Ellipse #11 – Eyes Wide Shut – Il est temps d’ouvrir les yeux

A la sortie du film, la majorité de la critique, tout en reconnaissant sa qualité, écrivait dans ses articles vouloir se laisser du temps pour apporter un jugement définitif, propos sensés tant la démarche critique doit inévitablement s’accompagner du recul qui lui est inhérente. Mais le temps est passé, et le dernier film de Stanley Kubrick est quelque peu tombé, sinon dans l’oubli, au moins dans une sorte de désuétude et de détachement par rapport à d’autres films du réalisateur, 2001 et Shining en tête. A l’exception de quelques uns, jamais les critiques ne sont revenus sur Eyes Wide Shut, et jamais l’œuvre n’a bénéficié d’une revalorisation critique, demeurant dans une sorte de brouillard opaque, un ersatz de No man’s land entre chef d’œuvre et bon film. Dix-sept ans sont passés, de nombreux films traitant aussi de la sexualité sont sortis au cinéma, 50 nuances de Grey par exemple, et le constat n’en est que plus confirmé : il est désormais temps d’ouvrir les yeux et de considérer le film comme il se doit, c’est à dire comme l’ultime éclair de génie, l’ultime brillant chef d’œuvre de Stanley Kubrick. Un film moderne et fascinant :    Eyes Wide Shut est sans doute le film du maître américain qui a, en proportion, le mieux vieilli pour un jeune spectateur contemporain. En effet, il est nécessaire de rappeler que le film a su ne jamais vieillir, demeurant d’une incroyable actualité, que ce soit au niveau esthétique, cinématographique, et surtout thématique. En effet, Kubrick aborde le sexe et l’abstinence, bien sûr, mais aussi les croyances et les illusions, le réel et l’irréel, le fantasmé et le rêvé, l’ésotérisme et les théories du complot, toujours plus ancrées dans la société telle que nous la connaissons aujourd’hui et favorisées par de nouveaux moyens de communication qui favorisent le doute et exaltent l’imaginaire.   Eyes Wide Shut est un film de réflexion immédiate, il exige des réactions rapides et violentes, tout en permettant par ailleurs une analyse plus profonde. Il s’agit de l’un des principaux ressorts du métrage : pour l’apprécier, il faut le ressentir, il faut s’y plonger, sans aucune retenue, sans garder aucun quant-à-soi et sans préserver aucune sécurité. A cet égard, Eyes Wide Shut est un film spécial du maître, puisque souvent, les films kubrickiens favorisent un recul persistant pendant leur déroulement, poussant le spectateur à s’exclure de la narration, ou, du moins à éprouver des sentiments et des réactions plus éloignées, plus distanciées, plus froides, et plus objectives. C’est par exemple le cas d’Orange mécanique ou de Docteur Folamour, des films qui nécessitent une réflexion détachée, rationnelle et hors de toutes considérations émotives, sentimentales ou subjectives. Ici au contraire, le spectateur est partie prenante du métrage. Ce sont ses impressions qui font le film, et non le film qui conditionne ses impressions. Entre rêves, fantasmes et réalité :    Le cinéma, c’est l’impression. Dans Eyes Wide Shut, cette impression est liée aux croyances, aux pensées et aux convictions des personnages. Ce sont elles qui permettent le bon déroulement du film et lui donnent son sens. Selon les différents prismes de perception des personnages, que ce soit Alice, Bill ou Victor Ziegler, le métrage déploie un envoûtement ciselé et un enchevêtrement subtil d’impressions et de visions différentes, de réalité, de rêvé et de fantasmé. Kubrick, dans Eyes Wide Shut joue d’ailleurs avec une qualité remarquable sur ses différents niveaux et états de perception. En effet, le fantasme et le rêve sont bien sûr à différencier de la réalité. Mais le rêve et le fantasme sont aussi à distinguer. Dans cette optique, il devient très intéressant de reconsidérer les différents événements de la soirée de l’orgie à travers ces différents prismes : le fantasme d’Alice devient-il réel, ou rêvé pour Bill ? Le rêve d’Alice est-il un fantasme ou la réalité ? L’orgie hallucinante est-elle un rêve, un fantasme ou une réalité ? Les menaces sont-elles réelles, rêvées ou fantasmées ? Le spectateur en vient à reconsidérer son rapport au film, et ne peut qu’admettre que ses différentes interprétations entrainent invariablement et inexorablement l’augmentation quantitative du champ des possibles.   Entre les fantasmes d’Alice et ses répercussions chroniques sur l’esprit de Bill, l’incompréhension, la fascination et l’angoisse de ce dernier, pourtant censé représenter le pragmatisme et le rationalisme du médecin, et les promesses et rassurements de Victor Ziegler, le spectateur peut donner l’interprétation qu’il veut aux mystères qui se proposent à lui, choisir ce qu’il souhaite, la vérité qu’il veut voir. De plus, les éléments et les situations narratives se succèdent vite et forment un mélange fantastique et merveilleux (au sens propre), presque inextricable, Kubrick décidant de façon particulièrement géniale de ne pas donner de réponses, comme dans 2001, et comme dans Shining, avec tout ce que cela comporte de frustrant, mais aussi de jouissif. Rien n’est vraiment éclairci : que s’est-il réellement passé ? Telle est la question que chacun est en droit de se poser à la fin du film. A l’inverse d’un Hitchcock qui prenait le temps de tout expliciter, même l’inexplicable, Kubrick n’éclaircit rien, même l’explicable. A travers ces vecteurs différents de compréhension, le spectateur erre dans une ambiance étrange et flottante, quelque peut angoissante et mystique. Dans un New-York symbolique :    Dans tout le film, les personnages évoluent dans un cadre spatio-temporel qui n’a rien d’anodin : New-York, la nuit. Si le choix de la ville exprime bel et bien le changement de polarité du monde au cours du temps – nul doute que 50 ans plus tôt, le film se serait déroulé dans un studio d’Hollywood, et 30 ans plus tôt à Paris -, il serait idiot de n’y voir qu’une simple raison géopolitique. Il le serait tout autant si on limitait New-York à une volonté de Kubrick de retourner à la ville de son enfance, et de n’y voir ainsi qu’un rapport affectif. Non, New-York est bien plus que cela. La « Big Apple », c’est la ville du possible par excellence, celle où tout ou presque est envisageable et réalisable. New-York est le fruit le plus représentatif de la mondialisation invasive. Ce qu’elle contient par essence, son activité tentaculaire et son extraordinaire panel de possibilités, implique par ailleurs un déploiement de l’irréel et du fantasmagorique. Dans cette ville-monde, miroir d’une folle société américaine, les personnages sont victimes des légendes et des mythes, et ne peuvent plus démêler complètement et lucidement, le vrai du faux. Les moments d’errance de Bill montrent une ville qui ne dort jamais et qui se livre avec plaisir aux différents niveaux de réalité et de vérité. Ce climat flottant, oscillant constamment entre fantasme, rêve et réalité, enveloppe un spectateur et des personnages hallucinés. Dans ces conditions, brillamment rendues par Kubrick, la compréhension ne peut être que transfigurée.   Une vie originellement banale :    Avant la cérémonie, c’est l’enchaînement normal et banal d’éléments ancrés dans le schéma classique d’une vie ordinaire, qui prédomine. Soirée, boulot, cadeaux de Noël, sexe, dispute. Si ces moments de la vie sont banals, leur approche par Kubrick laisse déjà planer un certain climat angoissant et étrange, basé sur le doute et l’envie. La scène de bal du début montre l’éloignement de Bill et d’Alice, symboles du couple bourgeois moderne, jamais ensembles, qui se trouvent chacun en compagnie de personnes qui les charment. Et chacun se montre tenté par les offres plus ou moins érotiques de leurs interlocuteurs respectifs. La vie reprend ensuite ses droits sur une valse de Chostakovitch, avant la révélation par Alice d’un fantasme adultère. A partir de cet instant, l’introspection des deux personnages est totale, l’épouse sur l’instant avec la description totale de ce fantasme, le mari sur la durée avec la présence chronique du fantasme de sa femme, magnifiquement filmé par Kubrick. Ce dernier se révèle alors assez proche de la nouvelle de Schnitzler, de Freud et sa vision de l’inconscient, et de Bergman et ses recherches psychiques au cinéma, puisque le travail de Kubrick, se fondant sur l’errance de Bill dans la nuit new-yorkaise, consiste en l’analyse de la psychologie de ces personnages, en proie à l’inquiétude, au soupçon, et au pyrrhonisme. Des visions hallucinées :    C’est grâce à ce climat pesant et monotone, tant d’un point de vue du décor que de la vie des personnages en eux-mêmes, que certaines scènes éclatantes peuvent entrer en jeu, et surprendre un spectateur hypnotisé. C’est bien sûr la scène du rituel, une des plus fascinantes et originales jamais filmées. D’une beauté éternelle et impérissable, à tous les niveaux : esthétique avec les costumes, les masques ; cinématographique avec des travellings lents et symboliques qui intègrent le spectateur au cercle des participants, d’autres, plus rapides, représentant l’assemblée masquée, et encore d’autres, qui, succédant au déshabillage soudain des participantes, qui ôtent leur cape, permettent d’entretenir la surprise du spectateur, désormais complètement envoûté ; musical avec une bande originale en adéquation pure et totale avec ce qui se dévoile à l’écran, grâce à la géniale Jocelyn Pook qui compose une partition fulgurante en choisissant comme paroles un texte en sri-lankais passé à l’envers, ce qui confère à la scène un caractère purement ésotérique ; fictionnel tant la séquence en elle-même, pour ce qu’elle montre revêt un caractère fascinant. Tel un éclair dans la nuit new-yorkaise, la séquence bouleverse le réel et les certitudes d’un spectateur de plus en plus mal à l’aise.   La séquence suivante, tout aussi étrange, mérite aussi d’être remarquée. Décriée à l’époque, suscitant la polémique, la stupéfaction ou l’admiration, la scène de l’orgie est un incroyable délire, une surprenante divagation et un impressionnant mirage. Victime de la censure (Kubrick dût par conséquent ajouter en post-production des individus devant les scènes les plus osées), la séquence ne perd absolument pas sa valeur intrinsèque, à savoir une vision hallucinée du sexe, une orgie ésotérique dans lequel tant Bill que le spectateur erre, passif et voyeur. Semblable dans ses mouvements à celle de Shining, la caméra est souple et angoissante. Elle est l’un des vecteurs de la surprise d’un spectateur perdu, pris entre la vision du déguisement, qui contient par essence l’idée d’anonymat et de dissimulation, et celle de la nudité, qui véhicule à l’inverse les concepts d’identification physique et de dévoilement, à la fois des corps et de l’esprit. Tout comme Bill, le spectateur ne peut sortir indemne d’une telle scène. Son rapport au film ne peut être que différent : c’est seulement à partir de ce moment que l’angoisse intervient vraiment. Elle ne fait que grandir jusqu’au dénouement.   La dérive d’un homme perdu et l’angoisse d’un spectateur terrorisé :   Ce qui suit la cérémonie, c’est la descente progressive de Bill dans ses travers, à travers son enquête sur les lieux qu’il a fréquenté la nuit de la fête ésotérique, sur fond de misère social et de mystère total. Ainsi, il retrouve l’appartement de la jeune femme russe qu’il a vu la veille, et sa colocataire, qui lui apprend qu’elle est atteinte du SIDA. Il se rend à nouveau au magasin de costumes. Il retrouve Mandy, morte, qui se serait sacrifiée pour lui pendant la soirée masquée. Il retourne sur les lieux de l’orgie où on lui remet une lettre l’intimant de ne pas revenir. Animé par une volonté de savoir, Bill effectue le même chemin que la soirée où tout a basculé, comme pour chercher la vérité, mais ne trouve rien que de nouveaux mystères. Vite rattrapé par une angoisse persistante, Bill craque, notamment au moment où il voit sur son lit le masque qu’il portait le soir de l’orgie. Plus tard, il parle avec Ziegler, qui était à la soirée, et qui lui dit que tout n’était qu’une vaste mystification. Ne pouvant plus faire vivre des doutes qui sont aussi les siens, il abandonne. Et se consacre à nouveau à sa vie de famille. Le film se conclue sur une dernière exhortation au sexe par ce simple mot : « Fuck ».   Eyes Wide Shut est un film profondément angoissant, de par le malaise et le mal-être des personnages, mais aussi de par les différents événements de la soirée de l’orgie « sataniste ». C’est d’abord cette cérémonie étrange, qui, bien sûr, entraine comme on l’a déjà vu un profond sentiment de dérangement chez le spectateur mais aussi chez le personnage. A partir de ce moment, Bill va devenir de plus en plus incertain, et de plus en plus rongé par le doute et la peur. Parallèlement, le film va prendre des teintes plus obscures, plus angoissantes. En effet, alors que Kubrick offre au spectateur un personnage tétanisé et horrifié, différents éléments scénaristiques permettent de faire grimper le rocambolesque du tragique : Bill se sent suivi, il apprend que Domino souffre du SIDA, il retrouve le cadavre de Mandy, suppose que le marchand de costume prostitue sa fille, etc. Le film se construit comme si un étau se refermait sur Harford. Le spectateur, ne pouvant l’ignorer, est profondément influencé et effrayé. Mais alors que le personnage principal semble retrouver la paix à la fin du film, il n’en est rien pour le spectateur, toujours aussi déboussolé et interloqué. L’omniprésence du sexe :    La figure sexuelle est une des plus présentes dans l’ensemble du métrage : c’est le sexe qui est le véritable catalyseur du film. C’est lui qui permet l’évolution du schéma narratif, mais aussi des personnages. Kubrick en livre une vision singulière, angoissée et angoissante. Les personnages s’y heurtent et s’en voient exclus, passifs ou incapables d’y parvenir. Dès l’ouverture du film, Ziegler ne s’attire que des ennuis en ayant un rapport sexuel avec une femme. La sexualité est également présente quand Alice et son mari, nus, s’embrassent et se caressent, avant un supposé rapport, mais Alice semble réticente, presque étrangère à la situation. Ce sont bien les fantasmes d’Alice, desquels son mari est absent, qui vont pousser Bill à s’enfuir. C’est bien une tentative de rapport que Bill va tenter d’obtenir en se rendant chez Domino, mais il ne va finalement pas pouvoir s’y résoudre. C’est bien le sexe l’objet principal de la soirée masquée, dans laquelle le médecin new-yorkais va errer, hébété, et passif. A chaque fois, tout en étant l’objet principal des séquences et l’objectif final des personnages, le sexe se dérobe au profit d’une certaine angoisse. Jamais représenté comme action des personnages principaux, toujours en arrière-plan, et toujours hypothétique et insaisissable, le sexe est déclencheur de phénomènes psychologiques étranges, notamment pour Bill qui ne parvient jamais à se livrer totalement à elle. L’incantation finale, l’énigmatique « Fuck » s’en voit transfiguré. D’une idée intrinsèquement excitante, on passe à un sentiment mitigé, entre angoisse et surprise : si on peut y voir un retour à la normale, à la vie de couple banal, on peut aussi y voir, à l’inverse, un message pessimiste d’un homme qui n’a jamais pu se résoudre au sexe, par peur, ou par volonté, et qui ne montre aucun signe de changement.   Une psychologie recherchée :   Eyes Wide Shut s’inscrit finalement très bien dans la filmographie de son réalisateur. Il est pour ainsi dire assez similaire à d’autres films comme Shining ou Full Metal Jacket, de par leur ambition de proposer un portrait psychologique des personnages. Mais c’est dans son dernier film que Stanley Kubrick pousse sa démarche le plus loin et se rapproche même parfois de la psychanalyse freudienne et de sa transposition bergmanienne au cinéma. Kubrick reprend en effet de nombreux éléments propres au cinéma du meilleur auteur suédois de l’histoire, et notamment les projections de l’esprit des personnages. Ainsi, Kubrick représente les fantasmes d’Alice très symboliquement, en utilisant un filtre bleuté du meilleur effet. Mais ces projections ne restent pas de simples éléments isolés qui ne sont destinés qu’au spectateur. Il s’agit en réalité non pas des pensées d’Alice, mais des pensées de Bill, qui devient prisonnier de sa propre imagination et des ses propres doutes : plusieurs fois pendant le long-métrage, ces visions reviennent à l’esprit du médecin new-yorkais. Kubrick livre également des portraits soignés de ses personnages, ce qui contribue bien sûr à entretenir l’angoisse. Bill est un personnage en proie à la panique, passif et qui cède, alors qu’il semblait au début du film sûr de lui et entreprenant. Plusieurs fois, on peut le voir pleurer, s’effondrer complètement et se déliter au fur et à mesure que le film avance : c’est la scène où il retourne chez lui en pleine nuit et qu’il s’effondre en pleurs sur le lit conjugal ; c’est aussi la scène de la discussion finale avec Ziegler, dans laquelle il semble décontenancé et perdu entre ses idées et ses certitudes.   A l’inverse, le personnage d’Alice semble beaucoup plus solide et fort que celui de son mari. En effet, elle est toujours en position de force, avec un statut de dominante. Alors qu’elle est saoule ou droguée, c’est elle qui invective un mari qui ne sait quoi répondre. Alors que Bill revient un soir complètement terrorisé, Alice se moque de lui ouvertement. Si la figure du couple moderne que représentent les deux personnages se fissure, c’est bien l’épouse qui déclenche la première brèche, alors que c’est le mari qui entraîne la suite du désenchantement, tant il s’avère passif. Un autre élément cinématographique emprunté à Bergman, qui l’utilise notamment dans Persona et Monika, le regard-caméra, étaye ce constat. Dès que Bill regarde le spectateur, c’est angoissé, perdu, terrorisé, les yeux grands ouverts. Dès qu’Alice regarde le spectateur, c’est ennuyée, mais supérieure, voire énervée et agressive. Dans son article tiré du numéro 85 des Cahiers du Cinéma, Jean-Luc Godard affirmait : "Un film d'Ingmar Bergman, c'est, si l'on veut, (…) le monde entre deux battements de paupières, la tristesse entre deux battements de coeur, la joie de vivre entre deux battements de mains." Ce que fait Kubrick dans Eyes Wide Shut, c’est un peu cela, l’analyse des sentiments humains en une fraction de secondes, et leur évolution sur quelques jours. Un chef d’œuvre :   Mais alors que les films du Maître suédois peuvent sembler à certains longs et ennuyeux, Kubrick se détache de ce postulat avec brio, en répercutant ses analyses sur le spectateur, grâce à une trame profondément angoissante, et absolument étrange. Presque comme une catharsis. A la sortie du film, la majorité de la critique voulait se laisser du temps pour critiquer le film : ce temps-là est passé. Il est désormais temps de livrer un jugement : Eyes Wide Shut est un pur chef d’œuvre. Livrant une étude quasiment psychanalytiques des personnages, Kubrick, comme à son habitude, tue l’ennui en réalisant un film totalement bizarre, et fascine un spectateur terrorisé. Loin de toute inutilité, loin de toute longueur, loin de tout ennui, loin de tout maniérisme, tel est Eyes Wide Shut. En 1999, la critique était néanmoins unanime : le mystère du film et ses différentes interprétation sont impénétrables. Certains supposaient alors que le temps aiderait les choses. Mais comme avec 2001, les interrogations demeurent. Dans et avec ce film, une chose est sûre : quelque chose persistera toujours, quel que soit les hypothèses, les solutions et les réponses, quelque chose, finalement très caractéristique de la filmographie kubrickienne, qui fascine et qui interroge, qui reste spécifique aux grands films, quelque chose de simple et d’infiniment compliqué. En deux mots plutôt qu’en plusieurs, car la vérité est dans la nuance : le mystère.
Valentin Lutz

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