Fausses notes – Au bout des doigts

Ludovic Bernard / 2018 / 1h46 / Images en accéléré. Une foule dans le hall, sur les escalators, emportée par la routine quotidienne. Une musique qui donne le tempo à ces élans pressés d’individus dans les stations parisiennes. Elle est signée Harry Allouche et est d’une extrême beauté, très puissante. C’est de cette façon que commence Au bout des doigts, le film de Ludovic Bernard. Alors on se dit que cette entrée en matière n’est que l’avant-goût d’un film tout aussi entraînant; mais on prend vite conscience du fait qu’il était trop hâtif de s’enthousiasmer.

Mathieu Malinski est un « jeune de banlieue » qui a été très tôt pris d’une passion pour le piano. Pierre Geitner, directeur du Conservatoire National Supérieur de Musique, le remarque au piano d’une gare, est subjugué par son génie et après maintes tentatives, finit par l’inscrire au Concours national de piano. Nous observerons sa progression sur un morceau peu connu du grand public, le Concerto n°2 de Rachmaninov. Le choix de l’œuvre est astucieux, car il nous permet de découvrir une partition intense, dont le déchiffrage est extrêmement complexe. Il est épaulé pour cela par Geitner, mais surtout « la comtesse », sa professeure de piano durant ses répétitions.

Bien sûr, la scène de la gare (cinq minutes après le début du film) se termine pour Mathieu par une course-poursuite avec la police, de quoi immédiatement stéréotyper le personnage. Cette manière de le représenter se développe tout au long du film, et ne s’en trouvera que renforcée. A vouloir représenter la réalité des quartiers défavorables en France, le réalisateur n’en fera qu’une caricature. C’est bien la vision du « jeune de banlieue » par excellence qui est mis en exergue. Survêt, argot, joints, scooters, en passant par vols et travaux d’intérêt général, le trop pleins d’éléments devient indigeste pour le spectateur. C’est un énième film qui tente de dépeindre les banlieues. Alors, il devient dur d’égaler un film aussi grandiose que Divines, dans ce sens-là. Nos attentes n’étaient pas aussi élevées, mais pas si basses non plus. Rien n’est fait dans la nuance et ce défaut apparait aussi dans d’autres facettes du film.

En effet, une histoire d’amour se développe parallèlement à l’intrigue principale. Il s’agit de la partie la plus exaspérante du film. La fille tombe en roller, le garçon l’aide à se relever, les deux dansent dans Paris... Le type de scène digne d’un long métrage de Disney Channel (avec tout le respect que j’ai pour High School Musical).

Du côté de Geitner, le directeur, émerge une histoire profonde, celle de la mort de son fils. Il tenterait selon sa femme de transposer son existence sur le personnage de Mathieu. Banalité affligeante pour cette « comédie dramatique ». Par ailleurs, le point qui reste encore assez incompris à mes yeux est le déplorable jeu d’acteurs. Impossible d’imaginer cela de la part de Lambert Wilson (Pierre Geitner) et de Kristin Scott Thomas (la comtesse) lorsqu’on voit leur prestation dans Suite française par exemple.

En outre, cette histoire fait (beaucoup trop) penser au Brio, un film sorti en 2017. Le film retrace le parcours d’une « jeune de banlieue » qui se prépare au fameux concours Eloquentia. A la place du concours d’éloquence, un concours de piano, à la place d’une université, un conservatoire de musique. Mais EXACTEMENT la même manière de mettre en lumière la préparation, les hauts et les bas, les coups de nerfs. A force de réutiliser une formule qui a marché, cela en devient lassant.

En bref, même la mélodie du piano échoue à embellir une histoire comme celle-ci.

Par Tivana Dorostgou

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