L’Apparition – Tu ne croiras point

Jacques, grand reporter à Ouest-France, perd sur un théâtre de conflits son meilleur ami. De retour en France et en plein trauma, il est contacté par le Vatican pour participer à une enquête canonique, processus visant pour l’Eglise à valider les supposées apparitions et autres phénomènes surnaturels. Jacques est confronté, dès lors, au mystère d’une possible croyance.

Un réalisateur moins maître de son sujet aurait pu essayer de broder des minutes durant sur l’état de fébrilité initiale de son personnage principal : mais Xavier Giannoli, dont c’est le septième long-métrage, boucle l’affaire du classique syndrome post-traumatique par quelques plans bien sentis (un acouphène strident, des cartons posés aux fenêtres et une femme à l’évidence impuissante). Façon de se recentrer sur ce qui fait la matière de son film, cet appel inéluctable de la foi. Toute sa construction scénaristique (le script est co-signé Jacques Fieschi, scénariste attitré de Nicole Garcia) profite d’une identique efficacité, dans le soupèsement de ce qui fait le fond de cette histoire atypique, calée entre un Lindon minéral et une Galatea Belugi extatique (véritable figure de la mystique éclairée par la « lumière »).

Cette maitrise laisse cependant filtrer un véritable sens du drame : il y a dans le film le même type de tension, plus sérieux et pesant néanmoins, que dans Marguerite, précédente réussite de Giannoli. La capacité à nouer une intrigue complexe, à faire tenir un mystère sur un regard, un raccord, une scène singulière, enroule le questionnement philosophique primaire : doit-on croire, et peut-on laisser croire ? Cet équilibre fragile sans cesse éteint, dans le fond, par la certitude (comme, encore une fois, dans Marguerite) que tout cela doit trouver une issue un peu plus décevante que ne le laisse croire l’apparence. On espère ainsi, comme Jacques semble-t-il, sans totalement adhérer ; on est laissé, en dernière instance, plus ou moins au milieu du gué.

Le film épouse donc son propos, dans la façon qu’il a de poursuivre en parallèle deux entreprises. D’une part, une langueur formelle, dans une mise en scène naturaliste subtile mais souvent signifiante. Les lumières d’Éric Gautier sont tantôt discrètement révélatrices des enjeux, tantôt mystiques (quelques plans somptuaires viennent rompre avec le naturel du reste), comme la direction d’acteur et la scénographie ; la bande-son musicale imposante, composée par Arvö Part et Georges Delerue, offrant elle une solennité supplémentaire (si c’était nécessaire) au film.

Mais d’autre part, Giannoli monte une enquête policière dont le but est de démystifier, d’abattre ce château de formalisme mystifiant, inéluctablement. Cela donne un écho fort au paradoxe que Jacques affronte, dans une recherche de faits qui doit évidemment faire advenir la vérité, sans que la destruction du mystère ne soit pleinement souhaitable.

La clé de L’apparition tient dans ce que le film cherche quelque chose dont il se doute, sans s’abandonner pourtant à des conclusions pleines et définitives : la fin, un peu trop didactique, déçoit autant qu’elle résout. Sur le chemin, Giannoli aura offert une panoplie de très bons personnages, dont les positions quant à la foi diffèrent, mais dont tous, en un sens, refusent la révélation. Reste donc le sentiment d’une œuvre exigeante, tendue et bien interprétée, qui questionne plus qu’elle ne commente, laissant un singulier avis sur son sujet : la recherche du mystère semble, finalement, être un mystère en elle-même.

Valentin Grille

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