Katie says Goodbye – Lumineux malgré tout

Katie says Goodbye – Lumineux malgré tout

Katie est une jeune fille candide. Lumineuse, calme, elle rayonne sur son trou paumé de l'ouest des Etats Unis où elle a eu la malchance de naître et de grandir. Entre une mère alcoolique et pas vraiment maternelle et un père tout à fait absent et inconnu, Katie se construit auprès de sa patronne Maybelle dans le diner où elle est serveuse, et elle arrondit ses fins de mois en rendant des services sexuels rémunérés aux gars du coin et à certains de passage. Cela fait-il d’elle une prostituée ? Dans l’absolu oui, pourtant on ne se résout pas à la voir comme telle de tout le film.

Ce film est une tension : entre l’extrême violence et la plus pure douceur, l’amour et le mépris, l’espoir et… le désespoir. On oscille tout du long, saisis d’une volonté de rentrer dans l’écran pour prendre cette jeune Katie par la main et l’emmener loin de ce milieu bien trop vicié pour elle.

Katie vit : elle aide ses petits voisins, fait des heures sup’ au diner pour compenser les impayés de sa mère au chômage, rêve à s’évader à San Francisco avec les économies fruit de ses passes… Et puis elle aime. Elle aime Bruno, ce bourru tout juste sorti de prison (Christopher Abbott), comme un nouvel horizon dans cette bourgade bouchée et étouffante. Elle l’aime du premier jour où elle le voit, comme dans les films ou les romans. Et quand elle aime, elle ne compte pas, même si cet amour n’est pas tout à fait réciproque, même si ça implique de changer sa vie pour lui et renoncer à son équilibre.

Car quand Bruno découvre que Katie se prostitue, leur histoire prend une autre tournure, et l’équilibre précaire que Katie s’était échinée à établir vacille et tombe comme un château de cartes. La jalousie, la haine, la frustration, l’ennui sont autant de causes qui poussent des individus néfastes ou banals à passer à l’acte, irréversible, sadique, écoeurant. Et même là, lorsqu'il nous confronte à ce que la Terre a produit de plus laid, ce film reste profondément humain, et nuancé.

En fait, ce film est beau, d’une beauté incompressible, presque divine. Il est beau par sa lumière, franche, douce, orangée aux couchers de soleil. Il est beau par sa photographie, qui sait sublimer les grands espace américains pourtant si mornes, tantôt plutôt Hopper dans les restaurants, tantôt plutôt De Vinci quand la chaleur recrée un sfumato sur les reliefs en arrière plan. Il est beau quand il filme cette magnifique et dans un sens virginale Katie (Olivia Cooke), son sourire, ses fossettes, sa coiffure à bouclettes et son tablier du travail qu’elle ne quitte visiblement jamais. Il est beau quand il capte son vacillement à cette jeune fille à la fois inébranlable et si fragile, quand il saisit cette goutte d’eau qui fait déborder le vase déjà rempli.

La laideur des hommes est petite à côté de la grandeur douce de Katie. Et quand ils sont mesquin, vils voire franchement hideux et criminels, c’est encore elle qui sort droite bien que blessée.

Finalement, Katie says Goodbye est un concentré de l’humanité ; on y trouve le meilleur, on y trouve le pire. Et si parfois on la trouve à vomir, on veut continuer à y croire pour que les fleurs sauvages comme Katie puisse s’y épanouir enfin.

Elena Di Benedetto

http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19577082&cfilm=236453.html

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