Critique Solo : A Star Wars Story – La reconstruction d’une icône

Ron Howard / 2h15 / Sortie en salles le 23 Mai 2018 /   Synopsis : Vous l’avez aimé dans la trilogie originelle. Vous l’avez aimé (brièvement) dans la nouvelle trilogie. Alors vous allez l’aimer dans ce sequel signé les studios Disney qui ne reculent devant aucune occasion de faire du chiffre. Han Solo, les origines, ni plus ni moins. De son adolescence dans les égouts d’une planète-usine à ses premiers pas pour aider la Résistance, apprenez comment Han est devenu Solo, the man who shot first. Et accessoirement comment Chewbacca s’est retrouvé à ses côtés depuis la chute de la planète Wookie dans la Revanche des Siths.   Solo est le deuxième film « A Star Wars Story » sorti pour l’instant, censé occuper l’espace dans les années où Disney/Lucasfilm ne nous gratifie pas d’une nouvelle histoire Star Wars entre Rey et Kylo. Après l’exploitation d’une ligne de dialogue pour créer Rogue One, les scénaristes se sont lancés dans un pari un peu moins risqué en exploitant l’origin story d’un des personnages principaux de la saga. Han Solo ne manie pas le sabre laser mais il est charismatique au demeurant et qui peut imaginer Star Wars sans le Millenium Falcon ? Après avoir développé pendant trois films l’avide contrebandier devenu héros de la Résistance au grand cœur (en passant par la case « plaque de métal »), Disney souhaite remettre une couche pour nous montrer que Solo était finalement bon depuis le début. Ce dont on pouvait objectivement se douter. Dans ce but Ron Howard s’est doté d’un casting à gros budget, pariant sur le jeune Alden Ehrenreich (ce qui se traduit en Allemand par « riche en honneur », c’est dire s’il convient au rôle) mais en assurant ses arrières avec un trio impressionnant regroupant Woody Harrelson (Tobias Beckett), Emilia Clarke (Qi’ra) et Donald Glover (Lando Calrissian). On ne va pas se mentir, les acteurs font le job même si leurs personnages manquent cruellement d’écriture (Qi’ra en particulier, on perçoit les difficultés qu’a Clarke pour l’interpréter et lui donner corps). Mais cela est sans doute compensé par la capacité à jouer sur les « méchants », les plus dangereux étant les partenaires et non pas les adversaires. Cela vaut en particulier pour Paul Bettany et son personnage de Dryden Vos mais pour n’importe lequel des autres aussi, comme l’explicite Beckett : « Assume everyone will betray you ». Sur la réalisation on a toujours la propreté des studios Disney et les cuts rapides qui fondent l’action des studios hollywoodiens ces dernières années. Avec peu de recherche sur l’univers Star Wars. Je veux dire que par rapport aux autres films, Solo explore peu les détails, ce qui a fait la richesse de l’univers développé par George Lucas. Ce que l’on regrette. Les décors sont convaincants mais trop épurés pour coller à l’ambiance de la saga. Malgré les quelques références à l’univers au-delà du personnage de Solo bien évidemment (un robot en forme de R2-D2, Tatooine, l’Empire et ses mythiques vaisseaux triangulaires…) on est bien dans une réalisation coupée de l’univers. On approche au fur et à mesure tous les éléments qui font de Han « Solo » (le blaster, le Millenium Falcon, son fidèle Chewbacca, ses aptitudes de pilote…) et c’est à peu près tout. Le scénario est propice à l’action mais semble pauvre si l’on prend de la distance : une évasion qui réussit, un coup simple qui rate et un autre coup bien plus compliqué qui réussit mais avec son lot de perte. Ça nous rappelle quand même beaucoup Rogue One.

Donald Glover is Lando Calrissian in SOLO: A STAR WARS STORY.

Côté réflexion intellectuel on tient peut être quelque chose avec les personnages secondaires. Beckett représente le mentor mais même lui ne semble pas savoir ce à quoi donner de la valeur dans sa vie. Impossibilité de choisir complètement les gens, insatisfaction de choisir l’argent même si celui-ci ne l’a jamais déçu. Qi’ra se veut le personnage de la femme forte du film. Elle se révèle experte en combat et est « une survivante » comme dit Beckett. De la même manière on sent son envie de choisir Han mais quelque chose de plus profond qui la pousse au profit personnel, par des difficultés qu’elle aurait connue lors de l’ellipse principale du film (dont on ne nous explique rien par ailleurs ce qui me ramène à la difficulté d’incarner le personnage). La perspective la plus intéressante enfin se situe autour de Lando. Un personnage noir rendu charismatique, riche et élégant. Mais tricheur. Malgré tout Donald Glover crève l’écran, après avoir participé au clip de This is America de Childish Gambino. De plus son appariement avec un droïde assoiffé de révolution et d’émancipation robotique offre une dynamique intéressante à plus d’un point. Le robot, aux interactions comiques (tiens tiens Rogue One), est un militant des droits civils du futur, arguant que les robots peuvent vivre libres, doivent se débarrasser du joug des « biologiques ». Mais comme toutes les minorités réclamant leurs droits, « la » droïde finira tuée d’un tir de blaster (plutôt Malcolm X ou Martin Luther King à votre avis ?). Elle vient faire le penchant engagé de Lando qui lui essaye de se présenter sous les symboles de la classe dominante, qui cherche à lui ressembler. Mais par là triche. Par ailleurs certains médias ont évoqué la « pansexualité » suggérée de Calrissian. C’est tout à fait probable. L3 la droïde nous raconte qu’avec Lando, et bien, « c’est possible », sans en dire plus. Un manifeste LGBTQI+ ? Peut être pas jusque là. Il faut se replacer dans le contexte du film. Nous avons un personnage secondaire fricotant avec un seul robot confirmé et sans autres indices, dans un film où les allusions au sexe sont incroyablement plus courantes que dans n’importe quel autre film Star Wars. Mais sans doute cela ne fait-il pas de mal. En conclusion Solo fâchera les fans les plus pointus de la saga, ne manquera pas aux moins motivés d’entre vous et divertira les autres. Point positif avec ce genre de film : vous ne voyez pas le temps passer.
Max Vallet

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