Fuyez donc ! L’Art de la fugue – Brice Cauvin

Fuyez donc ! L’Art de la fugue – Brice Cauvin

Devant le dernier film de Brice Cauvin, librement adapté  d’un roman de Stephen MacCouley, un seul mot d’ordre semble de mise ; fuyez ! Malgré un casting remarquable qui regroupe notamment Laurent Laffite, Nicolas Bedos, Benjamin Biolay et Agnès Jaoui, et un scénario prometteur, ce long métrage peine à susciter l’intérêt, et sa projection, en somme plutôt courte (une heure quarante), s’égrène péniblement.

L'art de la fugue 2

L’Art de la fugue aurait pourtant pu être une comédie drôle et touchante sur fond de drame familial car le scénario inextricable d’une famille en crise soulevait de nombreuses problématiques actuelles. Antoine vit avec Adar mais rêve de son ex, Gérard ne parvient pas à oublier son ex-femme et déprime, Louis doit se marier mais trompe sa fiancée et est amoureux d’une autre… Brice Cauvin déploie donc une histoire chorale dans laquelle ces trois frères ne vont cesser d’essayer d’échapper à une réalité étriquée et moche sans parvenir à se détacher du noyau familial étouffant. Alors qu’il aurait été intéressant d’explorer pleinement  le thème de la fuite et le refus de se contenter d’une réalité décevante, la subtilité manque à ce drame. Les dialogues sont exempts de toute subtilité et sonnent faux. A maintes reprises, les éléments de l’intrigue sont grossièrement téléphonés, ce qui leur enlève malheureusement toute épaisseur. Ainsi, un gros plan sans fin sur les lèvres d’Alexis, l’ex d’Antoine, doit nous faire comprendre l’attirance que ce dernier éprouve toujours pour lui.

La direction des acteurs est, quant à elle, catastrophique ; ils semblent ne pas s’écouter les uns les autres et jouent leur rôle chacun de leur côté. L’ensemble est alors extrêmement dissonant et aucune alchimie ne se crée. Les personnages secondaires sont complètement désincarnés; Adar n’est présenté que comme un compagnon gentil et terriblement ennuyeux alors que la fiancée de Louis, interprétée par Elodie Frégé, joue la délaissée désespérée. Un seul personnage sauve la mise ; Gérard, dépressif, ringard et d’une mélancolie maladive est touchant. Son désespoir optimiste et l’inadéquation de ses sentiments et de la réalité sont interprétés très justement par Biolay. Cela n’est cependant pas suffisant pour sauver un film qui aurait pu être drôle si le ridicule de ses situations avait été poussé jusqu’à la parodie, mais Cauvin, à notre plus grand désespoir, tente jusqu’au bout de nous présenter un drame très convenu à l’intrigue classique filmée d’une manière plus que conventionnelle et sans grands moments de grâce.

L'art de la fugue 1

Aucune réflexion ne s’enclenche, ni sur la difficulté que présente la vie à deux ni sur le désenchantement du monde adulte, ce qui est problématique pour un film qui se veut pourtant clairement intellectuel comme le montre son titre, référence ultime à l’oeuvre magistrale de Bach. Tout est moche et terriblement déprimant; des personnages qui n’arrivent pas à construire leur vie d’une manière satisfaisante, à la lumière qui « éclaire » le tout et à la musique remixée de Bach. Peut-être était-ce alors le souhait du réalisateur qui souhaitait nous présenter un film laid et gris à l’image de la vie que mène ses personnages; cependant il nous manque alors le comique, libérateur, qui nous aurait permis de respirer un peu mieux.

Ce long métrage est donc décevant; prometteur mais profondément raté. Alors exercez ici votre Art de la fugue et ne faîtes pas l’erreur de rentrer en salle…

Lucie Desquiens

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