Ellipse #7 : « La Vie est belle », ou l’Hymne à l’amour

            Lorsque l’on me dit « la vie est belle » j’ai parfois l’impression que l’on essaie de trouver un moyen de réconfort, une lueur d’espoir face à l’horreur qui danse autour de nous. Et c’est, je pense, la vision que Roberto Benigni a eu à propos de cette même expression. Réalisateur, scénariste et acteur principal du film La Vie est belle, il raconte une histoire émouvante, passionnante et éprouvante. Il cueille l’amour à travers la haine et la joie dans un tableau de malheur. Mais comment réussir à attraper ce qui reste de beau face à la folie humaine ? La réponse est simple et se trouve dans l’essence même de ce chef d’œuvre.

   

             Sorti en 1997, cette comédie dramatique italienne dépeint un moment sensible et terrible dans l’Histoire de l’Humanité, la Shoah. Mais, Roberto Benigni a abordé le sujet avec une infinie finesse. Il décide de faire un gros plan sur l’Amour avec pour toile de fond la Cruauté. En fin de compte, il cherche la clé, la force, le moyen pour combattre un monde dépérissant de son propre sens. Le film est présenté en deux parties : l’une où il rencontre l’amour de sa vie, l’autre où il se bat pour le fruit de cet amour. Tout ceci aromatisé de scènes comiques mais qui révèlent toujours une part tragique.

           Tout commence en 1938 en Italie sous le régime de Mussolini... Guido (Roberto Benigni) est un homme juif, un simple serveur dans un Grand Hôtel rêvant d’ouvrir sa petite librairie, mais il se heurte à l’administration fasciste qu’il fait valser et dont il moque la politique exubérante. Durant toute la première partie du film, Guido va jouer le clown passif qui, par exemple, se déguise en Ministre de l’Intérieur pour pouvoir accéder aux locaux scolaires et proposer un discours sur la « supériorité et la pureté de la race » qu’il tourne en dérision en dévoilant son nombril en gage de preuve face à cette aberration. Mais, toute cette mise en scène n’est en fait qu’un moyen d’attirer l’attention de « sa princesse » prénommée Dora (Nicoletta Draschi). Il en tombe, dès le premier regard, éperdument amoureux et va tout faire pour la rencontrer à de multiples reprises. D’ailleurs, il assistera à une représentation des « Contes d’Hoffmann » d’Offenbach juste pour pouvoir l’admirer et lui faire une farce en devenant le chauffeur de la voiture censée la ramener. Pendant cette courte entrevue, Guido va mettre en œuvre de nombreux miracles pour émerveiller et faire rire celle qu’il aime. Il ira jusqu’à l’enlever de la fête de ses fiançailles sur son cheval blanc où est écrit un avertissement flagrant « Achtung cheval juif », aperçu par Guido comme une simple plaisanterie.

              Roberto Benigni arrive dans ce premier chapitre à annoncer les prémices des répercutions de la politique xénophobe. De nombreux signes, de nombreuses allusions évoqués avec délicatesse nous rapprochent de plus en plus du destin fatidique qui arrive comme une vague déferlante sur la vie du personnage. Mais, l’unique indice qui nous pousse à voir de la beauté et même un brin d’espérance dans cet avenir est la naissance d’un petit garçon nommé Giosué (Georgio Cantarini). Ce petit garçon est le pilier de la seconde partie de l’Histoire. Le jour de son cinquième anniversaire, son oncle, son père, lui et par la suite sa mère Dora sont emmenés dans un train vers un camp de concentration. Mais, Giosué ne sait pas ce qu’il lui arrive et demande donc : « Où on va papa ? ». C’est à partir de ce moment que Guido va utiliser l’arme du rire pour se battre contre la terreur et préserver son bien le plus précieux. Il invente un jeu et assure à son fils qu’il faut 1000 points pour gagner et remporter un char, un vrai. Le petit est tout enjoué, il écoute son père au doigt et à l’œil. Durant de longues journées, il se cache tout en gardant à l’esprit qu’il y a un char à la clé... Mais des moments lucides restent tout de même ancrés dans le récit : un tas de vêtement trié par les femmes dont la mère de Giosué, la douche prise par l’oncle, la fumée noire qui recouvre le ciel et qui embrume l’atmosphère du camp, le petit qui affirme à son père que les « méchants brûlent les gens dans un four » et font d’eux « des boutons et du savon » ... Tous ces moments réels qui réussissent à traverser l’humour, à nous montrer que même derrière ce conte philosophique il reste une part de réalité, un sens commun. Néanmoins, face au danger permanent, Guido convainc son fils que c’est un jeu, un jeu complètement fou, un jeu de survie, un jeu qui dévoile l’absurdité de l’Humanité. Des symboles de vie, de volonté de vivre surviennent comme la musique d’Offenbach, les paroles à l’interphone qui permettent de tenir bon, de trouver un rocher auquel s’accrocher, de ressentir le besoin de persister et de combattre le mal. Jusqu’au bout, Guido dégage une ambiance légère derrière un climat abominable. Lorsque la guerre est finie, les soldats nazis nettoient le camp, Guido cache son fils mais se fait prendre. Avant de mourir, on sent dans ses yeux ce que dévoile cette mort... un sacrifice par amour.

             Voilà l’Histoire qui a pour moral l’unique phrase : « la vie est belle ». Cette vie, elle mérite d’être choyée, d’être partagée, d’être vécue avec bonheur, avec le sourire, avec le rire. Roberto Benigni a décidé de nous montrer comment trouver la lumière dans l’obscurité, comment réussir à briser la peur, à briser l’effroi et à quel point il faut tout faire pour essayer de vivre, pas forcément pour soi, mais pour ceux qui nous entourent, pour ceux que l’on aime, pour ceux qui nous aime.

            Vous pouvez donc comprendre et confirmer la volonté de remettre en 1998 Le Grand Prix du Festival de Cannes à Roberto Benigni. En 1999, l’Oscar du meilleur acteur, du meilleur film étranger et de la meilleure musique écrite par Nicola Piovani.

D’ailleurs, je vous laisse regarder sa réaction : https://www.youtube.com/watch?v=eBbJdn86gRg

            Je n’ai plus qu’à vous dire ces quelques mots... Regardez ce véritable chef d’œuvre si vous avez envie d’être renversé par toutes sortes d’émotions, si vous avez envie de passer un bon moment, de comprendre la magie qu’un père peut procurer à son fils, si vous avez envie de regarder un film à travers les yeux innocents d’un enfant. Mais, si vous ne voulez pas visionner cette œuvre, croyez-moi, vous serez passé à côté de quelque chose de grand, de doux, de beau... de vrai.

  Laura LEGER  

P.S. Les petites anecdotes de La Vie est belle :

- Lorsque l’on regarde le numéro inscrit sur l’uniforme que Roberto Benigni porte dans le camp de concentration, on remarque que celui-ci est le même que Charlie Chaplin dans le film « Dictateur » ;

- Pour éviter de faire certaines erreurs historiques, Roberto Benigni a demandé de l’aide à des associations juives ;

- Lorsque Trotsky su qu’il allait se faire assassiner par des agents de Staline, il regarda sa femme et écrivit dans son journal « la vie est belle », c’est de là que vient le titre du film.

         

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