L’Homme fidèle – Entre drame, romance et film-hommage

Louis Garrel / 2018/ 1h15 / Trois personnages regardent dans des directions différentes mais marchent de concert. Abel, Marianne et Eve, les trois protagonistes du nouveau film de Louis Garrel en constituent le triangle amoureux. L’affiche au fond rose pastel et le titre « L’Homme fidèle » aux caractères kitsch font penser à une affiche de film ancien, la première énigme est posée.

Abel (Louis Garrel) et Marianne (Laëtitia Casta) vivent ensemble dans un immeuble haussmannien depuis trois ans. Un matin, la jeune femme annonce à l’homme qu’elle aime être enceinte. Abel n’a pas le temps de se réjouir que Marianne ajoute qu’il n’en est pas le père. L’intrigue est lancée dès la scène d’ouverture : Marianne va se marier avec le père de son enfant, un certain Paul. Neuf ans plus tard, les chemins d’Abel et de Marianne se croisent à nouveau lors de l’enterrement de Paul, mort subitement dans son sommeil, laissant derrière lui Marianne veuve et un fils, Joseph (interprété par Joseph Engel), orphelin de père. C’est l’occasion pour Eve (Lily-Rose Depp), la sœur de Paul, de revoir Abel, son amour d’enfance, dont elle avait perdu la trace…

Après son premier long-métrage Les Deux Amis (2015), qui explore la relation amicale sur fond de triangle amoureux, Louis Garrel explore maintenant directement le triangle amoureux mais sur fond de drame. C’est bien un film hybride que signe ici le réalisateur en mélangeant comédie dramatique, romance et policier. Proche de la pièce de théâtre, l’action se déroule dans un espace réduit avec quelques lieux stratégiques (cimetière, appartement de Marianne, chambre d’Eve, sortie d’école) et met en jeu des personnages aux noms bibliques traversés par des sentiments puissamment humains et déstabilisants. Le personnage de Marianne est on ne peut plus mystérieux, à la fois très attirant pour Abel et possiblement meurtrier, Eve de son côté déclare la guerre à Marianne pour enfin avoir l’homme désiré et Abel est pris entre les deux.

Le film se veut également hybride par la multiplicité des clins d’œil et des références cinéphiles qui placent Louis Garrel lui-même comme héritier de grands noms du cinéma. Le personnage de Marianne plonge le spectateur dans un suspense presque digne d’un film d’Hitchcock, les voix off font entendre du Truffaut et le titre lui-même établit une référence directe à Claude Chabrol avec La Femme infidèle (1969). Par ailleurs, le jeu de Louis Garrel rappelle nettement les interprétations qu’il a pu tenir auprès de Christophe Honoré dans Les chansons d’Amour (2007) notamment. Outre cet héritage clairement assumé et introduit avec humour parfois, le réalisateur traite de la question du désir humain et de ses énigmes. Marianne oscille entre l’amante maléfique et la compagne inoffensive, Eve est un temps passionnément amoureuse et rivale puis ensuite déçue, salie. Abel reste finalement l’homme fidèle pris en tenaille entre ces deux femmes.

Alors que le film est assez court (1h15), le réalisateur prend le temps d’exposer les situations, de construire les scènes, d’introduire du comique de répétition, ce qui peut donner parfois une sensation de longueur au spectateur. On l’aura compris, Louis Garrel compose un film bien léché, trop peut-être, ce qui peut le rendre ennuyeux à certains égards.

Par Ariane Cornerier

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