Daredevil – La fin justifie-t-elle les moyens ?

Erik Oleson / 2018 / Saison 3 / 13 épisodes / ATTENTION SPOILERS

Synopsis de la série

Matthew Murdock (Charlie Cox) est un avocat new-yorkais résidant à Hell’s Kitchen, quartier du Nord-Ouest de Manhattan. A l’âge de neuf ans, après avoir été exposé à des déchets radioactifs alors qu’il essayait de sauver la vie d’un homme, il devient aveugle. Toutefois, bien que son héroïsme lui ait coûté la vue, le jeune garçon ressort plus fort de cet accident. En effet, sa bravoure semble avoir été mystérieusement récompensée puisque ses quatre autres sens que sont l’ouïe, l’odorat, le toucher et le goût, se développent progressivement après cet évènement tragique, jusqu’à atteindre un niveau surhumain. Ce sont ses dons sensoriels qui font désormais de lui un être hors-norme. Toutefois, ce n’est que lorsque son père, un boxeur professionnel corrompu, est froidement assassiné, qu’il décide de faire du combat contre le crime organisé sa vocation. De confession catholique, Matt, bien qu’apparaissant aux yeux des malfaiteurs comme le Démon de Hell’s Kitchen, cherche avant tout à trouver un équilibre entre morale et justice. Un dilemme se pose alors à lui : comment mettre fin au crime organisé alors qu’il croit en la rédemption ?

Synopsis de la saison 3

A la fin de la saison 1 de The Defenders, crossover entre Jessica Jones, Luke Cage, Iron Fist et Daredevil, Matt Murdock est laissé pour mort après l’effondrement du Midland Circle, à Hell’s Kitchen. Mais pour rappel, le dernier épisode de cette saison se clôt après une scène aussi surprenante qu’attendue et qui révèle au spectateur le destin de Daredevil. Matt n’est pas mort, mais grièvement blessé. Il a été recueilli par des bonnes sœurs. Le spectateur sait donc à quoi s’attendre. Les aventures du Démon de Hell’s Kitchen sont loin d’être finies.

Au cours des premières minutes de l’épisode ouvrant la saison 3 de Daredevil, le spectateur découvre que Matt est un rescapé miraculé de la bataille de Midland Circle, à laquelle (ATTENTION SPOILER) n’a pas survécu Elektra (Elodie Yung), son amante. Mais cette fois-ci, son courage et son sens du sacrifice ont vraiment failli lui coûter la vie. Et il en est conscient. Cet épisode traumatique va d’ailleurs avoir un impact immense sur sa conception de la justice et de la morale. Dieu l’ayant abandonné, Matt n’a donc plus aucune raison de respecter le code éthique catholique. Il est d’autant plus conforté dans son opinion qu’il fait face à une désillusion totale lorsqu’il découvre que le sort de New York ne semble pas s’être amélioré depuis sa disparition. En effet, de retour dans le monde des vivants, Matt ne peut que constater avec effroi que la ville pour laquelle il s'est battu et pour laquelle il a risqué sa vie persiste à rester sous l'emprise de la mafia et de la corruption. La Big Apple est toujours ce lieu propice à la délinquance et au crime organisé. Et ce n'est pas la sortie de prison de Wilson Fisk (Vincent D'Onofrio), chef de la pègre de New York qu'il avait vaincu par le passé en l'envoyant en prison (saison 1), qui va l'empêcher de penser le contraire. Il est d'autant plus déterminé à le faire chuter une nouvelle fois qu'il sait que Fisk est non seulement près à tout pour prendre le contrôle de la ville, mais qu'il cherche également à se venger de ceux qui ont joué un rôle dans son incarcération : Matt Murdock en tant qu’avocat et ses amis Foggy Nelson (Elden Henson) et Karen Page (Deborah Ann Woll). Mais bien que Murdock soit aussi stoïque qu’un roc inébranlable, que peut-il faire face à un homme coopérant avec le FBI et instrumentalisant Benjamin Poindexter (Wilson Bethel), agent fédéral expérimenté et surentraîné, mais dont la santé psychologique fragile le rend potentiellement dangereux ?

Daredevil, la meilleure réalisation du MCU ?

Le verdict semble tombé. Alors que la première et la deuxième saison des aventures du Démon de Hell’s Kitchen aient fait de Daredevil la meilleure série de superhéros de Netflix, à égalité avec The Punisher, la troisième semble l’avoir hissé au rang de meilleure réalisation de l’univers cinématique Marvel. Ce réconfort qualitatif vient donc compenser la tristesse qu’il est possible d’éprouver en apprenant que les aventures de Matt Murdock ne seront pas renouvelées dans une quatrième saison. Au moins un avantage à cela : cette série se conclue en toute beauté et avec brio.

La saison 3 de Daredevil prouve que cette série sait non seulement se renouveler, mais qu’elle est également capable d’apprendre de ses erreurs. Premièrement, cette réalisation Netflix joue sur le lien entre continuité et discontinuité narrative. En effet, elle remet au premier plan le principal antagoniste de la série et plus particulièrement de la saison 1, Wilson Fisk, en l’incorporant dans une intrigue introduisant un super-vilain emblématique de la bande dessinée Marvel consacrée à Daredevil, à savoir Benjamin Poindexter, le Bullseye (« Tireur ») des comics. Ce procédé avait déjà été utilisé dans la saison 2, et ce afin de construire cette dernière autour de deux arcs narratifs, le premier concernant Frank Castle, le Punisher (Jon Bernthal), et le deuxième au sujet de La Main, organisation criminelle dont certains des membres apparaissaient déjà dans la saison précédente. Deuxièmement, la saison 3 de Daredevil, qui est fortement inspirée de l’arc de la bande dessinée du même nom réalisé par Frank Miller et intitulé Born Again, cherche à apprendre de ses erreurs passées en accordant une importance majeure aux anciens et nouveaux personnages secondaires de la série. C’était en effet le défaut de la saison 1, et partiellement celui de la deuxième saison. Les personnages charismatiques que sont Matt Murdock, Wilson Fisk et Frank Castle ont à de nombreuses reprises fait de l’ombre aux autres personnages de l’univers de Daredevil. Il est toutefois possible de noter que le personnage de Karen Page commence à prendre une véritable importance dès la saison 2 pour être, d’une certaine manière, consacré dans la saison suivante. Celui de Foggy Nelson quant à lui a toujours été problématique, car très souvent en retrait. Il ne faut en effet pas nier que le meilleur ami de Matt, bien que jouant à de nombreuses reprises un intermédiaire privilégié entre lui et Karen, n’a jamais véritablement joué un rôle-clé dans l’intrigue, ou en tout cas un rôle mémorable.

Il est donc réjouissant de voir que l’acteur l’interprétant, Elden Henson, ait été davantage mis en valeur au cours de la troisième et dernière saison des aventures de Daredevil. En décidant de se présenter aux élections générales de l’Etat de New York afin de remettre Fisk derrière les barreaux, Nelson incarne désormais la justice légale à laquelle a renoncé Maître Murdock. Il est également important de mentionner la prestation inoubliable de Jay Ali, acteur britannique d’origine pakistanaise incarnant l’attachant Rahul Nadeem, le malheureux agent du FBI qui va être manipulé par Wilson Fisk. En effet, alors qu’il voulait coopérer avec Fisk pour démanteler les réseaux criminels de la ville de New York, il va, au cours de la saison, être pris dans son propre jeu par le mafieux qui en fera progressivement sa marionnette. Ce personnage tiraillé entre devoir de père et d’époux et devoir de policier est dès le début de la saison (ATTTENTION SPOILER), bien que difficilement admissible, condamné à un destin tragique, et à devenir par conséquent un martyr. La prestation de Joanne Whalley, qui incarne Sœur Maggie - (ATTENTION SPOILER) qui se révèlera être la mère de Matt - est à l’instar de celle de Peter McRobbie, jouant le rôle du Père Lantom, à ne pas manquer de souligner. Ces deux personnages, en constituant l’intermédiaire entre Matt et la foi catholique, incarnent la voie de la sagesse qui s’évertue à modérer les passions et la soif de justice du Démon de Hell’s Kitchen. Les scènes de confession et de discussion philosophico-confessionnelles entre le Père Lantom et Matt, que ce soient celles de la saison 1 ou bien encore celles des deux suivantes, sont un régal pour le spectateur dans le sens où elles révèlent la fragilité d’un avocat tiraillé entre ses idéaux et son pragmatisme. D’ailleurs (peut-être est-ce le seul défaut de cette saison), il est dommage que cette grande importance accordée aux personnages secondaires ait contribué à désacraliser le protagoniste Matt Murdock, bien que les scènes qui lui sont dédiées, et notamment celles de combats, soient toujours aussi délectables.

En effet, Charlie Cox continue au cours de cette troisième saison à faire de Matt Murdock un super-héros à la fois charismatique et obstiné, mais aussi tourmenté et plein de paradoxes. Comme vu précédemment, le spectateur a, au cours de cette saison, affaire à un Matt Murdock questionnant son appartenance au catholicisme et le rôle de Dieu dans sa croisade. Sa rage est de plus en plus notable et incontrôlable, devenant ainsi une source première de motivation pour le justicier dans sa quête de justice et d'un monde meilleur. En effet, alors qu'il se bat pour mettre un terme à l'insécurité, au crime organisé et à la mafia, son action semble vaine étant donné que la pègre continue à perdurer, voire à se développer au sein de sa ville natale. Le symbole d'espoir pour les New-Yorkais et de peur pour les mafieux qu'est censé incarner le Démon de Hell's Kitchen ne semble plus efficace face à un Wilson Fisk d'autant plus charismatique qu'il inspire à la fois le respect et la terreur, tel un dictateur qui est à la fois admiré et craint.

La prestation de l’acteur incarnant ce personnage peu fréquentable contribue d'ailleurs à faire de Fisk un manipulateur hors-norme se hissant au rang de meilleur super-vilain de l'univers cinématique de Marvel, devançant ainsi quatre autres monuments de cet univers que sont Zebediah Killgrave, interprété par David Tennant dans la saison 1 de Jessica Jones, Thanos, joué par Josh Broslin dans Avengers III Infinity War, et bien entendu Loki et Eric Killmonger, incarnés respectivement par Tom Hiddelston dans la trilogie Thor et dans Avengers I et par Michael Jordan dans Black Panther. La prestance de Vincent d'Onofrio, sa maîtrise de l'art de la rhétorique et le mélange de délicatesse, de fermeté et de passion qui alimente ses prises de paroles en tant que Wilson Fisk, celles-ci prenant le plus souvent l'allure de discours, ne peuvent qu’amener le spectateur à rester bouche-bée face à un acteur dont la qualité du jeu est indéniable et irréprochable. Toutefois, et ce point est également important à souligner, Wilson Fisk, qui au cours de la première saison croyait désespérément agir au nom de l’amour qu’il porte à sa ville natale, New York, agit désormais au nom de l’amour de sa vie, Vanessa. Bien que déjà abordée au cours de la première saison, la troisième permet au spectateur d’admirer au grand jour cette face caché de ce grand personnage de l’univers Marvel. Cette face, en cohabitant avec celle de la brutalité et de la soif de pouvoir, fait de Fisk un personnage encore plus intéressant qu’il ne l’est déjà.

Mais ce personnage dont la corpulence ne contribue qu'à mettre en avant son charisme et sa puissance n'est désormais plus le seul opposant du Démon de Hell's Kitchen à être doté d'une personnalité dont la notable singularité est mise en avant grâce à un jeu d'acteur remarquable. En effet, l'acteur américain Wilson Bethel fait de Ben Poindexter un super-vilain hors-du-commun dans le sens où ce personnage psychopathe et au trouble de la personnalité avéré sur le plan médical apparaît dans cette saison 3 comme étant à la fois ressemblant et éloigné du spectateur. S'il est proche de celui-ci, c'est parce que tout être humain peut être la victime de troubles, de tourments, avoir souffert au cours de son enfance, et par conséquent développé une certaine agressivité, pouvant l'amener à être occasionnellement violent voire incontrôlable. Face à ces circonstances atténuantes, cette agressivité peut même être source de compassion. Le personnage de Dex est d'autant plus réel qu'il est, bien que psychopathe, doté d'une sensibilité fragile le rendant dépendant d’autrui, aussi bien sur le plan professionnel que sur le plan affectif et sentimental. Ce type de comportements émotionnels n'est pas propre à ce super-vilain, mais à toute personne étant confrontée de manière répétitive à une série de tourments dont la plupart sont insurmontables. Toutefois, Dex reste très différent du commun des mortels dans le sens où il représente un danger potentiel pour son entourage, voire même pour la société d'une manière générale. Ses compétences martiales et militaires, en s'ajoutant à la fragilité de sa santé psychologique, font de lui un être si puissant qu'il en devient par la force des choses potentiellement dangereux. Voilà pourquoi cet individu, bien que pouvant susciter dans une certaine mesure la pitié, est avant tout repoussant et infréquentable.

Il est enfin important de saluer la qualité de la réalisation de cette saison de 13 épisodes, ces derniers, comme ceux des deux saisons précédentes, étant rythmés par la musique épique de John Paesano, celle-ci permettant à l’intrigue de baigner dans une atmosphère grave, tendue et angoissante, mais par-dessus tout captivante et aux teintes d’un héroïsme plein d’espoir assumé. Comme dit précédemment, les scènes de combat, bien que moins spectaculaires sur le plan acrobatique que celles des deux saisons précédentes, sont toutes aussi impressionnantes et plausibles sur le plan technique. L’absence générale de crédibilité empirique de certaines de ces scènes n’est toutefois pas dérangeante, voire au contraire, étant donné qu’elle vient souligner le caractère surhumain et/ou brutal de certains personnages de la série. Ces scènes sont d’autant plus fascinantes, voire plausibles jusqu’à un certain point, qu’elles excluent le mysticisme délirant et accompagné de certaines lourdeurs de la saison 2, tout en s’inscrivant dans un cadre urbain aux allures sombre et réaliste. La principale performance technique de la saison 3 qu’il se doit de souligner est la scène de 10 minutes et 43 secondes réalisée en plan-séquence et qui se déroule au cours du quatrième épisode intitulé « Angle mort ». Au cours de cette scène d’une intensité et d’une violence inouïes, Matt, alors qu’il s’est rendu dans la prison de Rikers Island afin de comprendre pourquoi Fisk s’en est pris au gang des Albanais, tombe dans un piège mortel que lui a dressé le mafieux et auquel tout être humain aveugle et dépourvu de pouvoir est censé succomber. En effet, Fisk a acheté des prisonniers et des membres du personnel de la prison, ces derniers étant chargés de tuer l’avocat avant que celui-ci ne ressorte vivant du centre pénitencier. Cette scène est d'autant plus incroyable sur le plan technique que Charlie Cox a réalisé 80 % des cascades du passage. D’ailleurs, le fait que cette scène a été réalisée en plan-séquence et que Charlie Cox n'a pas été capable  d'effectuer l'intégralité des figures acrobatiques du passage (ce qui est totalement compréhensible) rend cette scène d'autant plus mémorable sur le plan technique qu'elle a amené l'acteur britannique et sa doublure, le cascadeur Chris Brewtser, à faire preuve d'une coordination irréprochable, coordination rendant la scène fluide et par conséquent, délectable sur les plans visuel et narratif.

 

Daredevil : entre bien et mal ?

Daredevil, contrairement à beaucoup de super-héros de l’univers Marvel qui s’illustrent au grand jour, est un justicier de l’ombre. Sous ses allures de Démon se cache en effet un homme dont la passion justicière l’amène à braver les limites de la morale et de l’éthique, et ce bien qu’il se veuille être le défenseur des valeurs chrétiennes, tout du moins dans les deux premières saisons de la série. Cette part d’ombre qui caractérise ce justicier l’amène d’ailleurs, en tout cas lors des deux premières saisons, à agir principalement la nuit, moment de la journée au cours duquel les mafieux semblent, en tout cas dans la série, les plus actifs. Bien qu’il refuse de recourir au meurtre afin d’éliminer la pègre, ses méthodes brutales, dont certaines peuvent être assimilées à de la torture, font de lui un individu qui ne cesse de braver les codes juridiques et moraux ainsi que les valeurs universelles afin d’accéder à son idéal, celui d’un monde juste, et dans la mesure du possible, un monde dans lequel la violence n’a plus sa place.

Mais, et c’est la question que pose cette série par le biais de son personnage éponyme, est-il possible de se diriger vers un monde plus sûr, et dans lequel la violence n’est par conséquent plus admise, sans recourir à ce moyen d’action controversé ? En d’autres termes, est-ce que l’adage machiavélien « La fin justifie les moyens » et la locution latine « Si vis pacem, para bellum » (« Si tu veux la paix, prépare la guerre ») sont des proverbes caducs voire infondés ? Pour répondre à cette question, il faut bien entendu souligner le fait que la série ne remet pas en cause le concept wébérien de la violence légitime étatique, mais l’un de ces principaux aspects, son monopole. En effet, la justice et la force coercitive étatique sont-elles aptes à résoudre à elles-seules tous les maux de la société sans intervention extérieure, ou plutôt sans l’intervention d’acteurs bravant le droit. D’ailleurs, cette violation des codes légaux, si elle est légitime, doit-elle uniquement être réalisée par des acteurs agissant pour leur propre compte ou bien également ou exclusivement par des acteurs dépendant de l’institution étatique ? Si la violence semble apparaître dans cette série comme un biais pragmatique et nécessaire à la résolution de certains troubles et conflits, il est possible de se demander jusqu’à quel point la violence peut-elle être acceptable, tout en se demandant bien entendu, comme évoqué précédemment, quel type d’acteur peut légitimement y recourir. Les limites de l’usage de la violence sont principalement abordées au cours des deux dernières saisons. En effet, lors de la saison 2, deux conceptions de la justice (violente) s’affrontent : celle faisant de la rédemption son principe fondateur, prônée par Daredevil, et celle caractérisée par sa supposée efficacité expéditive, soutenue par le Punisher. Cette deuxième conception de l’éradication du crime organisé passe, comme sous-entendu précédemment, par le meurtre. D’ailleurs, le passage du Punisher dans la deuxième saison de la série Daredevil semble avoir eu un impact d’autant plus important sur le Démon de Hell’s Kitchen que celui-ci, lors de la saison 3, n’écarte plus la possibilité du recours à l’assassinat pour parvenir à ses fins.

Conclusion

Comme dit et sous-entendu à plusieurs reprises précédemment, Daredevil est une bonne série valant le détour, d’autant plus qu’elle ne se contente pas uniquement de distraire le spectateur, mais également de le sensibiliser sur certains sujets et angles de recherche et de réflexion philosophique.

Qu’est-ce que la justice ? Quelles en sont ses limites ? Qu’est-ce que le bien ? Qu’est-ce que le mal ? Ces concepts sont-ils fondés et universels ou ne s’agit-il que de constructions sociales visant à garantir un ordre sociétal ? Si le mal existe, est-il celui que l’on croit être ? Peut-on tuer en prétendant servir une juste cause ? Et qu’est-ce qu’une juste cause d’ailleurs ?

Si l’on suit une certaine approche de visualisation de cette série, il est également possible d’affirmer que cette dernière est d’autant plus intéressante qu’elle aborde aussi les questions de la radicalisation et, dans une certaine mesure, du culte de la personnalité et du totalitarisme par le biais de Wilson Fisk. Concernant la radicalisation, il est possible de dire que Dex qui bien entendu semble, au cours de cette troisième saison, se diriger vers son destin de Tireur (« Bullseye »), incarne à lui seul ce phénomène, bien qu’il agisse non pas au nom d’une idéologie mais par impulsion et haine. Il se sent rejeté et abandonné par la société qu’il a due, au cours de ses années de service, protéger. En ne bénéficiant alors plus de la reconnaissance, de la redevance et de la bienveillance de celle-ci, il ne se sent plus obligé de lui rendre des comptes et construit désormais sa personnalité en s’extrayant progressivement du corps social et par conséquent, en opposition à celui-ci. En se marginalisant, il peut ainsi agir de manière déviante, et ce en se défoulant sur la société qui a finit par ne plus l’accepter. Fisk a d’ailleurs joué un rôle important dans le destin d’assassin fou furieux de Dex, en l’amenant à croire qu’il figure parmi ces êtres hors-normes qui sont incompris et méprisés à tort par leur entourage. Toutefois, si Fisk peut, de cette manière, symboliser les influences extérieures dotées de mauvaises intentions et qui profitent de la fragilité émotionnelle et psychologique d’individus pour les faire rejoindre leur cause et les manipuler ainsi à leur guise, il incarne avant tout la personne de l’homme autoritaire voire, dans une certaine mesure, totalitaire. En effet, Fisk mêle charisme et peur afin de convaincre les populations de le suivre, bien qu’il ait également recours à la corruption. D’ailleurs, ce culte de la personnalité amène à ce qu’une dénomination lui soit attribuée, à savoir « Le Caïd ».

Bref ! Inutile de plus s’attarder sur ces points… cette série, et notamment cette saison, ne sont pas à manquer !

Par Alexandre Capitini

Série exclusivement disponible sur Netflix.

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