Insupportable ! The Riot Club – Lone Scherfing

Insupportable ! The Riot Club – Lone Scherfing

Miles (Jeremy Irons) et Alistar (Sam Clafin), brillants rejetons de la « upper-class », intègrent Oxford dans un mélange d’anxiété et d’excitation. Le premier, idéaliste et social-démocrate, fricote avec une jeune boursière ; le second, antipathique et conservateur, tente, sans succès, d’égaler son grand frère prodige, sous le regard méprisant du paternel. Tous deux sont introduits dans le très sélect « Riot Club », où l’élite de la nation vomit son champagne en costume de luxe…

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Lone SCHERFING signe son huitième long-métrage, avec The Riot Club, paru en salles le 31 décembre 2014. La réalisatrice danoise réinvestit les bancs d’Oxford, après « Une éducation » (2009), pour nous livrer, à nouveau, le parcours initiatique de cette jeunesse britannique privilégiée. Après avoir adapté à l’écran le roman à succès de David Nicholls, « Un jour » (2011), elle reprend ici la pièce de Laura Wade, « Posh ».

Alors que les premières minutes présagent une comédie légère, à la trame de fond usée : deux amoureux que quelques strates sociales séparent, la romance vire au drame, atteignant son acmé lors de cette « grande bouffe » dans une salle privatisée d’un restaurant populaire du patelin du coin. Cette séquence maîtresse (au moins un tiers du film !), merveilleusement bien montée, permet de faire grimper la tension du spectateur qui se retrouve coincé, malgré-lui, dans cette orgie à huit-clos. Tous les excès sont permis, les langues se délient : Alistair entame avec solennité un laïus sur son dégoût des « pauvres », sous le regard desoeuvré de Miles. Tout est fait pour nous rendre cette bande d’ivrognes obscènes insupportables… Déversant tout leur dégoût pour la classe populaire, dans une escalade de la violence qui leur échappent sous l’effet des rails de coke et des bulles du champagne, la jeunesse dorée en costume pingouin finit par battre à mort le propriétaire des lieux, ce bonhomme rond et joufflu.

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Toute la force du film tient en ce sentiment de gêne et de dégoût qui ne lâche pas le spectateur. Insupportable ! Tout est insupportable ! La responsable casting a soigneusement choisis des acteurs aux aires de mannequin dont on aimerait fracasser les gueules d’anges. Si certaines critiques dressent un parallèle avec le « Dogme 95 » (mouvement initié par Lars Von Trier, voulant dépouiller les productions de toute ambition esthétique pour être en prise avec le réel), Lone SCHERIG suit, à mon sens, un tout autre objectif. Tout témoigne d’une esthétique très léchée : de la lumière rasante sur les toits de la romanesque Oxford à la bibliothèque aux livres jaunis et au bois verni, en passant par la « Grande Salle » (qui prêta ses lieux aux apprentis sorciers de Poudlard). Peut-être est-ce une erreur, car l’esthétisme étouffe la critique sociale sous-jacente plus qu’elle ne la sert.

Après nous avoir tenu en haleine, le film s’essouffle. La fin semble bâclée. Lone SCHERIG affirmait dans une interview que le spectateur sortirait de la projection en se disant que « le monde ne tourne pas rond ». Certes, mais l’opposition manichéenne entre Miles et Alistair ne permet aucune voie de sortie réaliste de ce cercle infernal…

Judith Lienhard

1 Comment

  1. Je pense que l’idée est justement qu’il n’y a pas de voie de sortie apparente.

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