Otez-moi d’un doute – Une comédie des origines

Qui aurait pu croire au duo incongru Cécile de France-François Damiens ? Pourtant, le pari est parfaitement réussi ! Ce duo pensé par la réalisatrice Cécile Tardieu nous amène, dans cette comédie, à nous questionner sur les origines, l’identité et la nature des liens sociaux. Erwan, démineur breton, alors qu’il accompagne sa fille chez le médecin pour vérifier l’état de sa grossesse, se retrouve face à une des vérités les plus difficiles à entendre, il n’est finalement pas le fils de son père. Soudain, les interrogations se bousculent, s’entrechoquent. Faut-il partir à sa recherche ? Faut-il en vouloir à son propre père ? Doit-il remettre en question l’éducation et le rapport avec celui-ci ? Il se sent horriblement perdu. Pour y remédier, il s’engage finalement à le chercher. Une bref enquête l’emmène sur les pas d’un vieil homme qu’il commence à fréquenter. Mais quelques jours avant, il fait la rencontre d’Anna, interprétée par Cécile de France, qui s’avère être la fille de son « nouveau » père. Devront-ils renoncer à leurs sentiments fugaces ? Ironie du sort, il apprend que sa fille est enceinte d’un enfant qui ne connaitra pas son père biologique. Il la pousse donc corps et âme à retrouver la trace du père pour que l’enfant n’ait pas à connaître ce qu’il a vécu. Otez-moi d’un doute est la réussite d’une comédie romantique avec Cécile de France, François Damiens, Guy Marchand et André Wilms. Chaque personnage est doté d’un humour très subtil qui arrive à faire rire facilement la salle. On pense particulièrement à l’acteur Esteban, qui incarne un personnage naïf, laid et idiot. Ce protagoniste offre des scènes hilarantes, notamment celle où...

En attendant les hirondelles – Choral Algérien

Premier film du franco-algérien Karim Moussaoui, En attendant les hirondelles est en lice dans la section Un Certain Regard de cette 70e édition du Festival de Cannes. Le réalisateur a choisi de relater une histoire, ou plutôt trois histoires se déroulant en Algérie, centrées sur des protagonistes provenant d’espaces et de classes sociales variés. Le récit débute dans un cadre bourgeois au sein duquel deux sexagénaires, autrefois mariés, semblent désabusés par la tournure qu’a pris l’histoire politique de leur pays, tandis que la nouvelle compagne de l’homme ne rêve que de retourner en France dans le but d’échapper au chômage. Le spectateur suit ensuite les aventures d’un employé du vieil homme, qui débute un périple pour conduire à son mariage une jeune femme de son voisinage, tous deux sachant pertinemment qu’ils sont en train d’enterrer à jamais leur amour mutuel. Finalement, la caméra se focalise sur les déconvenues d’un médecin quinquagénaire qui est rattrapé par les erreurs de son passé, incarnées par un enfant illégitime, alors qu’il est sur le point d’épouser celle qu’il aime. Le choix de Moussaoui de structurer son récit de la sorte, attrapant au passage des personnages pour dérouler leur histoire, instaure une dynamique très intéressante renforcée par le style fluide et subtil du réalisateur. Toutefois, le lien entre les histoires évoquées reste ténu et apparaît donc plus comme un prétexte pour évoquer différents thèmes qu’une imbrication réelle de récits parallèles. Il manque une notion de « destins croisés » dans le récit, qui aurait introduit une plus grande empathie pour les différents protagonistes, qui ne font ici qu’aller et venir sans réellement trouver leur place. Malgré...

How to talk to girls at parties – Un alien au Festival

Hors-compétition, How to talk to girls at parties nous raconte l’amour naissant entre un jeune punk et une alien. 1977. A Croydon, petite ville de la banlieue Londonienne, la révolution punk commence à s’infiltrer dans l’esprit d’une jeunesse étouffée par le conformisme. Sous l’influence des Sex Pistols et The Clash, chaque adolescent se rêve punk anarchiste. Alors qu’ils sont virés d’une soirée déchainée par un concert supervisé par la Queen du punk locale (Nicole Kidman), Enn et ses deux amis débarquent dans une villa aux allures de maison close où ils espèrent assouvir leurs fantasmes sexuels. A la place, ils découvrent un endroit insolite où chaque salle est investie par des performances aussi étranges qu’envoutantes. Moulés dans leurs tenues de vinyle bleu, jaune et orange les corps se contorsionnent, crient, et dansent, entraînant les trois garçons dans leurs extases. Au sein de ce peuple extra-terrestre, féminin et masculin se troublent, le plaisir se confond avec souffrance, l’interdit avec la tradition. Au moment où le trio pénètre dans la maison, deux mondes s’entrechoquent. Les jeunes wanna be punk d’un côté, et un groupe d’alien étrangement fascinant, caricatures d’une dérive sectaire du conformisme, de l’autre. Au détour d’une salle, Enn rencontre la jeune Zan, interprétée par la talentueuse Elle Fanning. Epris l’un de l’autre, ils décident de s’enfuir à la découverte de la culture punk… et de l’amour. A travers la métaphore du personnage de BD Vyrus créé par Enn, en référence à l’émergence souterraine de l’épidémie du VIH, la jeune fille aux allures mystiques puritaines est peu à peu contaminée par l’envie de se révolter contre son peuple. Dans une...

Okja : Netflix parvient à bon porc

Ca hurle avant même la première réplique. Applaudissements et sifflets se disputent l’apparition du logo Netflix dans le Grand Théâtre Lumière puis résonne la voix amplifiée de Tilda Swinton en PDG exaltée de la firme multinationale Mirando. L’actrice glaçante, fascinante, carré blond et appareil dentaire étincelant, parvient à ramener le calme et le film se déroule avec une virtuosité folle, alternant montagnes coréennes nimbées de brumes, forêts retirées où s’ébat l’immense cochon Okja et courses poursuites de Seoul à New York, dans ces forêts de bétons grisâtre qui se ressemblent. La bête tient à la fois du porc monstrueux et de l’hippopotame au regard bovin, c’est surtout une prouesse technique. L’animal est bel et bien une créature de chair que la jeune Mija câline, que la multinationale enlève, torture, qui crie, qui hurle, qui pleure, qui bouleverse et pourtant qui n’existe pas. Si le gros et couteux Okja est sorti tout droit du carnet de chèques de Netflix alors la polémique est vaine. On a eu vite fait de décrire Okja comme un film dénonçant la cruauté de l’industrie agroalimentaire, le grand capitalisme devant lequel les Etats baissent la tête. C’est vrai. C’est horriblement réducteur. Joon-Ho Bong parvient à fondre dans un même alliage ce qui fait la raison d’être du cinéma et de ce festival où les kilomètres de tapis rouge conduisent parfois à de grands films : une maitrise formelle qui tient du plus pur des cinémas d’auteur, l’action d’un film grand public, une histoire captivante, de l’humour, des instants déchirants, de grands personnages pour de grands acteurs... Alors lorsque les lumières se rallument et que l’on...

1:54-Harcèlement quand ça vous ronge

Pour son premier long métrage, Yan England se saisit d’un sujet tabou : le harcèlement. 1 :54, sorti le 15 mars en France sera présenté à l’ONU le 30 mars. Dans un lycée québécois, Tim, 16 ans, subit des moqueries continuelles depuis quatre ans. Avec son ami Francis, ils mènent des expériences chimiques pour le plaisir et les font partager. Du côté des harceleurs, tout est bon pour se moquer, juger et surtout faire souffrir. Les pressions s’accentuent. Tim veut régler ses affaires lui même.           Dès les premiers plans, le spectateur est happé par la forte luminosité des images. Dans cette petite ville du Québec, les paysages sont vastes : au milieu du vert, les infrastructures du lycée sont importantes et accueillent des élèves qui ont entre 14 et 19 ans. Dans ce décor on ne peut plus réaliste, le spectateur est plongé au milieu des jeunes et observe les comportements et les personnalités … Le film excelle par la force de caractère des personnages mis en scène. Tim (interprété par Antoine-Olivier Pilon) et Francis (Robert Naylor) sont attachants par leur spontanéité et leur vivacité. Attachants aussi parce qu’une réelle amitié les lie, leurs soirées au coin du feu, leurs expériences en physique-chimie laissent entrevoir des personnages complices, mais à part. Le personnage de Jennifer (Sophie Nélisse), dont la luminosité est éclatante, se révèle être très réconfortant. On est touché par sa sincérité et son dévouement pour tenter de comprendre Tim et l’aider. Jeff (Lou-Pascal Tremblay) de son côté est l’idéal type du meneur, de celui qui sait manier les mots et les images, pour le coup, pour provoquer l’exclusion. C’est...

Split- au coeur de la psychologie humaine

Avec Split, sorti en février dans nos salles, M. Night Shyamalan démontre une nouvelle fois au grand public sa maîtrise des films d’épouvante, ancrés dans le réel mais dont la frontière avec le fantastique est toujours ténue. Split raconte ainsi l’histoire de Kévin, un homme dont le corps est habité par 23 personnalités différentes, prenant chacune le contrôle de celui-ci à certains moments. Toutefois, certaines personnalités dangereuses ou mal intentionnées semblent prendre le dessus chez ce personnage torturé, et kidnappent des jeunes filles dans un but mystérieux. La trame suivie par Split est une agréable surprise, le film exploitant avec justesse le potentiel d’un personnage atteint de cette maladie mentale. La tension, omniprésente, monte en crescendo tout au long de l’œuvre, avec de jolies scènes qui jouent sur la psychologie des personnages. Le film se termine d’une façon assez plaisante mais sobre, qui peut finalement laisser certains spectateurs frustrés.   Artistiquement, le film est un travail abouti sur tous les plans. Le jeu d’acteur de James Mc Avoy est brillant. Celui-ci alterne entre chacune des personnalités avec un talent insolent, passant tantôt de la femme à l’enfant, puis au psychopathe. L’acteur américain adopte une gestuelle spécifique, une manière de s’exprimer unique pour chaque personnage, des expressions faciales différentes les unes des autres. Une mention toute spéciale pour la scène où celui-ci interprète plusieurs personnalités sans coupure dans le film. Les autres acteurs sont convaincants dans leurs interprétations, malgré des personnages secondaires parfois fades. La réalisation propose des plans intelligents, qui s’imprègnent du concept de division, étant esthétique et géographique. Ces derniers mettent encore plus en valeur le film, lui donnant...