Mustang, un appel pressant à la liberté

Présenté à la Quinzaine des réalisateurs, ce drame franco-allemand-turc relate l’histoire, le temps d’un été, de cinq sœurs habitant dans un petit village de Turquie en compagnie de leur oncle et de leur grand-mère. Elles ont entre 8 et 18 ans, elles sont belles, pleines de vie et d’espoir, aiment traîner avec des garçons de leur âge, et à cause de tout cela vont être confrontées à la rigidité de l’autorité de leur entourage concernant leurs actes, jugés répréhensibles pour de jeunes filles bien éduquées.

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Ce deuxième film de la réalisatrice franco-turque Deniz Gamze Erguven plonge donc le spectateur dans le quotidien de plus en plus fermé de ces sœurs, qui progressivement perdent toute liberté et subissent une éducation destinée à les préparer à être de bonnes épouses, quotidien également synonyme de résistance à cette autorité, menée par la benjamine qui est au centre de l’histoire, Lale.

Véritable ode à la liberté et à la tolérance, ce Virgin Suicides à la sauce turque parvient grâce à une mise en scène subtile et intimiste à toucher profondément le spectateur qui, comme les jeunes sœurs s’insurge contre cette rigidité des mœurs concernant les filles, dénoncé ici car toujours à l’œuvre dans les campagnes reculées de Turquie. Au fil de l’histoire, l’on s’émeut de voir chacune des protagonistes tomber plus ou moins sous la coupe des garants de cette autorité traditionnelle, et l’on suit Lale qui se dresse toute entière contre cela, grâce à son jeune âge et son intrépidité débordante. Les nombreuses scènes montrant les cinq sœurs étendues toutes ensemble dans leurs chambres, s’entremêlant, sont d’une justesse incroyable grâce à la complicité des jeunes actrices, qui l’illuminent véritablement par leur aura à l’écran. En cela, la sélection de la Quinzaine prouve une fois encore qu’elle a une capacité étonnante à révéler de jeunes acteurs au potentiel certain.

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Mustang est donc un drame de par les pratiques qu’il dénonce - qui comprennent, en plus de l’autorité patriarcale abusive sur de jeunes filles, le viol de certaines de ces dernières par le principal tenant de cette autorité, en toute impunité - et le dénouement qui s’avère regrettable pour certaines d’entre elles. La réalisatrice parvient à toucher toujours juste, grâce notamment à une certaine légèreté présente dans tout le film, que l’on retrouve dans les scènes de complicité des cinq sœurs mais aussi dans des passages véritablement comiques, comme la fameuse séquence dans laquelle toutes les cinq se rendent clandestinement à un match de football réservé aux filles, jouant et se poussant dans les gradins ; cependant elles apparaissent à la télévision, et pour éviter le déshonneur qu’elles subiraient si les hommes de la famille les voyaient dans cette situation, leur vieille tante entreprend de saboter à coup de pierres tous les panneaux électriques autour du village pour arrêter la retransmission.

Ce film, l’un des plus beaux du Festival, a d’ailleurs remporté le Prix Label Europa Cinéma, et serait parfaitement en mesure de concurrencer certains de ceux de la Compétition Officielle de par les émotions qu’il parvient à susciter chez le spectateur ; l’on sort de sa projection avec les larmes aux yeux et un mélange d’envie de liberté et d’espoir en l’avenir, grâce à l’intensité de la scène finale.

Sophie Carion

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