Les Deux amis – Louis Garrel

Avec Les Deux amis, Louis Garrel signe son premier film, et il le fait avec brio. Présenté en sélection à la Semaine de la Critique du Festival de Cannes, il a reçu un accueil chaleureux, à la fois par le public et la critique.

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La mise en scène du film, assez classique, sert un scénario à son tour très conventionnel. Clément, figurant de cinéma, tombe amoureux d’une vendeuse chez Paul à Gare du Nord, Mona, qu’il essaie en vain de séduire. Il décide d’en parler à son ami Abel qui lui vient alors en aide. Tous deux vont finalement se lancer dans la conquête de Mona, conquête qui éloignera les deux amis l’un de l’autre. Louis Garrel filme donc un trio amoureux, interprété respectivement par Vincent Macaigne, Louis Garrel et Golshifteh Farahani, trio qui nous rappelle celui dans Les Caprices de Marianne.

On reconnaît la plume de Christophe Honoré, connu pour son goût pour les amours mélancoliques, qui a co-écrit le scénario avec Louis Garrel. Ce dernier choisit toutefois d’aborder ce sujet sérieux par le prisme de la comédie, comédie qui repose entièrement sur le jeu des acteurs et leur alchimie. Vincent Macaigne est parfait dans le personnage maladroit qu’il interprète, tout comme Louis Garrel l’est dans le rôle nonchalant et mystérieux qu’il s’est attribué. Golshifteh Farahani, sublime dans le film, livre une interprétation très subtile, dans laquelle on perçoit toute la beauté et l’humanité de sa personne. Les trois acteurs participent à la justesse du film, ce qui permet au spectateur de s’identifier facilement à des situations qu’il a déjà pu vivre, en amour comme en amitié. On suit alors le rythme des péripéties des trois personnages et les rebondissements sentimentaux avec beaucoup de tendresse.

On assiste également à la naissance du désir et à la difficulté de lutter contre ce dernier : Abel avait promis à Clément qu’il ne tomberait pas amoureux de Mona, et il succombe finalement à son charme. La scène où Golshifteh Farahani danse toute seule dans un bar illustre ce moment. Abel, magnifique, ténébreux, égal au Louis Garrel dans la vie réelle, assiste aux déhanchements et au lâcher-prise de Mona, qui se livre à lui et fait naître le désir en lui.

De plus, l’humour - omniprésent dans le film - ainsi que la rapidité avec laquelle les scènes s’enchaînent apportent au film un caractère très vif et spontané. On rit comme ça n’avait pas été le cas depuis longtemps au cinéma, et ça fait du bien.

Louis Garrel, derrière un film à l’aspect très enlevé, propose une réflexion sérieuse sur l’amitié entre deux hommes et sur ses ressorts. On le remercie alors pour aborder ce thème, peu traité au cinéma. Il nous livre une vision neuve sur les obstacles que peuvent rencontrer des hommes en amitié, et montre les difficultés d’une rupture amicale. Louis Garrel semble très attaché à ce sujet, ayant déjà consacré l’amitié comme sentiment le plus noble en 2008, dans son court-métrage Mes copains. Dans Les Deux amis, plutôt que de parler d’un trio amoureux, il fait donc surtout le choix de montrer deux jeunes hommes qui ouvrent leur cœur l’un à l’autre, qui s’aiment et qui se protègent. Cette amitié sera ébranlée, et Louis Garrel filme très justement les déchirements d’Abel, dévasté quand il apprend que Clément ne veut plus être son ami. Comme en amour, Clément s’est usé d’Abel, et il doit s’éloigner de celui-ci avant que leur relation ne leur nuise et ne leur soit toxique.

Louis Garrel réalise donc un beau film, dans lequel l’amitié est mise à rude épreuve, avec la naissance du sentiment amoureux qui vient tout rompre. Les personnages, magnifiques, ne semblent avoir que leurs sentiments pour vivre et pour être heureux, et Louis Garrel fait ainsi dans le même temps un hymne à la liberté, pour cette jeunesse qui n’a que 48h, à travers ses déambulations dans Paris, pour se moquer des conventions, se connaître, s’aimer et finalement se déchirer.

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