Jusqu’à la garde – Garde toi de flancher

Premier film de Xavier Legard, Jusqu'à la garde met en scène le divorce du couple Besson. Pour protéger son fils d’un père qu’elle accuse de violences, Miriam en demande la garde exclusive. La juge en charge du dossier accorde une garde partagée au père qu’elle considère bafoué. Pris en otage entre ses parents, Julien va tout faire pour empêcher que le pire n’arrive.

Un mari, une femme, leurs avocates respectives à leurs côtés, deux versions d’une même histoire, et une juge qui doit décider laquelle des deux est un mensonge. Ainsi s’ouvre Jusqu’à la Garde, dans une séquence quasi-théâtrale où les diatribes des avocats révèlent blessures, tensions, reproches et déformations pour plonger le spectateur dans le doute.

On a fini par avoir l’habitude de ces scènes presque banales de bataille pour la garde des enfants, qui se terminent en général à l’avantage de la mère. Mais ici, le spectateur, plongé dans la peau de juge grâce à une judicieuse caméra subjective, ne peut se décider à trancher. La mère, incarnée par Léa Drucker, est-elle bel et bien la victime qui ne cherche qu’à protéger ses enfants ? Ou n’est-elle pas plutôt une manipulatrice qui veut empêcher son ex-conjoint de les voir ?

De bout en bout, une réalisation impressionnante de maîtrise pour un premier long-métrage permet d’instaurer une tension et un suspense inhabituels dans un tel drame. On ne s’embarrasse pas ici d’une longue et inutile exposition. Au contraire, dès la première scène, la crise est là, évidente, saisissante, et le film progresse ensuite à un rythme subtil et savamment travaillé jusqu’à atteindre un final d’une puissance rare. L’ensemble est d’une sobriété de circonstance et travaillée, sans violons mélodramatiques ou gros plans à outrance. Les visages sont filmés à cru, sans excès, les scènes ne basculent jamais vers des débordements de brutalité peu crédibles. La violence s’offre ici sous sa forme la plus vicieuse et finalement la plus vraie : insidieuse, cachée dans chaque phrase, prête à surgir à chaque instant, une constante intenable justement parce qu’elle n’éclate jamais.

Jusqu’à la garde est une œuvre brute mais pas brutale, qui évite avec le talent le manichéisme que l’on aurait pu redouter avec un pareil scénario, mais livre bien au contraire une heure et demie de métrage implacable et même traumatisant dans sa dernière séquence, servi par des prestations irréprochables de la part des acteurs. N’hésitez donc pas un instant à courir en salles, tout en ayant à l’esprit que certaines scènes particulièrement pénibles peuvent s’avérer éprouvantes pour certains.

Capucine Delattre

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