Les Frères Sisters – Jusqu’où irait-on pour un frère ?

C’est l’histoire de deux frères, Eli (John C. Reilly) et Charlie (Joaquin Phoenix) Sisters, dans l’Amérique des années 1850. En arrivant dans l’Oregon, leur réputation les précède, puisqu’ils se sont fait un nom en tant que tueurs à gages expérimentés. Mais bien qu’ils soient frères et que l’amour fraternel qui les rend inséparables est indéniable, ils s’opposent en tous points, en dehors du fait qu’ils n’excellent que dans le meurtre. Le cadet, Charlie, est impulsif et violent depuis toujours. Il aime être craint et tient à conserver sa notoriété de mercenaire impitoyable. L’aîné, Eli, est son contraire. Il tue uniquement pour vivre… et protéger son frère. Bien plus solitaire, raisonné et calme que Charlie, il ne rêve que d’une vie normale. Mais quand le Commodore les engage et les envoie torturer et tuer Hermann Kermit Warm (Riz Ahmed), un chimiste que doit leur livrer le détective John Morris (Jack Gyllenhaal), Eli ne peut que se résigner à suivre encore une fois son frère. Mais cette nouvelle aventure s’annonce bien différente des précédentes. En effet, tout au long de leur parcours à cheval qui va les mener jusqu’en Californie, ils devront réaliser un long travail d’introspection qui les conduira à rechercher leur humanité au plus profond d’eux-mêmes et à redonner du sens à leur vie. Ainsi, cette épopée ne constituerait-elle pas pour ces deux marginaux le début d’une nouvelle ère ? A vous de le découvrir en allant voir ce film…

Bien que cela puisse étonner, je n’avais jamais vu de film de Jacques Audiard auparavant. A vrai dire, si je m’étais décidé à aller voir les Frères Sisters, c’est parce que je savais que Joaquin Phoenix y incarnait l’un des deux personnages éponymes. Cependant, je dois également admettre que je ne connais que superficiellement cet acteur, puisque je ne l’ai vu jouer que dans le blockbuster de Ridley Scott, Gladiator. Mais la visualisation de ce film est amplement suffisante pour se rendre compte d’à quel point cet acteur a un talent inouï. C’était donc en pensant à Commode que j’ai choisi de franchir le pas. Et je ne regrette pas ma décision. Ce film est tout simplement époustouflant… et émouvant.

L’affiche est trompeuse. Bien que les frères Charlie et Eli Sisters soient les deux vedettes du film, ce dernier ne traite pas seulement d’un duo, mais d’un quatuor. En effet, ce ne sont pas deux mais quatre visions du monde qui s’affrontent et s’entremêlent, le tout dans une intrigue originale et déroutante mélangeant amour, haine, espoir, déception, joie et tristesse. Dans le contexte de la Ruée vers l’Or, tous les chemins mènent en Californie. Mais pour quelles raisons ? Alors que le premier personnage veut s’enrichir pour vivre des jours heureux, le second souhaite bâtir une société nouvelle, un phalanstère. Le troisième quant à lui désire fuir son passé en se construisant une nouvelle identité. Enfin, le quatrième, qui rêve également de pouvoir changer de vie, cherche avant toute chose à rester avec son frère. Mais ces quatre volontés, aussi disparates soient-elles, demeurent-elles inconciliables ? Non, puisque les quatre individus qui les expriment sont avant tout des êtres humains, éprouvant des émotions. Ces quatre hommes semblent à première vue d’autant plus amenés à se rencontrer que ce sont des marginaux qui, bien qu’habitués à leur vie de solitaire, ne peuvent résister à la tentation humaine consistant à aller vers autrui, et ce même si certains d’entre eux sont ennemis. C’est donc à une leçon d’humanité que se livre Jacques Audiard dans ce Western aux effets de surprise toujours plus surprenants.

En écrivant cette critique, je voulais aussi faire une mention spéciale à un acteur qui, grâce à son jeu exceptionnel, m’a particulièrement envoûté. Vu mon admiration pour Joaquin Phoenix, il pourrait être logique de penser que c’est la prestation de cet acteur qui m’a le plus convaincu. Or, bien que celui-ci se livre à une remarquable performance, celle de John C. Reilly est tout simplement hors du commun. En effet, il parvient à faire d’Eli un chasseur de prime à la fois touchant, bon et profondément tourmenté, bien que rustre, asocial et violent par ailleurs. L’ambivalence de ce personnage est ainsi déroutante, puisqu’il est aussi bien capable d’éprouver de la compassion vis-à-vis d’individus en détresse que d’achever de sang-froid des criminels. Ce sont d’ailleurs ces décalages et contradictions dans son comportement qui m’ont particulièrement fasciné, étant donné qu’ils permettent au spectateur de se rendre compte du fait que ce mercenaire n’est pas fait pour son métier. Bien qu’il ait un don pour tuer, la gentillesse d’Eli semble le trahir. On comprend ainsi qu’il évolue dans ce monde de meurtriers plus par devoir que par plaisir. Il ne semble en effet pas avoir choisi cette voie. Ne serait-ce d’ailleurs pas son passé qui aurait effectué ce choix à sa place ? Cela semble logique, vu que durant toute sa vie, il a été confronté à la brutalité. Suivant ce raisonnement, il ne pourrait donc pas s’y soustraire… Peut-être est-ce pour cela qu’il est si renfermé sur lui-même ? En tout cas, c’est ce que semble indiquer le fait qu’il ne rentre en contact avec le monde extérieur que par le biais de son frère, ou presque.

Bref… il me semble difficile de faire encore plus l’éloge de ce film sans en révéler le contenu. En deux mots… un incontournable !

Par Alexandre Capitini-Martinez

 

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