Le film d’espionnage façon pop – Kingsman : Services secrets

Le film d’espionnage façon pop – Kingsman : Services secrets

Réalisé par Matthew Vaughn, Kingsman : Services secrets est inspiré de la bande-dessinée du même nom. Il relate l’histoire, au sein de l’organisation secrète du même nom, d’un jeune homme de la banlieue londonienne, Eggsy.Kingsman 1

Sélectionné pour aspirer au titre d’agent secret à la suite de son père, au terme d’un entraînement difficile, il est ensuite impliqué dans les agissements criminels d’un mégalomane adepte de technologie.

Quand je me suis installée dans la salle, le soir même de sa sortie, j’ignorais plus ou moins à quoi m’attendre ; la bande-annonce peu originale, les affiches vieux-jeu semblaient annoncer un énième blockbuster s’inspirant de la saga James Bond et cherchant à en recréer l’atmosphère, avec plus ou moins de succès (et souvent moins que plus). Cet apriori plutôt négatif a perduré lors de la scène d’ouverture et l’introduction lui succédant, ressemblant selon moi un peu trop au type de films précédemment cités, reprenant les codes du genre - du père espion du héros mort héroïquement lors d’une mission top secrète, à son mentor qui se sentant responsable de ce sacrifice et donc rendant visite à la veuve éplorée, offrant finalement au fils un médaillon avec un numéro de téléphone pour l’aider « en cas de problème », en passant par des noms de code saugrenus. La scène suivante, elle, par l’absurdité totale créée par le spectacle de différents groupes armés s’entretuant de la manière la plus acrobatique possible, laissait accroire pour les deux heures suivantes un enchaînement de séquences bêtement saugrenues et inventées uniquement pour amuser le public bon-enfant traditionnel des blockbusters.

Puis, lorsque l’on décide de continuer à s’intéresser à l’intrigue, l’impression négative du début laisse place à un intérêt réel pour les personnages qui évoluent dans ce film ; l’agent secret principal, joué par Colin Firth, l’acteur toujours incroyablement attachant, ici en gentleman très british expert au corps-à-corps à coup de parapluie, mais aussi le jeune acteur Taron Egerton qui signe pour son premier long-métrage une performance réussie, incarnant à merveille un jeune homme de banlieue audacieux et impertinent, sans oublier Samuel L. Jackson dans son rôle de grand méchant zozotant, écologiste jusqu’au-boutiste mais en le même temps écœuré par toute forme de violence (d’où la scène assez cocasse présente à la fin du film, que je vous invite à découvrir…). En effet, l’atmosphère change, et le spectateur entrevoit la voie dans laquelle l’emmène Matthew Vaughn, celle d’une satire décomplexée du type de blockbuster devant lequel je pensais moi-même me retrouver au début. Par une réalisation dynamique et haute en couleurs, qui revisite - dans une certaine mesure – les codes propres au film d’espionnage, il met en scène des péripéties rocambolesques, mêlant absurdité franche qui provoque souvent le rire et séquences d’action plus classiques qui, malgré l’atmosphère désinvolte de l’ensemble du film, parviennent à piquer le spectateur.

Kingsman 2

Grâce à une ambiance pop et outrecuidante, qui n’est pas sans rappeler certains passages de ses autres longs-métrages tels que X-Men: Le Commencement et Kick-Ass, qui apportaient déjà à leur manière une touche décalée par rapport au genre qu’ils étaient censés représenter, le film oscille entre franche hilarité et irrévérence totale, avec par exemple une séquence entière dévoilant des feux d’artifices de têtes humaines désintégrées sur fond de « Pomps & Circumstances » ou bien une autre portant sur un massacre démesurément (et même un peu trop, malgré une absurdité complète destinée à instaurer une réelle distance avec les évènements) sanguinaire au sein d’une église réformiste, suggérant quelque peu la patte de Tarantino. Il a même l’audace, dans une des scènes de fin, d’introduire des propos (et même quelques images…) relatifs à certaines pratiques sexuelles, alors même que le public visé par ce type de grosse production est plutôt large.

Ainsi ce long-métrage d’action, qui n’échappe certes pas à tous les travers fréquents du genre, tels que l’omniprésence d’une musique excessivement entraînante lors de la plupart des scènes musclées, ou les clichés liés à la confrontation du héros, jeune de banlieue et voyou à ses heures perdues, avec les fils de bonne famille, bien éduqués et habillés au cours de l’entraînement qu’ils subissent tous pour intégrer l’organisation secrète, en passant par le rôle dramatique parfois inexistant des candidates féminines durant ledit entraînement, est en définitive très distrayant et positif pour tout spectateur désireux d’en pénétrer l’univers.

Sophie Carion

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