Ellipse #5 : le fabuleux univers de Miyazaki

En septembre 2013, Hayao Miyazaki annonçait, au plus grand désespoir de ses nombreux fans, qu’il prenait sa retraite et que Le Vent se lève était son dernier long-métrage. Cette annonce n’était pas la première de ce type, mais cette fois-ci, la décision semblait bien ferme. Et la planète entière est tombée dans le panneau… En effet, il y a quelques jours, l’ambassadeur mondial du Studio Ghibli a laissé entendre qu’il travaillait à présent sur la réalisation d’un nouveau long-métrage : Boro la petite chenille (Kemushi no boro), prévu pour 2020. Une merveilleuse nouvelle en ce mois de Novembre ! Close Up saute donc sur l’occasion pour vous parler de l’icône du cinéma d’animation japonais, Hayao Miyazaki, et plus particulièrement du chef d’œuvre qui l’a rendu célèbre : Nausicaä de la Vallée du vent. 18651925 Réalisateur mythique, il est l’auteur d’une œuvre riche avec 11 longs-métrages et autant de courts. Depuis la renommée internationale de Princesse Mononoké en 1999, ses films connaissent un relatif succès en France, dont ont notamment profité le chef-d’œuvre Le Voyage de Chihiro ou Le Château ambulant. Mais les 6 films précédant cette toute nouvelle popularité occidentale sont, en comparaison, restés dans l’ombre (sauf peut-être Mon Voisin Totoro). Porco Rosso, Kiki la petite sorcière et Le Château dans le ciel sont pourtant eux aussi des réalisations magistrales. Et que dire alors de Nausicaä de la Vallée du vent ? Premier véritable succès d’Hayao Miyazaki, Nausicaä de la Vallée du vent représente un élément fondamental de son œuvre à plusieurs titres. D’abord, c’est grâce à lui qu’il accède pour la première fois à la reconnaissance du public. Ensuite, les recettes que le film engrangera lui permettront de fonder le studio Ghibli, indissociable du reste de sa carrière. Enfin, on retrouve déjà dans le film la plupart des éléments qui font le sel d’un Miyazaki. l Le chemin qui a mené jusqu’à Nausicaä a pourtant été long. Son premier film Le Château de Cagliostro, sorti en 1979, obtient une reconnaissance critique et ne parvient pas à éveiller l’enthousiasme du box-office. Le réalisateur n’en tire pas les fonds suffisants pour se lancer seul dans un nouveau projet de long-métrage et les producteurs refusent de le soutenir dans le projet de Nausicaä. En 1981, Miyazaki décide finalement d’en faire un manga dont le premier numéro sort en 1982. Rapidement, le succès est au rendez-vous, et même au-delà de la sphère spécialisée. Le manga est cité dans des quotidiens nationaux généralistes. Hideo Ogata, rédacteur en chef de la revue spécialisée Animage propose alors à Miyazaki de réaliser un film pilote d’un animé de 5 minutes. Le projet passe à 10 minutes puis est abandonné, en raison du budget trop important qu’il implique… Mais l’idée resurgit quand une société de production offre fin 1982 de réaliser un animé d’une demi-heure. Miyazaki négocie et obtient la prolongation à 1h10. Face aux coûts, il est finalement décidé d’en faire un véritable film permettant de rentabiliser la production. Le projet est lancé en 1983 et l’aventure ne s’arrêtera plus… Mais l’univers et le scénario du manga sont trop vastes et trop complexes pour être pleinement restitués dans le film. Aux côtés d’Isao Takahata (autre grand réalisateur connu notamment pour le merveilleux Pompoko), Miyazaki doit donc construire un scénario plus simple sans pour autant trahir l’ouvrage original pour ne pas décevoir les fans. Le premier scénario envisagé aurait dû durer 3 heures ! Avant que Miyazaki ne le réduise finalement à deux heures… Le film nous immerge dans l’univers fantastique de Nausicaä, princesse héritière de la Vallée du vent. 1000 ans auparavant, une guerre totale de 7 jours a dévasté la Terre. Depuis, la fukai, une forêt toxique et mystérieuse, progresse petit à petit, réduisant les espaces habitables. Alors que les grands royaumes humains continuent à se faire la guerre. Protégé de la pollution par des vents marins, la Vallée du Vent est un des derniers havres de paix de la planète. L'Empire Tolmèque, voisin puissant de la Vallée, entreprend de détruire la fukai, menaçant le fragile équilibre naturel de la planète pour servir ses propres intérêts. Pour arriver à ses fins, il n'hésite pas à envahir le petit royaume et emprisonner Nausicaä. Celle-ci parviendra-t-elle à s'échapper pour percer le mystère de la fukai et sauver la Vallée ? il_570xn-865945070_p3iy On retrouve déjà dans le film la patte illustratrice de Miyazaki. Le trait fin et net rend l'image très lisible, accessible à tous. La plus grande force du dessin est de parvenir à retranscrire le vent présent en permanence dans le Vallée et acteur déterminant de l'histoire. Le vent se ressent d’autant plus au travers des nombreux aéronefs en tout genre, objets de fascination pour Miyazaki qui en introduit dans la quasi-totalité de ses films. Les couleurs choisies avec soin sont non seulement très harmonieuses mais aussi porteuses de sens. Le vert désigne la paisible Vallée, le bleu est symbole de pureté tandis qu'un rouge sombre associé au brun ou au noir traduit la fureur et la violence.   Au dessin s'ajoute la musique. Une certaine mélancolie se dégage du thème au piano et de la chansonnette qui surgit au détour de flash-backs de Nausicaä. Elle vient en douceur souligner le message du réalisateur. Miyazaki réalise en effet en 1985 l'un des premiers films écologistes de l'histoire. Dans un mélange de tristesse et d’espoir, il dénonce avec véhémence la folie des hommes dans leur comportement vis-à-vis de la Nature. Incapables d'apprendre des erreurs du passé, ne cherchant pas à comprendre ce qui les entoure, ils continuent leurs entreprises destructrices qui ne pourront les mener qu'à leur propre ruine. Il est vrai que la Nature semble hostile, entre les Ômus, trilobites gigantesques et destructeurs, les insectes aussi repoussants que démesurés et les spores toxiques des champignons géants. Mais la violence de la Nature n'est qu'apparence et celui qui cherche à la comprendre seul pourra découvrir le rôle essentiel qu'elle joue. Le film est aussi un manifeste pacifiste. Les habitants simples, bons et courageux de la Vallée sont mis en contraste avec les soldats bêtes, méchants et, qui plus est, couards de l'Empire Tolmèque. Au désir vain et cruel de vengeance et de puissance des chefs militaires, s’opposent la simplicité, l'humanité et le désir de paix des peuples. Des peuples et le plus souvent des femmes, car c'est encore là l’un des points qui caractérise le génie de sa filmographie. Il est résolument féministe. Comme dans bon nombre des Miyazaki, les femmes tiennent non seulement les premiers rôles mais aussi les rôles les plus positifs, tout en échappant aux clichés. Ainsi, Nausicaä est l'héroïne symbole de pureté et  de bonté, mais il lui arrive parfois aussi de céder à la colère. Plus courageuse que tous les hommes, elle fait également preuve d'une lucidité sans pareille qui lui permet de découvrir le secret de la Fukaï (on ne vous dira pas quoi). Face à elle, Kushana, princesse Tolmèque, semble être la seule capable de réfléchir parmi l’armée qu’elle commande. Obada (la grand-mère, autre personnage de bienveillance récurrent dans l’œuvre de Miyazaki) est la figure morale, l’incarnation de la sagesse populaire de la Vallée du vent. Les hommes sont cantonnés aux seconds rôles, stupides et mauvais dans le cas du Tolmèque Kurotawa, ou sympathiques faire-valoir dans le cas du Péjité Asbel. nausica Ecologie, pacifisme, féminisme, le tout porté par un engin aérien, sont des éléments indissociables de l’œuvre de Miyazaki, mais celle-ci ne serait rien sans la poésie qu’il lui insuffle sans modération. Nausicaä de la Vallée du vent en est emprunte, et c’est ce qui rend ce film aussi beau et aussi puissant. Parmi ses plus belles scènes : Nausicaä volant tel un oiseau sur son planeur au milieu du ciel bleu. Il y aurait encore beaucoup à dire sur ce film (j’étais prêt à en réécrire presque autant) mais le mieux reste encore de voir par soi-même ce bijou de l’animation japonaise. N’hésitez pas, ce sont deux heures de pur plaisir, qui, à moins que vous ayez perdu votre âme, vont vous bouleverser. Jean Cailleau   La bande-annonce : http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18636925&cfilm=40132.html

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