors de la salle avec une envie de crier. Pourquoi ? Pourquoi être obligé de toujours filmer la même chose ? Pourquoi être obligé de construire un cliché au cinéma alors que justement Philippe Faucon essaye de dénoncer les tares de notre société actuelle ? Pourquoi est-on obligé de créer une histoire...

Le vent tourne – La décroissance illustrée

Un couple de jeunes trentenaires décide de vivre à la campagne en reprenant la ferme familiale. Alex et Pauline élèvent leurs bêtes dans le respect de la nature et comptent avoir l’autonomie énergétique en faisant installer une éolienne. L’arrivée de l’ingénieur, Samuel, bouleverse Pauline et ses valeurs.   Un an après la sortie de Petit Paysan, triplement césarisé, le monde agricole était aussi à l’honneur lors du dernier festival d’Angoulême avec Le Vent Tourne, premier long-métrage en français de la réalisatrice suisse Bettina Oberli. Outre l’évocation du monde agricole, la réalisatrice s’interroge sur la mouvance décroissante face à la catastrophe environnementale, ce qui en fait un film d’actualité et qui pose des questions fondamentales sur de tels choix de vie.   La première scène du film est apocalyptique : de nuit, par une pluie battante et un orage strident, Pauline (interprétée par Mélanie Thierry) et Alex (Pierre Deladonchamps) assistent à la naissance d’un veau mort. Le spectateur comprend d’emblée que le choix de vie du couple est strict : faire fonctionner la ferme de manière naturelle, sans avoir recours à aucun produit chimique, même en ce qui concerne la santé animale. Les médicaments faits maisons et l’intervention d’un magnétiseur sont donc privilégiés pour faire face aux maladies récurrentes de leurs bêtes.     En plus de cette volonté de vivre sainement et ce dans le respect de la nature, le couple décide l’implantation d’une éolienne pour être indépendant énergétiquement et surtout ne plus favoriser les grands lobbies industriels destructeurs de la planète. L’arrivée de l’ingénieur Samuel marque une première confrontation idéologique qui déstabilise Pauline, alors qu’Alex semble déterminé dans ses choix...

Duel // I feel good

Pour votre plus grand plaisir, un duo de critiques va s'affronter ici à propos du dernier film de Benoît Delépine et de Gustave Kervern, I feel good. L'une (Ariane Cornerier) a pensé grand bien du film ; l'autre (Valentin Lutz) en a pensé pis que pendre. Place au duel ! Pour : un choc social en peignoir - Ariane Cornerier Le nouveau Kervern et Delépine est arrivé ! A vos écrans ! I feel good, c’est d’abord une affiche qui capte par son comique : un Jean Dujardin en peignoir Thalasso, marchant avec un air soucieux, au bord d’une nationale. « Il n’y a pas de grand pays sans grands patrons » en lettres capitales, le leitmotiv du personnage principal est donné. I feel good, sorti le 26 septembre, pose son action dans le village-Emmaüs de Lescar-Pau (Pyrénées-Atlantiques). Monique dirige cette communauté Emmaüs depuis quelques années, quand, après trois ans d’absence, qui ont été difficiles pour Monique, son frère Jacques fait irruption. Jacques a une idée précise en tête, voire une obsession : trouver l’idée qui le rendra multimilliardaire, sans trop travailler … Ces retrouvailles familiales sont bien sûr objet de confrontation idéologique. Alors que Monique (interprétée par Yolande Moreau) passe son temps à entretenir cette entreprise philanthropique qu’est le village Emmaüs, peuplé de personnes ayant perdu leur emploi et se trouvant dans une situation des plus précaires, Jacques (Jean Dujardin) fait figure de looser arrogant. En effet, par l’utilisation récurrente de flash-back, on découvre que Jacques sort de vingt « années sabbatiques », qu’il a toujours voulu gagner de l’argent facile et que tout en utilisant une rhétorique...
Cinq films pour… rester en vacances

Cinq films pour… rester en vacances

Août est sur le point de laisser place à septembre, ton bronzage à ton teint habituel de mort-vivant, ton cocktail à tes cours de droit constitutionnel. Mais hors de question de déprimer, le cinéma sera toujours là pour te redonner le sourire aux lèvres et l'illusion du soleil brûlant de juillet... Voici donc une sélection aux petits oignons de cinq films qui perpétueront, encore un temps, le charme des vacances d'été ! 1 - El Mejor Verano de mi vida de Dani de la Horden (2018) Et toi, ton père est-il un super-héros ? Quand Curro promet à son fils Nico de lui offrir les meilleures vacances de sa vie s’il a les Félicitations, il ne pense pas une seconde que celui-ci y parviendra. Pourtant, lorsque Nico obtient les notes tant attendues, son père est bien contraint d’honorer sa promesse… même s’il est dans une situation financière catastrophique (les robots culinaires pour lesquels il est commercial ne se vendent pas) et alors que sa femme vient de décider de faire un break à cause de son comportement irresponsable. El Mejor Verano de mi Vida est donc LE film feel good de l’été et en regroupe tous les éléments : la narration du point de vue de l’enfant ; un road trip à travers l’Espagne depuis la maison de campagne maussade de la grande-tante radine jusqu’aux plages paradisiaques et opulentes de Marbella ; des rencontres rocambolesques et hautes en couleur (dont celle avec la belle fondatrice d’un camping de yoga vegan hippie qui fait tout pour sortir sa fille du mutisme dans lequel elle se trouve depuis le départ de...

Candelaria – La jeunesse a-t-elle un âge?

Johnny Hendrix Hinestroza / 1h27 / 4 Avril 2018. Candela est une coquette femme d’environ 70 ans. Son époux Victor Hugo et elle vivent une vie paisible bien que précaire dans le Cuba sous embargo de 1995. Qu’importe le peu de nourriture, ils ont leur amour. Et leurs poussins. Oui, Candela a recueilli des petits poussins tout jaunes, tout doux, qu’elle chérit individuellement, même si c’est illégal dans un pays communiste où la propriété privée est méprisée. Mais les petits commerces sous le manteau font légion, et tout le monde ferme les yeux, y compris sur ceux que fait Victor Hugo avec ses cigares “tombés du camion”depuis la manufacture où il travaille. Candela, elle, est employée dans un hôtel ; elle est lingère. Un jour, elle fait une découverte au milieu des draps àtrier : un camescope. Et elle décide de le garder, sachant pourtant pertinemment l’illégalité de sa manoeuvre (et la somme qu’elle pourrait en tirer si elle le vendait au marché noir). Ce camescope se révèle être un détonateur dans leur vie de couple et à l’amour platonique va s’ajouter l’amour charnel, oublié depuis longtemps dans ce couple de personnes âgées qui ont quand même 150 ans à eux deux ! Finalement, ce qui brille dans ce film ce n’est pas tant l’histoire d’une vie que la tendresse infinie qui transparaît à travers l’écran. C’est un véritable tour de force que de réussir à transmettre ce sentiment si doux, si subtil, si rarement représenté, et pourtant c'est ce que fait le réalisateur colombien Jhonny Hendrix Hinestroza.   Une autre de ses réussites tient au fait de montrer...

Les Bonnes Manières – La nuit tombe sur Sao Paulo

Ceci est une critique difficile. Les bonnes manières, de Juliana Rojas et Marco Dutra, fait partie de ces films qu’on désirerait découvrir vierge, on préférait ne rien dire, et laisser libre l’innocence du public, l’attente simple du lambda au cinéma. En effet, le scénario en deux parties nous offre finalement le goût d’une virulente surprise, par laquelle le fantastique débarque en catimini, en se nourrissant pourtant de la réalité. A Sao Paulo, Ana, riche et jolie attend un enfant. Esseulée, son passé est vide et son mari inexistant : on sait seulement que le petit Joel a été conçu au cours d’une énigmatique nuit dans la campagne brésilienne. Ana fait appel à une jeune nounou (noire), Clara, pour l’aider durant sa grossesse. Tout sensationnel est exclu du décor, de prime abord : seule la hiérarchie de classe domine (sans choquer), et ce alors que plane une proximité charnelle grandissante. Il y a un goût d’enfance dans l’ensemble de cet univers qui entremêle magie et mystère. Tout rappelle l’innocence : les berceuses en guise de toile de fond, les effets spéciaux recréant des dessins. L’appartement aux couleurs bleu ciel, la vue de la ville irréaliste, montent le cadre d’un conte de fée. Tout transpire le faux, le fantasme, le mensonge. Cette ambiance excessivement naïve en devient même inquiétante, et mets peu à peu la puce à l’oreille : Ana est trop oisive, trop exquise pour ne pas cacher un caractère obscur. Les apparences ne peuvent être que trompeuses…   Le deuxième temps du scénario nous la révelera possédée par un démon. On se confronte à une rupture totale entre les jours heureux et...