The First – Les pieds sur Terre, la tête dans les étoiles

Beau Willimon / 2018 / Réalisée par Beau Willimon, créateur de House Of Cards, The First, série de huit épisodes, est sortie il y a moins d'un mois sur nos écrans. Dans un futur proche, une jeune dirigeante déterminée de la NASA se lance avec toute son équipe dans un projet révolutionnaire : celui d'envoyer des missionnaires sur Mars afin de trouver un endroit viable pour une humanité en perpétuelle augmentation. Avec son sujet de science-fiction par excellence, The First laisse tout à penser qu'elle se rapprochera des grandes épopées intergalactiques telles que Gravity ou Apollo 13. Et pourtant, s'ouvre une série astronomique au réalisme époustouflant et au charme envoûtant. Loin d'avoir la tête dans les étoiles, comment Willimon nous fait-il garder les pieds sur Terre ? Un réalisme subjuguant  Le lancement, les problèmes d'équipage, le quotidien des astronautes : telles étaient les attentes de nombre de spectateurs lorsqu'ils ont lancé sur leur ordinateur cette nouvelle série américaine. Le générique, avec sa bande-son profonde à la Hans Zimmer et ses couleurs parme bleuté, leur a même laissé croire un instant au scénario original de la conquête spatiale. Mais la pression retombe rapidement : la fusée qu'on aurait dû prendre explose en plein vol. Et tant mieux, car cela aurait été trop facile, trop attendu, bref inutile. Un choix innovant La série s'attache davantage à nous montrer les coulisses des missions aérospatiales que les péripéties des cosmonautes en orbite. Aussi, il s'agit de mêler sphères politique et psychologique pour mettre en avant les enjeux sociaux et humains soulevés par les expéditions. Avec des airs de Sully (Clint Eastwood), les moindres détails des procédés nous sont livrés, tandis que les financements peinent à être levés. Pour que...
Sharp Objects, long frisson de fin d’été

Sharp Objects, long frisson de fin d’été

L’année dernière, le canadien Jean-Marc Vallée signait la réalisation du drame Big Little Lies. Il dirigeait le quatuor d’actrices (Reese Witherspoon, Nicole Kidman, Shailene Woodley et Laura Dern) dans l’intégralité des épisodes de cette première saison, fait assez rare dans le monde des séries TV pour être souligné. Cet été, le réalisateur de Dallas Buyer’s Club (2013) réitère avec une mini-série de huit épisodes adaptée du roman de Gillian Flynn (également auteure de Gone Girl). L’atmosphère déjà moite de Wing Gap, bourgade perdue au fin fond du Missouri, devient irrespirable lorsque des cadavres de jeunes filles se mettent à fleurir à côté des drapeaux confédérés. Camille (Amy Adams), journaliste d’une trentaine d’années établie à Saint Louis, est chargée par son rédacteur en chef, Curry (Miguel Sandoval), de partir couvrir les meurtres. Traînant derrière elle un lourd passé auquel elle tente d’échapper à grand renfort d’alcool, elle doit faire face à ses fantômes une fois de retour dans sa ville natale. Ce sont ces derniers qui intéressent le metteur en scène qui s’amuse en jouant des codes de série B entre thriller, série policière et film d’horreur. Wind Gap est une ville peuplée d’apparitions dont on ne sait si elles appartiennent au réel tant elles semblent tenir du mythe ou du registre légendaire. Les souvenirs entêtants de Camille affleurent et se mêlent continuellement au temps présent de la fiction avec une fluidité qui tient tant de la virtuosité de la mise en scène, qui exploite le rapport du son à l’image, que d’un montage très précis. Camille pénètre dans sa chambre au sein de la demeure familiale — immense bâtisse...

The Man in the High Castle – Uchronie en série

Peu connu, parfois, à tort, assimilé à de la science-fiction, le genre de l'uchronie comptait déjà quelques grandes réussites en littérature, dont encore récemment" 22/11/63" de Stephen King, dont le héros remonte dans les années 60 pour éviter l'assassinat de JFK ; le moins connu mais tout aussi excellent "Roma Aeterna" de Robert Silverberg ; ou encore "la Part de l'Autre" d'Eric-Emmanuel Schmitt (Hitler réussit le concours des Beaux-Arts et devient un artiste pacifiste, séducteur invétéré, mariée à une Juive. Et vous, si vous n'aviez pas eu Sciences Po, que seriez vous devenu ?) "The Man in the High Castle", lui-même adapté d'un roman de Philipp K. Dick, illustre à quel point le genre peut être fascinant dans un format cinématographique. 1960 : en 1942 l'Allemagne nazie a découvert et immédiatement testé l'arme nucléaire sur Washington, provoquant la capitulation des Alliés. Les Etats-Unis sont désormais occupés, à l'Est des Rocheuses par l'Allemagne et à l'Ouest par le Japon. La même politique d'extermination qu'en Europe (dont on n'entend pas parler et dont on ne préfère ne pas trop imaginer le sort) a été menée sur le continent, et une grande croix gammée trône désormais sur le Star Spangled Banner, fièrement accrochée en haut du quartier général de la SS à New York. Ambiance. S'il ne fallait voir la série que pour une raison, ce serait d'abord cette très fine et, de manière assez dérangeante, esthétique représentation d'une Amérique sino-nazie. Aux plans très sombres de l'appartement des Américains ou de leur lieu de travail succèdent en effet l'immensité des bâtiments nazis ou le luxe épuré des appartements japonais, à la pauvreté...