Ellipse #3 : « Pulp Fiction », le chef d’œuvre intemporel

Lorsque l’on parle de chef d’œuvre postmoderne, il est difficile de faire l’impasse sur Pulp Fiction de Quentin Tarantino. Film culte sorti aux Etats-Unis le 14 octobre 1994, il reçoit la Palme d’Or du Festival de Cannes présidé par Clint Eastwood, obtient l’Oscar du meilleur scénario Original et est sélectionné par le National Film Registery pour être conservé à la Bibliothèque du Congrès des Etats-Unis d’Amérique.

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Il apparaît primordial d’appréhender la manière dont l’idée de ce film a germé dans l’esprit de Quentin Tarantino et de Roger Avery. La lecture des pulp magazines et le visionnage des Trois Visages de la Peur de Mario Bava, furent ni plus ni moins, une inspiration conséquente fondant les piliers de la structure cinématographique de Black Mask, titre temporaire de Pulp Fiction. La réflexion sur l’ossature du film est originalement édifiée, mettant en place un scénario en trois chapitres distincts s’entremêlant et ne composant finalement qu’une seule Histoire.

Après s’être partagé le travail, Quentin Tarantino écrit une partie du scénario qui se transforme finalement en Reservoir Dogs, son premier long-métrage. Le véritable récit de Pulp Fiction est alors composé par ce dernier à Amsterdam en 1992. Roger Avery, lui, esquisse le portrait de The Gold Watch (deuxième chapitre de Pulp Fiction) sous le nom de Pandemonium Reigns et rédige deux scènes mythiques de The Bonnie Situation (troisième chapitre de Pulp Fiction) que sont le miracle du tir et l’accident de la mort de Marvin. Au début de l’année 1993, le projet est enfin lancé. Après avoir passé un accord avec Jersey Film qui vend le scénario à Colombia TriStar, c’est Miramax Films acheté par Disney qui finance entièrement la production avec un budget de 8 000 000 $. Le tournage débute alors en septembre à Los Angeles et le film est enregistré sur une pellicule 50 ASA, plutôt lente et qui permet d’éviter des images à grain. Le 14 octobre 1994, Pulp Fiction sort aux EUA dans 1338 salles, ce tableau du septième art reste deux semaines en première place du Box Office américain avec un pourcentage incroyable de critiques favorables (93%).

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Ce serait détruire un monument historique que de résumer Pulp Fiction en quelques mots. Tarantino et Avery ayant créé trois chapitres sans chronologie (Vincent Vega and Marcellus Wallace’s Wife – The Gold Watch – The Bonnie Situation), les histoires se déchirent et se confondent, s’éloignent et se surplombent. Mais pour donner l’appétit à ceux qui n’ont pas encore expérimenté le sentiment mélangé d’adoration et de répulsion que procure le film et pour ceux qui ont pu goûter aux sensations de choc et d’extase offertes par ses perspectives réduites voire oppressantes, je vais m’arrêter sur les grandes lignes du récit de manière ordonnée. Le fil conducteur du film suit le générique légendaire de la reprise de Misirlou par Dick Dale. Deux tueurs, Vincent (joué par John Travolta) et Jules (représenté par Samuel L. Jackson) doivent récupérer une mallette appartenant à Marsellus Wallace (interprété par Ving Rhames). Pour cela, ils n’hésitent pas à passer par les armes. Ils sont obligés de se débarrasser d’une de leurs victimes dont ils ont fait exploser le crâne par accident dans leur voiture. Passant près d’un restaurant, la faim au ventre, ils s’arrêtent quelques instants et évitent un mémorable carnage. Le soir même, Vincent est chargé de distraire la femme de son patron, Mia Wallace (incarnée par Uma Thurman). On approche alors les scènes incontournables du twist ou encore du sauvetage de Mia, en pleine overdose après avoir inhalé une dose considérable d’héroïne. Vincent, le lendemain, se voit attribuer une nouvelle mission, qui sera sa dernière, consistant à abattre un boxeur, Butch (présenté par Bruce Willis). Ce dernier en prenant la fuite croise alors Marsellus. Dans une frénétique poursuite, ils se retrouvent tous deux dans un magasin où ils sont faits prisonniers. Marsellus est violé puis, sauvé par Butch qui se voit accorder le pardon et la promesse de pouvoir s’enfuir avec sa compagne.

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Vous avez pu remarquer dans ce court synopsis, le casting phénoménal et la mise en œuvre de la comédie noire des années 1950 sur fond de toile et d’activités modernes des années 1990. Tarantino sait mettre en avant ses personnages qui ont tous l’air d’être des acteurs principaux, authentiques mais toujours aussi distrayants. Dans Pulp Fiction, les protagonistes nous sont tous présentés par binôme se complétant par leur audace et apportant des dialogues désarmants qui forment le comique du récit, lui-même agrémenté par le décor de la culture populaire imprégnant l’atmosphère. Chaque thème est abordé simplement et sans ambages, mais c’est celui de l’amour implicite qui est le socle ou même peut-être la morale du film. Les personnages dont l’humanité est pourtant difficile à percevoir donnent à l’amour un rôle essentiel : l’amour humain ou l’amour divin rythme l’Histoire. Je m’explique. Si nous nous concentrons sur chaque protagoniste, nous pouvons remarquer que les binômes ne sont pas formés pour rien : les deux braqueurs sont amoureux ; Vincent est attiré sexuellement par la femme de son patron ; Jules se rend compte par un miracle qu’il ne veut plus être un tueur mais qu’il veut se consacrer à son adoration pour Dieu ; Butch part avec sa compagne après avoir traversé de nombreuses péripéties ; enfin l’ami de Jules (joué par Tarantino pour couronner le tout) presse les tueurs de quitter son logement pour éviter un divorce avec sa femme … Tout revient au même point culminant qui reflète ma vision de Pulp Fiction : entre violence et animosité se trouve toujours une subtile sensibilité permettant d’apporter un certain degré de réalisme.

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D’autre part, de nombreux décalages donnent le tempo de la narration. Qu’ils soient entre la parole et l’action, le temps et l’espace, l’image et le son, tout est coordonné de façon incroyablement judicieuse : la répétition du même passage de la Bible par Jules avant d’abattre une victime insiste sur la pression émotionnelle. Le temps et l’espace jouent aussi un rôle prédominant laissant les traces de croisements et de déconstructions du récit. Ils sont utilisés de manière éloquente permettant le dynamisme de l’histoire et l’interrogation du spectateur, submergé par l’insolence et l’intelligence de ce maniement de caméra. D’ailleurs, qui connaît le film Pulp Fiction sans en connaître la Musique ? Il a reçu le prix de la meilleure bande originale aux Brit Awards de 1995 ! La reprise de Misirlou par Dick Dale ou de Girl, you will be a woman soon par Urge Overkill sont des mélodies qui restent dans les mémoires de génération en génération.

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Ainsi, Pulp Fiction reste un incontournable de l’Histoire du cinéma. La confrontation des genres et des dimensions nous poussent vers des sentiments controversés qui ne laissent place qu’à une mouvance d’admiration pour la recherche et la mise en place de scènes si bien définies. Je ne peux, finalement, que vous inciter à visionner ou à re-visionner ce film culte qui fait entièrement partie de notre culture moderne.

Laura LÉGER

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P.S. Les petites anecdotes de Pulp Fiction :

- Le portefeuille de Jules où est inscrit "Bad Mother Fucker" appartient réellement à Tarantino ; - Le trophée après la danse de twist a été volé par Vincent et Mia. En effet, par la suite lorsque Butch rentre dans son appartement, nous pouvons voir à la télévision la plainte de Jack Rabbit Slim à propos du vol ; - Le pansement dans la nuque de Marcellus ne fait pas partie du scénario, en effet Ving Rhames s’est coupé en se rasant le crâne.

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