Invicible – Angelina Jolie

Invicible – Angelina Jolie

« We beat them by making it to the end of the war alive. That’s our revenge”

Second long métrage d’Angelina Jolie, Invincible (“Unbroken”), était l’un des films les plus attendus de ce début d’année. Largement évincé des prix les plus convoitées de la sélection des Oscars, cette longue épopée semblait pourtant calibrée pour les palmes hollywoodiennes.

Après Au pays du sang et du miel (2012), l’actrice/réalisatrice a choisi d’adapter l’extraordinaire vie de l’athlète olympique Louis Zamperini (1917-2014) dans une odyssée digne de la grande tradition américaine du film de guerre. Se frottant à la discipline risquée du film « tiré d’une histoire vraie », Angelina Jolie survit aux obstacles du genre et réussit son hommage dans ce spectacle vibrant et grandiose. Le défi était de taille, car Invincible pourrait faire penser à un mauvais scénario s’il n’était le récit véridique de l’extraordinaire épopée de l’athlète, survivant d’un camp de prisonniers au Japon ; une histoire relatée dans Unbroken : A World War II story of Survival, Resilience and Redemption de Laura Hillenbrand, le support d’Angelina Jolie.

Le film s’ouvre violemment sur un combat aérien dans le Pacifique, qui introduit les principaux personnages de la première partie du film, dont Louis Zamperini (Jack O’Connell). Alors que le bombardier américain est la proie de dizaines de zeros japonais, des flash back, plus ou moins subtiles, nous permettent de mieux connaître le personnage. Elevé dans une famille d’immigrés italiens, rebelle et sauvé par ses aptitudes à la course, Zamperini participe aux jeux olympiques de Berlin en 1936. Taillé pour l’effort et l’endurance, le parallèle est vite fait entre l’athlète et le survivant.

Invicible 2Très rapidement, l’équipe de Zamperini est décimée dans un crash qui le laisse vivant avec deux de ses coéquipiers, dérivant pendant des jours sur un modeste canot de sauvetage, avec tout ce que cela implique de scènes de requins, de survie et de désespoir face à l’imminence de la mort.

Après 47 jours, le canot est repêché au large des îles Marshall par un navire japonais et les survivants envoyés en camps de prisonniers. Le reste du film se concentre sur l’horreur des traitements infligés et l’extraordinaire ténacité du héros dans cette cruelle et impossible course de fond.

Zamperini devient vite la tête de turc du sadique colonel Watanabe, et le film installe en deuxième partie un douloureux face à face entre le prisonnier et le geôlier, rappelant Furyo (avec David Bowie), Le pont de la rivière Kwai, ou encore le plus récent et moins remarqué Railway man avec Colin Firth (2014). Néanmoins on aurait pu attendre du film un développement plus ample des personnages japonais, très délaissés, ou des personnages secondaires, effleurés par coups d’œil. Le point faible du film d’Angelina Jolie est certainement son impossibilité à traiter l’ensemble des sujets évoqués, balayés par le destin personnel de Zamperini, sur lequel l’histoire et la caméra sont presque exclusivement centrés.

Le destin individuel efface alors les imprécisions de la guerre qui fait rage en dehors de l’enfer du camp. Pendant le transfert des prisonniers vers un autre abîme, seule la traversée d’un village japonais rasé sous les bombardements évoque l’approche aussi sinistre qu’attendue de la fin de la guerre du Pacifique. La morale inflexible du héros est ainsi le véritable sujet du film.Invincible 3

Avec Invincible, Angelina Jolie réalise avec passion un film hollywoodien habile, rendant hommage au héros d’une improbable survie, et porté par le très convainquant Jack O’Connell.

Et si le film n’échappe pas aux inévitables composants du film de guerre à l’américaine, il en évite cependant les principaux écueils, se rapprochant plus de l’esthétique de Clint Eastwood dans Mémoire de nos pères que des trémolos de Pearl Harbor. Mais face au sobre final d’Invincible, on ne peut s’empêcher de penser plutôt à l’inoubliable film de William Wyler, Les plus belles années de notre vie, où à l’euphorie du retour au pays succède la difficile réadaptation au bonheur.

Un spectacle dur et poignant, sans temps mort ; et je le crois, honnête.

A vous de juger !

Emilie Fongione

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