L’incroyable histoire du Facteur Cheval – Puisque la Nature veut en faire la sculpture…

Nils Tavernier / 2018 / 1h45 / Joseph Ferdinand Cheval, plus connu sous le nom de Facteur Cheval, est né en 1836 à Charmes-sur-l’Herbasse et mort en 1924 à Hauterives (Drôme). Entre temps, le Facteur Cheval a passé trente-trois ans de sa vie à la construction d’une œuvre unique, celle du Palais idéal, implanté à Hauterives. Après être entré dans l’administration des Postes en 1867, il demande à être affecté sur Hauterives en 1869. Ce choix démontre déjà le courage dont est armé le facteur puisque la tournée de Tersanne qu’il choisit alors signifie arpenter les chemins de la Drôme des collines tous les jours, sur un parcours de trente-trois kilomètres. De personnalité introvertie, ces tournées sont l’occasion pour lui de s’abandonner à des rêveries, imaginant un palais féérique. Un jour, il heurte une pierre qui le déstabilise. C’est pour lui le signe qu’il faut commencer son œuvre. Sur les trajets suivants, il accumule les pierres et édifie petit-à-petit un palais. Le Palais idéal du Facteur Cheval.

Nils Tavernier réalise un biopic se concentrant sur des éléments-clés de la vie du Facteur Cheval, et essaye de coller autant que faire se peut au personnage historique. D’emblée, l’accent est posé sur les épreuves de deuils familiaux que Joseph Cheval (incarné par Jacques Gamblin) traverse. C’est une première occasion de montrer que le Facteur Cheval est considéré comme quelqu’un à la marge et surtout quelqu’un qui supporte difficilement les conventions sociales et le contact humain. Alors qu’on aurait pu penser que réaliser un film sur une telle trajectoire aurait suscité de multiples fantasmes du réalisateur, on découvre un Joseph Cheval figé au lieu d'un homme que l’on imaginerait fantaisiste et expressif. C’est ce qui est le plus surprenant à son égard ; il apparaît comme introverti au plus haut degré, incapable d’exprimer ses émotions et donc difficile à décrypter. Le jeu de Jacques Gamblin se résume donc à des expressions du visage, à un regard très travaillé et à un jeu sur le placement dans l’espace. Les dialogues sont très rares. On pourra se demander si ce choix est lié à la volonté de retranscrire le réel ? Ou peut-être est-ce pour amplifier la grandeur du monde intérieur du Facteur Cheval ? Même s’il est quasiment réduit au mutisme, c’est la symbiose entre les éléments naturels (la terre, le vent, l’eau…) et Joseph Cheval qui est exploitée.

Outre ces aspects narratifs, le paysage est exploité avec modération, et cela permet de l’apprécier plus encore. Les paysages escarpés, les falaises, les chemins et les cours d’eau trouvent une place intéressante pour contextualiser les rêveries auxquelles s’adonnait le facteur pendant ses tournées. Pour ce qui est des différentes étapes de la construction du Palais, on saluera le travail de l’équipe technique du tournage dans la segmentation même du Palais pour en montrer l’évolution. En effet, face à ce Palais classé monument historique, on imagine que respecter la préservation de ce dernier n’a pas été une mince affaire. Le monument a dû être détouré, puis travaillé sur fonds verts tout en jouant sur la palette graphique…

Par Ariane Cornerier

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