Hostiles – La malédiction de l’Ouest américain

New mexico, 1892. Après avoir combattu les Peaux Rouges toute sa vie et à quelques mois de la quille, le capitaine de cavalerie Joe Blocker se voit imposer par ordre du Président Harrison de reconduire un prisonnier Cheyennes, Yellow Hawk,  et sa famille dans ses terres sacrées au Montana. A la tête d’une petite escorte, Blocker va traverser l’Ouest américain, au gré de rencontres et de pertes, toutes toujours violentes…

Scène d’introduction. Rosalie Quaid (Rosamund Pike) donne la leçon (en français) à ses petites filles en berçant son petit dernier. Son mari scie du bois dehors et tout semble tranquille. Mais pas pour longtemps. Des cavaliers Comanches débarquent au triple galop pour voler les chevaux et tout brûler. Ils ne font qu’une bouchée du fermier, arrachent son scalp sanglant sous nos yeux. La famille fuit vers les collines. Que peuvent bien faire une femme et des enfants ? Qu’a cela ne tienne, les Comanches, très bons tireurs, abattent les deux petites filles dans le dos, dans l’impuissance de la mère qui se retourne, juste à temps pour qu’une balle vienne se loger dans le couffin. Terrible. Impossible de ne pas voir la tache rouge qui s’étend sur le linge, de ne pas sentir le cœur qui s’arrête de battre de la mère, morte en même temps que ses enfants. Pourtant elle court. La caméra fébrile la suit dans la forêt et montre son attente interminable alors que les Comanches, décidés à finir le boulot, passent la forêt au peigne fin. Le champ/contre-champ est interminable. Elle survit. Mais est-elle encore capable de vivre ?

Le film commence très fort. Le réalisateur ne nous ménage pas. Pourquoi le ferait-il ? Ce n’est pas son style. Scott Cooper, qui avait déjà collaboré avec Christian Bale sur les Brasiers de la colère en 2014 mais qui s’est surtout fait connaître après Strictly Criminal en 2015, est un habitué du cinéma violent. Violent et exclusivement américain. Strictly Criminal se passe sur la côte Est mais c’est le grand Ouest américain qui est son cheval de bataille. Et il est très dur cet Ouest américain. Dur mais intense. La vie y est vécue 100 fois plus forte. C’est en tout cas ce qui est développé à l’écran. Visuellement le film est sans tâche. Filmé en grande partie en décors naturels à couper le souffle, on sent l’aridité des grandes plaines à travers l’omniprésence du jaune et ce soleil insoutenable qui nous gène en même temps que les personnages. Mais on sent aussi l’humidité des forêts, on voit la boue noire et les teintes immédiatement assombries des bois. On voit enfin la dureté des montagnes, grises et implacables mais au combien magnifique au couché du soleil. Hostiles est une œuvre qui se savoure d’abord avec les yeux. Les grands plan larges, fixes bien entendu, visent à créer une perspective isolant la petite procession de nos protagonistes.

Mais l’intensité se goûte aussi dans les personnages. Les jeux d’acteurs sont très justes. Parfois un peu trop. Les fans de l’actor studio y trouveront leur bonheur mais certaines postures étaient pour moi exagérées. Christian Bale qui incarne Blocker est très juste et son visage fermé ne fait que transmettre encore plus l’intensité de sa personnalité dans ses simples yeux. Mais un homme confronté à un tel passif ne pourrait pas rester ainsi stoïque, il devrait avoir des doutes, craquer comme le Sergent-chef Metz (Rory Cochrane). Rosamund Pike est-elle juste quand elle se déforme le visage face caméra dans une horrible litanie gémissante après avoir aperçu des indiens ? Il est vrai certes que je ne sais pas comment se sent une mère qui a tout perdu, mais le jeu rend le spectateur inutilement mal à l’aise. Cela dit les seconds rôles sont aussi importants que les premiers. Ils sont blessés dans leur chair ou tués, sans concession, alors même qu’on peut lire la peur animale qui saisit un homme sur le point de connaître sa fin. Le pauvre soldat Desjardin (incarné par Timothée Chalamet qui est décidément partout !) comme le Lieutenant Kidder (par l’incroyable Jesse Plemons) ou bien Woodsen (Jonathan Majors), noir, qui sait qu’on ne lui donnera jamais plus sa chance s’il quitte Blocker. Je tiens à mentionner spécialement Ben Foster qui, malgré une apparition éclair, est remarquable dans ce film. Il est l’écorché vif américain repris de justice, baigné depuis toujours dans la violence, rôle qui est à rapprocher de celui qu’il incarnait déjà dans Hell or High Water. Et comment ne pas mentionner la thématique des Natifs ? Un groupe de 5, 10 à 70 ans, en osmose parfaite avec le paysage. L’Homme blanc se débat, il lutte avec l’Ouest américain. Mais le Natif connaît la terre et reste stoïque, digne, toujours groupé, généralement reconnaissant mais punitif et tout autant violent quand il faut l’être. Yellow Hawk (Wes Studi) est mis en avant mais il ne se distingue pas forcément du groupe des Indiens.

C’est un film puissant, qui galvanise l’engagement des colons, ne punit pas la violence mais ne la glorifie pas. Mais qui surtout n’hésite pas à démolir les prémices des grandes hypocrisies américaines qui se mettent en place à l’époque : l’organisation de l’administration et celle du droit de propriété. M’étalez là-dessus prendrait trois autres pages, je vous laisse juger. L’Ouest dans ce film est un lieu de malédiction, un endroit ou finir sa vie, pas la commencer. Et ceux qui n’y succombent pas sont en fait les plus désireux d’en finir car ils ne possèdent rien. Rien qu’eux-mêmes et l’intensité de ce pays délaissé de Dieu pour continuer à avancer.

Vous l’aurez compris, j’ai aimé.

Max Vallet

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