La crise d’Hollywood

Depuis quelques années, le cinéma Hollywoodien semble vivre une certaine régression. Les foules ne se ruent plus dans les salles l'été pour voir les blockbusters. Les suites sans fin se succèdent. La nostalgie des succès passés et d'époques créatrices, désormais révolues, devient de plus en plus marquée. Pouvons alors parler d'une perte d'originalité pour expliquer cette triste impression de remplissage ? Une analyse précise de la décennie actuelle révélerait que les innovations esthétiques ou scénaristiques ont déserté les studios californiens. Il serait pour autant présomptueux de parler de chute du géant américain. L'idée de déclin culturel serait plus appropriée. La notion sonnerait d'ailleurs très juste aux oreilles de tout parisien cinéphile. En revanche, cette vision décliniste correspondrait elle à la perception qu'a le « français moyen » d'un tel phénomène ? N'oublions pas que ce français moyen, qui paye à un prix exorbitant sa place pour aller voir des films de mauvaise qualité, existe et tend même à se multiplier comme du pop-corn. Mais plutôt que dénoncer bien injustement ces « salauds de pauvres » (pour reprendre l'expression d'Audiard) qui continuent à consommer en masse ces pellicules gaspillées, prenons au contraire un peu de recul sur la production actuelle du cinéma hollywoodien. Les symptômes de cette crise n'en deviendront que plus flagrants. Le signe le plus visible de cette crise a rapport aux films de super-héros. Rappelons nous qu'il y a quelques années nous sortions émerveillés de la salle venant de projeter Avengers. Les studios Marvel, alors récemment rachetés par Disney, avaient réussi à susciter un fort intérêt du public pour ces films d’un nouveau genre. L’apport de technologies comme la 3D et la prouesse de nouveaux effets spéciaux tenaient une bonne part dans le succès cinématographique de cette alliance de super-héros. Malheureusement ce temps, pourtant guère lointain, est aujourd’hui révolu. Nombreuses sont les personnes lassées des films Marvel ou DC Comics, et les critiques ont bien du mal à déceler toute note d'inventivité dans ces productions à gros budget. Ces derniers tournent en effet sur la même boucle scénaristique. Même DC Comics, qui portait pourtant nos plus hauts espoirs, semble avoir abdiqué. Alors que la confrontation entre Batman et Superman avait ravivé l'intérêt des foules grâce à un univers sombre, promettant des intrigues complexes, la maison d'édition semble désormais s'être alignée sur le fonctionnement de Marvel. Le film sur Wonder Woman en témoigne. Son scénario peu inspiré développe le thème de l'émancipation … pourtant déjà au coeur de l'intrigue de Thor, sorti 6 ans plus tôt. Les similarités entre ces deux films traitant de divinités sont extrêmement nombreuses, révélant une certaine paresse scénaristique. Dans un futur proche, la création de la Ligue des justiciers laisse prévoir la multiplication des films semblables, que l'on espérera, sans trop y croire, plus inspirés. Il serait bien difficile de ne pas voir dans tout ceci un mauvais présage pour le cinéma Hollywoodien : le monopole des producteurs sur la création artistique. L'emprise de ces derniers ne semblent en effet cesser de croître, et menacer ainsi l'autonomie dont bénéficient les réalisateurs. Par exemple Jean Pierre Jeunet a tendance à s'effacer du cinéma américain pour cette raison. Le réalisateur français a affronté les producteurs dès sa première gloire aux Etats-Unis avec Delicatessen. Pour sa sortie US le film devait connaître à la base de nombreuses coupes. Cette forte influence des producteurs sur le travail artistique se perçoit encore de nos jours. La sortie américaine de T. S. Spivet, son dernier film en date, fut bloquée par Harvey Weinstein parce que ce dernier n'avait pas pu toucher au montage. Plus récemment, ce phénomène s'est notamment fait ressentir dans Suicide Squad. Lors de la sortie, Jared Leto a contesté la disparition au montage de la plupart des scènes dans lesquelles il apparaissait. L'appât du gain, la quête de la rentabilité maximale, a pris le pas sur toute recherche artistique. Ces phénomènes ne sont pas néfastes en eux-mêmes, mais lorsqu'ils en viennent à empêcher toute prise de risque, leur pertinence devient contestable. Il faudrait ainsi redonner une autonomie aux réalisateurs, y compris pour les films à gros budget, car elle seule est garante de qualité … mais cela est il autre chose qu'une utopie dans la conjoncture actuelle  ? De son côté, le cinéma d'auteur n'échappe pas à cette crise artistique Hollywoodienne. Rappelons-nous que la victoire d’une comédie musicale aux oscars a fortement été critiquée. Elle révèle en effet un certain appauvrissement de la concurrence. Le cinéma américain se repose sur ses lauriers passés, et manque cruellement de réalisateurs capables de façonner le visage d'un nouveau mouvement. Cet étiolement explique en partie les victoires d’Innaritu, qui fut le seul à proposer une certaine originalité dans le cinéma hollywoodien des 10 dernières années. A sa manière il a su casser les codes ; tout le contraire de nombre de réalisateurs encensés par le passé, Spielberg au premier rang d'eux. Ses derniers films peinent à se renouveler, car le cinéaste se contente de reproduire sa marque. A ce titre, Le Pont des Espions était certes plaisant à voir mais le fond était bel et bien inexistant. Toute volonté de renouvellement ou de nouveauté artistique semble avoir déserté les célèbres réalisateurs. Stéphane Delorme, à l’occasion de la sortie de La La Land, avait constaté que l’Hollywood d'antan nous manquait énormément aujourd’hui et que ce film, malgré ses défauts, nous permettait de renouer avec le rêve. Il constate cependant que cette décennie est « la plus faible de son histoire ». Heureusement la décennie n’est pas finie il reste encore 3 ans à Hollywood pour réaliser la prouesse du siècle. Pour ça il faudrait pouvoir puiser les bons éléments dans le cinéma passé, sans tomber dans la nostalgie ou la caricature. Exercice bien difficile, mais aux enjeux cruciaux ... Ne soyons toutefois pas pessimiste. N'oublions pas que si Hollywood traverse une crise artistique, le cinéma indépendant américain est en bien meilleure forme. Pensons par exemple à Jeff Nichols, qui avec Mud avait su redonner des sensations nouvelles grâce à une mise en scène et un scénario basés sur la pureté de la nature. Peut être est ce d'ailleurs là que se trouve la solution de cet épineux problème : ouvrir la voie à des sujets inédits pour créer de nouveaux mouvements capable de rafraîchir l'offre cinématographique actuelle. Et qui sait, les remous de cette nouvelle vague indépendante, si tant est qu'elle émerge, serait sans doute de réveiller ce morne Hollywood. L'équipe de Close-Up

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