Toc, toc (…) : Le dernier coup de marteau – Alix Delaporte

Toc, toc (…) : Le dernier coup de marteau – Alix Delaporte

Un adolescent en crise. Une histoire intimiste. Des performances naturelles et inspirées. Une cinématographie douce, et impressionnante de qualité. Une réalisation maitrisée. Voilà comment on pourrait décrire le deuxième effort de la réalisatrice Alix Delaporte, après la jolie surprise qu’a été son premier film Angèle et Tony (2011). Voilà comment on pourrait aussi décrire de nombreux films français sortant chaque année. En effet, la France est connue pour ses chroniques sur les adolescents, pour ses films à l’imagerie naturaliste et pour ses jeunes acteurs impressionnants. On pourrait donc croire que le film d’Alix Delaporte manque d’originalité et de force. À tort.

Le dernier coup de marteau 1

Peut-être le meilleur film des Dardenne, pas réalisé par les Dardenne, Le dernier coup de marteau est un merveilleux petit film, un diamant à l’état brut. Très facilement, la réalisatrice se démarque de ses pairs en laissant respirer son film et ses personnages. Ne tombant jamais dans la surenchère, elle ne fait pas de ses personnages des clichés. On sent une certaine bienveillance dans le traitement des personnages. Surtout, Alix Delaporte fait preuve d’un très grand sens de l’observation, d’une connaissance accrue des complexités de la vie et d’une volonté de les faire transparaître au cinéma. La vie de Victor, le jeune personnage principal est racontée au fils de chroniques, de petits moments de vie, dont la cohérence se dessine au fil du récit. Ce film, c’est avant tout la vie d’un jeune homme, avec ses hauts et ses bas, et ses difficultés. Un récit où les relations, les situations ont toutes un sens. Alix Delaporte ne cherche pas à faire rentrer ses personnages et ses histoires dans un modèle.

Le dernier coup de marteau 2

Ainsi, plusieurs points de récit rythment le film. Et la vie de Victor, se déroule sans distinction. Sa mère a le cancer (mais ce n’est pas un film sur le cancer), il est un footballeur talentueux avec la possibilité d’aller plus loin (mais ce n’est pas un film sur le football), il essaye de développer une relation avec son père, un célèbre conducteur d’orchestre (mais ce n’est pas un film sur les relations père-fils), il tombe amoureux (mais ce n’est pas un film sur le premier amour), et ainsi de suite. Toujours dans le même film, on peut suivre une famille d’immigrants espagnols, observer les difficultés de chacun, les problèmes de famille, d’argent, et plein d’autres choses encore.

Pour d’autres réalisateurs, l’abondance de sujets est un signe de faiblesse. Pour Alix Delaporte, c’est une manière de mettre en avant ses talents de conteuse, ses capacités à nous faire aimer ses personnages sans jamais faire d’eux des stéréotypes, sans jamais se forcer à rentrer dans la narration classique. Le dernier coup de marteau n’est jamais nunuche, ne tombe jamais dans les facilités. On devine chez Delaporte, une forme d’insouciance et une volonté de raconter des histoires, une volonté plus que nécessaire à l’heure de la surenchère que nous pouvons observer dans le cinéma contemporain.

Le dernier coup de marteau 3

La réalisatrice nous montre la vie comme elle aimerait la voir, belle, lumineuse, dure mais toujours vraie. Elle nous montre la vie en tant qu’elle est simple, en tant qu’elle est compliquée. La force d’Alix Delaporte c’est de confronter son personnage à des difficultés, de lui faire vivre des moments difficiles, sans jamais nous faire croire à une fin explosive, résultat hypothétique d’une accumulation de problèmes, et de conflits. Le jeune Victor, vit seulement, souffre parfois, mais le spectateur est amené à comprendre son calme, sa nature méditative et son amour pour les bonheurs simples. Rares sont les films dont la vibrance, dont le spectaculaire n’est possible que parce qu’il est sans prétention. Rares sont les films qui ne simplifient pas les moments de vie, et les douleurs qui vont avec. Tellement rare que Le dernier coup de marteau, quelles que soient les préférences de chacun, peut être facilement considéré comme un des films de l’année, un des plus beaux, un des plus tendres.

Surtout, Le dernier coup de marteau est un de ces films qui touchent une certaine partie de cerveau, celui qui cherche à être heureux et voir les autres être heureux. On ne peut qu’être reconnaissant que ce film existe.

Maëva Saint-Albin

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