La Prière – Manifester une présence

Pour Thomas, 22 ans, c’est un peu la dernière chance pour sortir de la drogue. Il rejoint une communauté quasi-monastique d’anciens drogués qui se soignent à la prière. Mais la prière sera-t-elle suffisante pour redonner une direction à sa vie ?

Cédric Kahn, habitué du drame social, nous livre une fois de plus le conte d’un déchu de la société. Pour un effet percutant. Le film était attendu, est encensé par la critique en général et Anthony Bajon a reçu l’Ours d’argent au Festival de Berlin pour son interprétation du personnage de Thomas. Avec ce prix, il rejoint les rangs des très grands (Jean-Louis Trintignant, Jean-Pierre Léaud) à seulement 23 ans. C’est en soi un gage de qualité.

Mais le prix est juste et mérité. L’intensité du jeu de Bajon laisse sans voie, qu’il soit d’une inarrétable violence en période de sevrage ou bien pétri de béatitude dans la prière. Le film, qui axe beaucoup son propos sur la pression et le calme, s’ancre dans les traits du personnage principal et donc de son interprète. Pourtant Bajon ne paye pas de mine : pas de stature imposante, pas de belle gueule à l’américaine, pas même de voix rauque d’écorché vif. Et pourtant le grand enfant qu’on nous présente à l’écran à une intensité forte, qui passe presque essentiellement dans le regard.

La mise en scène n’est pas en reste et souligne le jeu à la perfection. Comme à son habitude Cédric Kahn est minimaliste. Du plan fixe, pas de musique. Le silence interminable répercuté par ses montagnes. Le silence que garde l’acteur jusque tard dans le film. Il est la première image que l’on voit, et qui nous voit (par un regard caméra qui se veut provocateur) et pourtant on entend sa voix qu’au bout d’un quart d’heure. Ce jeu avec le spectateur ne nous laisse pas indifférent et on se laisse prendre. Par ailleurs le silence est lié à la prière et fait partie du rite du lieu, de son mythe. Même s’il peut devenir angoissant, même s’il est source de danger quand tombe la nuit et qu’il faut la passer dehors. Kahn exploite les pauses. Parfois trop, ce qui manque de nous faire perdre le rythme. Et quel rythme d’ailleurs ? Si le film brille par le jeu et la mise en scène, le scénario est aussi épuré que la bande son. Chacun a une histoire mais pas Thomas. Le personnage principal vient de nulle part, hésite, y retourne et dans une inconstance assez trouble, s’en va. Nous laissant questionner parfois les choix scénaristiques, que l’on imagine peu vraisemblables. Mais là est-il le propos ? Le film laisse clairement une part au fantastique, au miracle peut-être, lorsqu’il évoque le réconfort de la prière, de ses bienfaits quasiment somatiques.

C’est sans doute pour cela que le film s’intitule la Prière. C’est un personnage à part entière, que l’on découvre sous bien des facettes, dans bien des situations. Presqu’autant que le spectre de la drogue qui est elle la présence inquiétante qui rôde parmi les pensionnaires et reste attaché à leurs corps. Les seconds rôles sont en cela tout aussi intéressant et important pour le film que le rôle principal. Chacun délivre son histoire avec une véritable peur dans les yeux, les témoignages sont saisissants. Damien Chapelle dans le rôle de Pierre l’est particulièrement. Peut-on d’ailleurs penser que ce nom est choisi au hasard ? Le thème de Jésus Christ, « ton meilleur ami » comme plusieurs fois répété, est récurrent et alors que Thomas porte sa croix si l’on peut dire, Pierre est toujours là pour le guider, d’où son titre d’ « ange gardien ». Vous l’aurez compris, on n’écarte pas le mystique, on le questionne. C’est faire preuve d’une bonne profondeur dans le propos. Chacun est supposer trouver sa prière. Pour affronter « le monde extérieur ».

Max Vallet

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