Le Sens de la Fête – Comédie étonnamment charmante

Max est traiteur depuis trente ans. Des fêtes il en a organisé des centaines, il est même un peu au bout du parcours. Aujourd'hui c'est un sublime mariage dans un château du 17ème siècle, un de plus, celui de Pierre et Héléna. Comme d'habitude, Max a tout coordonné : il a recruté sa brigade de serveurs, de cuisiniers, de plongeurs, il a conseillé un photographe, réservé l'orchestre, arrangé la décoration florale, bref tous les ingrédients sont réunis pour que cette fête soit réussie... Mais la loi des séries va venir bouleverser un planning sur le fil où chaque moment de bonheur et d'émotion risque de se transformer en désastre ou en chaos. Des préparatifs jusqu'à l'aube, nous allons vivre les coulisses de cette soirée à travers le regard de ceux qui travaillent et qui devront compter sur leur unique qualité commune : Le sens de la fête.  

Insolite : elle va voir Le Sens de la Fête et aime le film ! Insolite, oui, mais vrai. Après leurs dernières productions, je n’attendais plus rien de Toledano et Nakache. Ils avaient peut-être parachevé leur éclosion dans le monde de la médiocrité avec Samba, pseudo-comédie attendue et très polie dans laquelle se démenaient un Omar Sy en immigré clandestin et une Charlotte Gainsbourg en working girl en burn out, duo tellement fortuit que l’alchimie ne prend jamais.

C’est donc sans grande attente, espérant tout au plus sourire devant ce qui se voulait être la comédie française de l’automne que je suis rentrée dans la salle obscure pleine à craquer en ce dimanche soir.

Eh bien erreur, ou plutôt surprise : Le Sens de la Fête est une très bonne comédie, de celles devant lesquelles on rit de bon coeur, de celles qui ne prétendent pas être ce qu’elles ne sont pas et qui laissent avec une envie de danser en sortant.

Mais devant quoi rit-on exactement ? On rit devant un film de mariage vu depuis l’envers du décor : Max (Jean-Pierre Bacri) est organisateur de noces depuis des dizaines d’années, et veut faire de celles d’Héléna et Pierre la superbe fête châtelaine classe et élégante que ces derniers souhaitent. Mais la loi des séries s’en mêlant, le voilà confronté à catastrophe sur catastrophe, le tout entremêlé d’histoires personnelles entre lui et sa maîtresse et associée (Josiane, par la magnifique Suzanne Clément vue notamment dans Mommy), puis entre les membres de son équipe. Un pitch tout ce qu’il y a de plus classique pour un film de mariage, en somme. Et pourtant, celui-ci fait des étincelles.

C’est peut-être dû à la bande originale d’Avishai Cohen qui impose un rythme efficace à ce feel good movie à la française de bonne facture : piano et mesures irrégulières accompagnent à merveille l’instabilité et le stress liés à l’organisation d’événements de cet acabit. Ou peut-être sont-ce les jeux d’acteurs d’une grande qualité. Toujours un peu dubitative quant aux performances de Bacri (trop dépressif), je l’ai trouvé plus que crédible ou attachant : il est complet.

Et la part belle est faite aux seconds rôles, ciselés à souhait : Gilles Lellouche en animateur de soirée façon Patrick Sébastien, Vincent Macaigne en serveur ex-prof de français très à cheval sur les règles et amoureux de la mariée, Eye Haidara en responsable de salle sanguine mais sympa ou encore Jean-Paul Rouve en photographe pique-assiette et esseulé… C’est une galerie de personnages étonnante et jamais redondante qui nous est présentée pendant le film. Et contrairement à de nombreux films-catalogues de célébrités, celui-ci donne sa place à chacun et aucun des rôles n’est passable. En 1h57, les personnages sont bien plus développés et complexes que dans d’autres films du moment supposément plus intellos (The Square, sans nommer personne…).

Alors évidemment, tout n’est pas d’une subtilité sans borne et quand les réalisateurs se piquent de vouloir faire du social de nouveau (chassez le naturel…), ça donne une scène un peu absurde sur la souffrance économique et morale des petits patrons… Un petit peu cheveu sur la soupe. Mais ça serait un procès de bien mauvaises intentions que de reprocher au film ce parti pris. Si vous souhaitez un shot de joie et d’humilité : allez voir Le Sens de la Fête ! Les bons sentiments ne font pas de mal de temps en temps.
Elena Di Benedetto

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