Jack

Jack

Jack , c’est un petit garçon bouleversant et fort, sans âge visible, plus mature que vous et moi, dont la tranche de vie qui nous est présentée secoue. Jack est égaré dans un monde qui n’est pas celui où il devrait être, un monde qui l’oblige à se débattre. Jack, c’est la tristesse d’une enfance brisée trop tôt. Mais Jack, ce n’est jamais misérabiliste. Au contraire, le personnage éponyme joué par Ivo Pietzcker nous ébahit pas sa ténacité et par l’oxymorique halo taciturne qui l’enveloppe tout au long du film. A 10 ans, ce petit bonhomme est le ciment de sa famille monoparentale dans laquelle gravitent son petit frère Manuel, 6ans, et leur mère, aimante mais pas plus responsable que ce dernier.

© Diaphana Distribution

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Laissé seul face à ses obligations non méritées, Jack doit se charger de jouer les rôles adultes d’une famille. Cette situation sur le fil ne peut pas durer, et Jack se retrouve bien vite aux mains des services sociaux qui le placent en foyer. A la violence latente et extérieure que subissait, immuable, le petit garçon, se substitue la violence des autres enfants malheureux. A la manière d’un Sa Majesté des Mouches, en moins morbide, le foyer bucolique qui l’accueillait ne reste pas longtemps un espace de paix. Et lorsque Jack s’en enfuit, pour éviter la vengeance d’un camarade, retrouver son frère et voir sa mère qui avait annoncé venir le chercher un jour plus tard pour les vacances, c’est pour trouver une ville toute aussi menaçante. Ce ne sont pas les badauds qui font ici peur, mais bien les bâtiment, pas très hauts mais délabrés, les lampadaires, blafards, les rues et routes, longues et cabossées. 21047630_20131008154839668 Jack, petit bonhomme fidèle à son statut de chef de famille malgré lui va tenter de recomposer la famille éparpillée : d’abord son petit frère, laissé chez des amis (plus Thénardiers que Famille d’Accueil) pour un temps indéfini, puis sa mère. Mais la jeune et frivole dame est introuvable. Ni chez elle, ni sur son lieu de travail, ni auprès de ses récentes (et nombreuses) conquêtes. Errant dans cette ville, décor mort et morne d’un cinéma noir, les deux enfants (ou plutôt Jack et son bébé de frère, toujours endormi et attendrissant) commencent une quête initiatique pour retrouver leur mère, véritablement disparue, avec laquelle ils n’arrivent pas à avoir un contact (ni par les dizaines d’appels qu’ils lui passent, ni par les quelques mots griffonnés et déposés dans la boîte à lunettes posée près de la porte d’entrée de leur appartement, interface fait-maison et désuète). A travers les péripéties que traversent ce binôme touchant, c’est la solitude de Jack qui s’épanouit à la lumière. Cet enfant porte sur ses épaules le poids d’une famille qu’il subit et rien ne compense cette souffrance muette. Même quand sa mère (lorsqu’elle est présente…) l’embrasse et le câline dans leur appartement mal meublé, quand elle lui parle, c’est toujours pour aborder des futilités. Ce sont dans ce film les non-dits qui forment l’ambiance pesante, non-dits causés par cette frivolité de la mère ou par le simple manque d’interlocuteurs. Ces derniers sont remplacés par les bruits parfois assourdissants de la ville où une vieille carcasse de voiture abandonnée dans un sous-sol de parking est plus accueillante que son propre foyer. 423592 Dans ce monde hostile où les adultes fiables se comptent sur les doigts d’une main, le jeune Jack erre, marche, court après une vie qu’il aurait rêvée, mais surtout après un futur qu’il saura (et devra savoir) construire de ses propres mains. Ce film est haletant mais ce n’est pas un film de suspens ; il est émouvant mais pas tire-larmes ; il est ambitieux mais simple, et c’est peut-être ce qui fait toute sa force.

Cette pépite allemande bouleversante n’a pas volé sa nomination à l’Ours d’Or de Berlin et le jeune Ivo Pietzcker, rayonnant de mélancolie, mérite amplement d’être déjà nominé pour l’Ours d’Argent du meilleur acteur. Ce film bouscule en donnant une dimension gigantesque à une perspective d’enfant, ce qui est rare. Allez voir ce bijou brut et subtil, vous en ressortirez le coeur serré mais éblouis.

Elena Di Benedetto

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