Dans la brume – Une tempête émotionnelle

Daniel Roby / 1h29 / Sortie en salle le 4 avril.   Le cinéma de genre français se meurt, répète-t-on depuis plusieurs années. Et pourtant Grave, et pourtant Les Garçons Sauvages, et pourtant Dans la brume, le dernier né de cette vague de films français qui réinventent à leur façon les codes d’un cinéma encore boudé dans les salles, et tentent d’entretenir la flamme d’une passion pour le genre qui ne demande qu’à être ravivée.   C’est ainsi que Dans la brume, court et fulgurant film d’une heure et demie, propose une immersion réfléchie et maîtrisée dans un Paris envahi par une brume opaque et toxique qui tue tout être humain qui a le malheur de la respirer. Au cœur de ce nuage mortel tentent de survivre Matthieu, Anna et leur fille Sarah, atteinte d’un syndrome à cause duquel elle doit vivre dans une bulle stérile, coupée du reste du monde.   Un synopsis classique ? Certes. Mais pour un traitement remarquable, avec certaines belles trouvailles à la clé. Le réalisateur québécois arrive à allier le côté prenant du survival movie à l’américaine à la sensibilité d’un drame à la française, dans un mélange des tons dont on redemande. Un soin particulier est porté aux détails, aux réactions les plus sincères, insignifiantes mais réelles, à des instants d’humanité qui manquent aux grands blockbusters : une histoire de tatouage, une fascination pour la brume ou de triche à la bataille navale.   On ne peut que s’enthousiasmer pour la façon dont Daniel Roby promène sa caméra, avec des plans panoramiques comme des gros plans émouvants, et une façon de filmer Paris assez spectaculaire sans non plus être grandiloquente. Le film a le bon goût de ne pas perdre son temps en explications redondantes, mais plutôt d’aller à l’essentiel, en maintenant une tension permanente. Le rythme est maîtrisé, le scénario intelligemment écrit avec des rebondissements toujours bienvenus, de vrais moments d’émotion, pour un ensemble qui n’ennuie jamais et nous amène à ce que l’on préfère avec le cinéma de genre, à savoir se poser la fameuse question du « et si » : et si moi j’y étais ? Que ferais-je à leur place ? Tout n’est pas parfait, bien sûr, on peut reprocher une absence de réalisme sur quelques détails – des cadavres aussi immaculés que des poupées au bout de 48 heures à l’air libre, vraiment ? – mais dans l’ensemble, le film convainc, et mieux que cela, il saisit le spectateur aux tripes. On se surprend ainsi à retenir son souffle inconsciemment en même temps que les personnages lorsque ces derniers s’aventurent en apnée à l’extérieur, à sursauter lorsqu’un danger surgit, à s’émouvoir lorsque ce qui ne devait surtout pas arriverse produit.   Bref, un métrage divertissant et intelligent, servi par un jeu d’acteur juste – même si Duris n’a plus rien à prouver depuis longtemps – qui fait appel aux sens comme aux émotions du public et donne réellement espoir en la capacité du cinéma français actuel à renouer avec le plaisir unique du genre comme on l’aime. Foncez !
Capucine Delattre

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