Colette – Ce serait sido-mmage de passer à côté

Wash Westmoreland / 2018 / 1h52/ Il aura fallu attendre les Britanniques pour avoir enfin droit à un biopic consacré à l’une des écrivaines les plus fascinantes de l’histoire de la littérature française. Et après visionnage du fameux long-métrage en question, il ne nous reste qu’une chose à faire : les remercier.

Il paraît en effet assez sidérant que nul auparavant n’ait porté à l’écran le destin d’une femme aussi inspirante et iconique que Gabrielle-Sidonie Colette – plus connue sous son simple nom de famille –, tant ses aspirations, intérêts et autres engagements s’avèrent aujourd’hui plus que jamais passionnants à découvrir.

L’erreur est cependant enfin réparée, et non pas de la moindre des façons, puisque c’est une œuvre tout en générosité que nous délivre Wash Westmoreland, en retraçant le parcours de la jeune femme depuis son mariage avec l’éditeur parisien Willy, jusqu’à son envol quelques dix ans plus tard. On la suit ainsi à travers la rédaction de ses premiers romans, son affirmation dans la sphère intellectuelle parisienne, et enfin sa prise de conscience de sa soif d’indépendance, un parcours très richement reconstitué dans le film.

En tant que spectateur français, on peut tout à fait aborder la séance avec quelques préoccupations, notamment en ce qui concerne le problème a priori incontournable de la langue : comment parvenir à se projeter dans le milieu de l’intelligentsia française avec des personnages qui s’expriment dans un anglais à l’accent britannique quasi-digne de celui de Sa Majesté ? Et si les premières scènes peuvent certes être quelque peu déstabilisantes, on se laisse en réalité surprendre par l’aisance avec laquelle on est convaincu par les acteurs et leur façon de s’approprier les personnages. Le film fonctionne, tout simplement, et on pardonne sans aucune difficulté cette incohérence linguistique, notamment grâce au jeu des acteurs.

Colette est en effet un très bon film combiné à un hommage touchant, quand bien même il demeure un film britannique en costume, avec tout ce que cela implique de classicisme et de codes réitérés. Cependant, Wash Westmoreland parvient à insuffler à son œuvre un dynamisme plus qu’appréciable, un certain sens de l’esthétique, et surtout une volonté de rendre hommage de la plus vibrante des façons à son héroïne, et ce du premier au dernier plan.

C’est en effet bien simple : Colette est là à chaque instant, et même plus que cela, elle illumine le spectateur par sa simple présence. Keira Knightley irradie le film de sa performance plus que convaincante, et incarne un personnage tout à fait convaincant tant sur le plan de son écriture que de son évolution. On suit en effet la jeune femme pendant plus d’une décennie, et la voit ainsi traverser de profonds changements, tout en maintenant une même fougue, une même irrévérence, une même cohérence. Impossible de ne pas se prendre d’affection pour cette héroïne que l’on découvre dans un premier temps docile et écrasée par un mari dominant, avant de la voir enfin reprendre son destin en main, pour retirer de l’entre-deux-guerres parisien ce qu’il a de plus porteur et de plus excitant… et devenir l’icône libre, féministe et passionnée que l’on connaît aujourd’hui.

Colette s’affirme ainsi comme une déclaration d’amour à l’art, à l’indépendance, à la liberté créative, certes un peu sage mais foncièrement séduisante, le tout avec un propos féministe assez ‘premier degré’ mais efficace. Le film parvient à éviter la plupart des écueils du genre, notamment grâce à un centrage sur la jeunesse de Colette uniquement, et offre une évolution parfaite de son personnage, entre soumission et émancipation, entre frustration et prolifération artistique. On se laisse séduire par les décors, la bande-son, la photographie aux tons bruns, taupe et dorés, même si l’on peut tout de même adresser quelques reproches à l’ensemble, notamment ses ellipses parfois un peu brutales, ou ses lenteurs persistantes en milieu de métrage. On aurait en effet aimé un peu plus de folie créative et d’audace de la part d’un film consacré à une figure aussi avant-gardiste que Colette, mais on lui pardonnera – pour cette fois – cet académisme, pour en reconnaître la qualité du résultat et la richesse de l’interprétation.

Par Capucine Delattre

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